Des membres du Hachd al-Chaabi irakien portent les portraits des combattants tués dans les frappes américaines de vendredi soir dans l’ouest du pays, en vue de leurs funérailles, le 4 janvier 2024 à Bagdad. Ahmad al-Rubaye/AFP
Washington a l’intention de procéder à de nouvelles frappes contre les groupes soutenus par l’Iran au Moyen-Orient, a déclaré dimanche le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche, Jake Sullivan, à la chaîne de télévision ABC News. Les États-Unis ont dit dans la nuit de vendredi à samedi avoir mené avec « succès » des frappes de représailles visant des forces d’élite iraniennes et des groupes pro-iraniens en Irak et en Syrie après que trois soldats ont été tués fin janvier en Jordanie dans une attaque attribuée à des factions soutenues par Téhéran. Joe Biden avait déjà averti que les frappes allaient continuer. Et le porte-parole de la Maison-Blanche chargé de la Sécurité nationale, John Kirby, a réitéré dimanche à Fox News Sunday que les frappes de vendredi soir n’étaient qu’une « première série » d’actions et que d’autres suivraient.
Des frappes en dehors de l’Iran
L’intervention a duré trente minutes environ, a indiqué la Maison-Blanche, qui a assuré à nouveau ne pas vouloir d’une « guerre » avec l’Iran. L’opération a mobilisé de nombreux avions de combat parmi lesquels des bombardiers à long rayon d’action, et a visé des centres de commandement et de renseignements, ainsi que des infrastructures de stockage de drones et de missiles « qui ont permis les attaques contre les forces américaines et de la coalition », a précisé le Pentagone. Un total de 85 cibles sur sept sites différents (trois en Irak et quatre en Syrie) ont été visées, a pour sa part fait savoir John Kirby. « Nous ne voulons plus voir une attaque de plus contre des positions ou des militaires américains dans la région », a-t-il ajouté. Depuis la mi-octobre, plus de 165 frappes de drones et tirs de roquettes ont visé les forces américaines déployées avec une coalition internationale antijihadiste en Irak et en Syrie, mais aucun militaire américain n’avait été tué, jusqu’à l’attaque du 28 janvier en Jordanie.
Au moins 29 combattants pro-iraniens incluant neuf Syriens, six Irakiens et six Libanais du Hezbollah, ont été tués dans les frappes américaines de vendredi soir à Deir Ez-Zor et al-Mayadine, dans l’est de la Syrie en guerre, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). En Irak, 16 personnes dont des civils ont été tuées, a annoncé le gouvernement. Le bilan pourrait toutefois être plus lourd, le Hachd al-Chaabi, coalition de groupes armés pro-iraniens intégrée aux forces irakiennes, déplorant 16 morts dans ses rangs. Ennemi juré des États-Unis, l’Iran a dénoncé « une violation de la souveraineté de la Syrie et de l’Irak », tandis que le mouvement islamiste palestinien Hamas, en guerre contre Israël à Gaza, a estimé qu’elles mettaient « de l’huile sur le feu ». « Les États-Unis ne veulent de conflit ni au Moyen-Orient ni ailleurs dans le monde. Mais que ceux qui veulent nous faire du mal le sachent bien : si vous touchez à un Américain, nous répondrons », a de son côté affirmé le président américain.
Damas et Bagdad protestent
La Maison-Blanche a assuré que les États-Unis avaient « prévenu le gouvernement irakien avant les frappes », mais ce dernier a fustigé une « violation de la souveraineté irakienne » et convoqué le chargé d’affaires américain à Bagdad, qui a reçu une « lettre de protestation ». Selon Bagdad, la présence sur son sol d’une coalition internationale antijihadiste menée par Washington est « devenue une menace pour la sécurité » du pays. Ces frappes font craindre des « conséquences désastreuses pour la sécurité et la stabilité de l’Irak et de la région », a condamné un porte-parole militaire du Premier ministre irakien dans un communiqué. Dans une déclaration, le mouvement al-Noujaba, membre d’une nébuleuse de groupes armés pro-iraniens se faisant appeler « Résistance islamique en Irak », actif depuis le début de la guerre à Gaza le 7 octobre, a averti qu’il riposterait « au moment approprié » aux frappes américaines. Le Hachd al-Chaabi a pour sa part réclamé dimanche le départ d’Irak des troupes de la coalition internationale, lors des funérailles de ses combattants tués dans des frappes américaines. « Cibler le Hachd al-Chaabi, c’est jouer avec le feu », a martelé son chef, Faleh al-Fayyad, durant la cérémonie. Dans un contexte de fortes tensions régionales attisées par la guerre à Gaza entre Israël et le Hamas palestinien, le Premier ministre irakien Mohammad Chia al-Soudani a déjà initié avec Washington des discussions sur l’avenir de la coalition en vue d’obtenir un calendrier qui permettrait un retrait progressif.
À Damas aussi, l’armée syrienne a jugé que « l’occupation de certaines parties du territoire syrien par les forces américaines ne peut plus durer ». Quelque 900 soldats américains sont déployés en Syrie, sans invitation officielle du gouvernement, contrairement aux 2 500 militaires présents en Irak voisin dans le cadre de la coalition internationale. À la demande de la Russie, parrain de Damas avec Téhéran, qui a accusé les États-Unis de « semer le chaos » au Moyen-Orient, le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir en urgence lundi au sujet des frappes américaines selon des sources diplomatiques.
Tensions en mer Rouge
Les rebelles houthis du Yémen ont pour leur part juré dimanche de riposter aux frappes aériennes américaines et britanniques de samedi contre des dizaines de cibles au Yémen, menées en réponse aux attaques de ces insurgés soutenus par l’Iran contre des navires marchands en mer Rouge. Les frappes américano-britanniques ont visé 36 cibles rebelles « dans 13 lieux au Yémen », selon un communiqué conjoint des États-Unis, du Royaume-Uni et d’autres pays ayant soutenu l’opération. « Des arsenaux profondément enterrés, des systèmes et lanceurs de missiles, des systèmes de défense antiaérienne et des radars des houthis » ont été ciblés, ajoute le texte. Le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin a déclaré que les frappes de samedi visaient « à dégrader davantage les capacités de la milice des houthis, soutenue par l’Iran, à mener ses attaques déstabilisatrices ». C’est la troisième opération conjointe des États-Unis et du Royaume-Uni contre les houthis au Yémen depuis le début des attaques de navires mi-novembre, tandis que Washington a mené seul d’autres frappes.Malgré ces raids, les rebelles ont poursuivi leurs attaques en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, disant viser des navires liés à Israël « en solidarité » avec les Palestiniens à Gaza. Les nouvelles frappes de samedi « n’ébranleront pas » le « soutien des houthis au peuple palestinien résistant à Gaza et ne passeront pas sans réponse et sans punition », a averti Yahya Saree, le porte-parole militaire des houthis. Sans mentionner de victimes, il a fait état de 48 frappes « durant les dernières heures » dans six provinces, dont treize sur la capitale Sanaa et ses alentours, et neuf dans la région de Hodeida, sous contrôle des houthis. « Nous répondrons à l’escalade par l’escalade », avait prévenu samedi un autre porte-parole des houthis, Nasr al-Din Amer. Tôt dimanche, les États-Unis ont annoncé avoir mené une nouvelle frappe contre un missile antinavire des houthis qui était « prêt à être lancé contre des navires en mer Rouge », selon le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom). Le Centcom avait déjà indiqué la veille avoir procédé à des frappes ciblant six missiles antinavires des houthis. Et l’armée américaine a également détruit huit drones vendredi au large du Yémen et quatre au sol afin de « protéger la liberté de navigation » des attaques. L’Iran a « fermement condamné » dimanche les frappes américano-britanniques, qui sont selon lui en « contradiction » avec leur souhait affirmé de « ne pas vouloir une extension du conflit » au Moyen-Orient. « Nous devons envoyer le signal le plus clair possible à l’Iran que ce qu’il fait par l’intermédiaire de ses mandataires est inacceptable », a pour sa part déclaré le chef de la diplomatie britannique David Cameron au Sunday Times.
L’OLJ/AFP


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