Des Gazaouis inspectent les dégâts sur le site d’un bombardement israélien à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 17 novembre 2023. Saïd Khatib/AFP
Chypre et Israël sont sur le point de conclure un accord pour ouvrir un couloir d’aide humanitaire entre l’île méditerranéenne et la bande de Gaza ravagée par la guerre, a annoncé hier le président chypriote Nikos Christodoulidès. « Nous sommes en contact avec Israël pour mettre en œuvre certains arrangements finaux », a déclaré M. Christodoulidès à la presse, ajoutant que les détails faisaient également l’objet de discussions avec les Nations unies. Selon le plan présenté par Chypre, l’État membre de l’Union européenne le plus proche du Moyen-Orient, situé à 400 kilomètres de Gaza, l’aide serait collectée, inspectée et stockée sur l’île, puis envoyée dans l’enclave palestinienne à bord de navires contrôlés quotidiennement par un comité mixte comprenant Israël. Le convoi serait accompagné par des navires de guerre jusqu’à un point désigné sur la côte de Gaza, d’où l’aide serait acheminée vers une zone sûre et neutre.
La proposition chypriote vise à renforcer l’aide humanitaire apportée à la bande de Gaza par bateau plutôt que par les livraisons terrestres passant par le point de passage de Rafah avec l’Égypte. « L’initiative chypriote envoie un message selon lequel nous voulons des actions, pas seulement des mots, pour montrer que nous sommes un pilier de la sécurité et de la stabilité dans la région », a ajouté M. Christodoulidès. Le ministre chypriote des Affaires étrangères, Constantinos Kombos, s’est rendu jeudi à Tel-Aviv pour discuter de la mise en place de ce couloir, mais le calendrier n’a toutefois pas été dévoilé. « La sécurité de la cargaison est liée à la sécurité d’Israël, sans le consentement de qui il ne peut y avoir de corridor », a-t-il dit hier aux journalistes.
Risque de « famine »
Le Hamas a entre-temps annoncé hier la mort de 24 malades à cause du manque d’électricité dans l’hôpital al-Chifa de Gaza, où l’armée israélienne poursuit ses fouilles à la recherche de caches du mouvement islamiste palestinien. Israël avait accepté peu avant de laisser entrer deux camions de carburant chaque jour dans la bande de Gaza assiégée, où les pénuries d’essence ont mis hors service de nombreux hôpitaux privés d’électricité, et mis à l’arrêt les livraisons d’aide humanitaire, menaçant la population de « famine » selon l’ONU. Ces deux camions quotidiens ne représentent toutefois qu’une toute petite partie des quantités d’essence, soit 50 camions qui pénétraient chaque jour dans la bande de Gaza avant le début de la guerre entre Israël et le Hamas le 7 octobre, selon l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa). Dans l’hôpital al-Chifa, le plus grand du territoire où l’armée israélienne a lancé un raid mercredi après plusieurs jours de combats aux alentours, la situation est « catastrophique » pour les patients, les déplacés et les soignants qui s’y entassent sans électricité, « ni eau, ni nourriture », a affirmé son directeur, le Dr Mohammad Abou Salmiya. Selon l’ONU, 2 300 personnes se trouvent actuellement dans l’enceinte de l’hôpital. L’armée a indiqué qu’elle poursuivait ses fouilles de l’immense complexe abritant, selon elle, un repaire du Hamas installé notamment dans un réseau de tunnels creusés dans son sous-sol, ce que le mouvement islamiste dément.
Israël a juré d’« anéantir » le Hamas, qui a pris le pouvoir en 2007 dans la bande de Gaza, depuis l’attaque qu’il a lancée sur le sol israélien le 7 octobre. Selon l’armée, 51 soldats israéliens sont morts au cours des combats à Gaza. Dans l’enclave palestinienne, en parallèle à ses frappes, Israël mène depuis le 27 octobre des opérations terrestres concentrées pour l’essentiel dans le nord du territoire, où la ville de Gaza est transformée en champ de ruines, et autour des hôpitaux, accusant le Hamas de les utiliser comme des bases et de se servir des malades comme de « boucliers humains ». Le porte-parole du ministère de la Santé du Hamas, Ashraf al-Qidreh, a affirmé hier que « 24 patients » étaient morts « ces dernières 48 heures » à l’hôpital al-Chifa, « parce que les équipements médicaux vitaux ont cessé de fonctionner en raison de la coupure du courant », faute de carburant pour alimenter les générateurs.
Le froid
Depuis des semaines, l’ONU réclame la livraison massive de carburant dans la bande de Gaza, en particulier pour permettre aux hôpitaux de fonctionner et aux camions transportant l’aide humanitaire de circuler. Le territoire est placé depuis le 9 octobre en état de « siège complet » par Israël, qui a coupé les livraisons de nourriture, d’eau, d’électricité et de médicaments. Israël refusait jusqu’ici de laisser passer le carburant, affirmant que cela pourrait profiter aux activités militaires du Hamas, classé organisation terroriste par les États-Unis, l’Union européenne et Israël. En réponse à une demande des États-Unis, allié-clé d’Israël dans ce conflit, le cabinet de guerre israélien a annoncé avoir autorisé l’entrée quotidienne de deux camions-citernes « pour les besoins de l’ONU ».
L’Unrwa a aussi annoncé hier qu’elle ne pourrait plus coordonner la distribution de l’aide en raison de la coupure des communications, là encore en raison du manque de carburant pour alimenter les générateurs. Le ministère de la Santé du Hamas a indiqué jeudi que 24 des 35 hôpitaux du territoire avaient cessé de fonctionner, et que les neuf autres fonctionnaient partiellement. Selon l’ONU, 1,65 des 2,4 millions d’habitants de la bande de Gaza ont été déplacés par la guerre. La plupart ont fui vers le Sud en emportant le minimum et survivent dans le froid. Selon l’Unrwa, 70 % de la population n’a pas accès à l’eau potable dans le sud du territoire, où les égouts ont commencé à se déverser dans les rues. À Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, un groupe d’enfants blessés attendaient dans des ambulances de pouvoir être évacués via l’Égypte vers les Émirats arabes unis. « Au début, on nous a dit qu’elle allait mourir. Elle a des fractures au crâne, au bassin et à la cuisse », a raconté Adam al-Madhoun, le père de Kenza, une petite fille de quatre ans qui a déjà été amputée de la main droite après une attaque contre le camp de réfugiés de Jabaliya. « Avec l’hiver qui approche à grands pas, les abris précaires et surpeuplés ainsi que le manque d’eau potable, les civils sont confrontés à un risque immédiat de famine », avait averti jeudi le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies.
Négociations délicates
Hier, l’armée a annoncé avoir retrouvé la dépouille mortelle de Noa Marciano, une soldate de 19 ans otage du Hamas, en fouillant un bâtiment adjacent à l’hôpital al-Chifa. Le mouvement islamiste avait affirmé lundi qu’elle avait été tuée dans des bombardements israéliens. Jeudi soir, le corps d’une autre otage, Yehudit Weiss, avait été découvert près de l’hôpital. Cette femme de 65 ans a été « assassinée par les terroristes dans la bande de Gaza », selon l’armée, après avoir été enlevée par le Hamas le 7 octobre dans le kibboutz de Beeri, dans le sud d’Israël. L’armée estime qu’environ 240 otages, civils et militaires, ont été emmenés à Gaza le jour de l’attaque du Hamas.
En Israël, la pression s’accentue sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour obtenir leur libération, alors que des pourparlers se tiennent via une médiation du Qatar. Pour le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukri, qui se dit « en contact avec le Hamas, avec d’autres parties internationales concernées et avec Israël », les négociations sont « très délicates ». Israël a jusqu’ici refusé tout cessez-le-feu sans libération préalable des otages. Mais pour le chef en exil du Hamas, Ismaïl Haniyé, Israël « n’a atteint aucun de ses objectifs » et n’obtiendra « la libération de ses prisonniers qu’au prix que la résistance fixera ». Enfin, les tensions sont aussi vives en Cisjordanie occupée. L’armée israélienne a annoncé hier avoir tué « cinq terroristes » à Jenine, bastion des mouvements armés palestiniens.
Source : AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine