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Les non-dits de La Haye


Non incriminé, du moins pas encore, mais Israël fait tout de même figure de suspect potentiel aux yeux de la Cour internationale de Justice, saisie par l’Afrique du Sud de la tragédie de Gaza et qui rendait hier sa toute première ordonnance. Celle-ci se limite à des mesures provisoires, la question de fond ne devant être abordée qu’ultérieurement.

Si la formulation de ce verdict s’en tient à la prudence que l’on attend de la plus haute juridiction de l’ONU, si un arrêt des bombardements n’est pas explicitement exigé, significative en est néanmoins la substance. Car ce n’est certes pas à une colombe de paix patentée que l’on irait demander de faire tout son possible pour prévenir et empêcher tout éventuel acte de génocide à Gaza, où l’on compte déjà plus de 25 000 morts, pour la plupart des femmes et des enfants. Ce n’est pas à un État notoirement respectueux des lois de la guerre que l’on demanderait d’agir immédiatement pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire aux populations assiégées et affamées, opération d’ailleurs inconcevable en l’absence de tout cessez-le-feu effectif. Ce n’est pas enfin un parangon de démocratie que l’on inviterait à faire taire et à châtier les voix appelant publiquement aux massacres de masse, allusion on ne peut plus claire aux révoltantes déclarations publiques de ministres israéliens en exercice. Pour bienvenue que soit cette démonstration de compétence et d’autorité à laquelle s’est livré le tribunal, pour contraignantes en théorie que soient ses décisions, Benjamin Netanyahu a vite fait savoir qu’il ne s’y soumettrait pas. Pour Israël qui collectionne les résolutions de l’ONU cavalièrement rejetées, ce n’est là d’ailleurs qu’un pied de nez de plus à l’adresse de la communauté internationale. Pour lui, le désastre vient d’ailleurs, de la démystification planétaire qui le guette, de la gêne croissante gagnant à la longue les puissances qui le soutiennent à tous crins. Comme on pouvait s’y attendre, Washington a estimé sans fondement les accusations portées contre son protégé. Plus nuancée, la France doute que soit d’ores et déjà établie une quelconque intention génocidaire, mais s’associe à l’exigence européenne d’une mise en œuvre complète et immédiate des décisions du tribunal.

Même si les cris de victoire du plaignant sud-africain peuvent paraître prématurés, et avec eux les chances d’un constat de génocide caractérisé, l’exceptionnelle charge symbolique que recèle ce procès historique a déjà fait son œuvre. Ne serait-ce que de voir Israël trôner bien malgré lui au banc des accusés est déjà énorme, et signe d’infamie pour un État qui, depuis des décennies, invoque la très réelle horreur de l’Holocauste pour tenter de faire oublier sa propre et pathologique boulimie de violence expansionniste et raciste.

C’est bien ce pervers jeu de miroirs qu’a salutairement entrepris de déconstruire, dès son premier arrêt, le tribunal de La Haye.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Non incriminé, du moins pas encore, mais Israël fait tout de même figure de suspect potentiel aux yeux de la Cour internationale de Justice, saisie par l’Afrique du Sud de la tragédie de Gaza et qui rendait hier sa toute première ordonnance. Celle-ci se limite à des mesures provisoires, la question de fond ne devant être abordée qu’ultérieurement. Si la formulation de ce verdict...