Un homme assis parmi les décombres d’une habitation détruite par l’armée israélienne, le 22 octobre 2023, à Rafah, dans la bande de Gaza. Saïd Khatib/AFP
Les bombardements israéliens ont fait plus de 10 000 morts dans la bande de Gaza, a annoncé lundi le Hamas près d’un mois après le début de la guerre contre Israël. Dans le sud du territoire palestinien, où sont massés des centaines de milliers de civils pour tenter d’échapper à la guerre, le poste-frontière de Rafah a rouvert, après deux jours de fermeture, pour permettre de nouvelles évacuations vers l’Égypte. Depuis le 7 octobre, date de l’attaque du Hamas, Israël pilonne sans relâche la bande de Gaza. Dans la nuit de dimanche à lundi, d’intenses bombardements ont tué au moins 292 personnes, selon le Hamas. L’armée israélienne a annoncé mener des frappes « intensives » sur le territoire, de fait coupé en deux entre Nord et Sud, et prévenu qu’elles dureraient « plusieurs jours ». Deux hôpitaux pédiatriques et le seul hôpital psychiatrique de Gaza ont été frappés, selon le ministère de la Santé du Hamas.
En parallèle à ses raids aériens qui ont transformé des quartiers entiers en champs de ruine, Israël mène depuis le 27 octobre des combats terrestres acharnés contre le Hamas. Les combats les plus intenses se déroulent dans le nord du territoire, où se trouve la ville de Gaza, désormais encerclée et qui abrite selon Israël le « centre » du Hamas. L’armée a lancé lundi un nouvel appel aux civils à quitter le Nord, affirmant que les soldats seraient ainsi « moins limités » dans leurs opérations. Un nouveau bilan officiel du Hamas a comptabilisé lundi 10 022 morts, essentiellement des civils, dont plus de 4 000 enfants.
Dans la nuit de dimanche à lundi, le roi de Jordanie Abdallah II a, lui, annoncé le largage par l’armée de l’air d’une aide médicale d’urgence et de la nourriture à Gaza destinée à un hôpital de campagne jordanien. Une opération qui s’est faite en « coordination » avec l’armée israélienne, a indiqué lundi un porte-parole militaire israélien.
« Cela doit s’arrêter »
Face à un bilan qui s’alourdit de jour en jour à Gaza, les dirigeants des principales agences de l’ONU ont appelé dimanche à un « cessez-le-feu humanitaire immédiat ». « Cela fait 30 jours. Trop, c’est trop. Cela doit cesser maintenant », ont-ils écrit, appelant aussi le Hamas à libérer les plus de 240 otages qu’il détient depuis le 7 octobre. Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a affirmé lundi que son pays œuvrait « très activement » à acheminer davantage d’aide humanitaire à Gaza, après une rencontre à Ankara avec son homologue turc Hakan Fidan, ajoutant qu’une « pause » dans les combats « pourrait également aider à cela ». Les États-Unis sont opposés à un cessez-le-feu qui, selon eux, profiterait au Hamas, tandis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu rejette toute pause dans la guerre tant que les otages n’auront pas été libérés.
En Iran, soutien du Hamas, le président Ebrahim Raïssi a accusé lundi les États-Unis d’« encourager » Israël à « tuer et à perpétrer des actes cruels » contre les Palestiniens. L’armée israélienne a, elle, de nouveau accusé lundi le Hamas de construire des tunnels sous les hôpitaux, écoles et lieux de culte pour cacher des combattants et planifier des attaques, une accusation que le mouvement islamiste dément.
Tout près de la frontière avec Gaza, de jeunes soldats israéliens stationnés à l’arrière des combats affichaient leur « fierté » de servir leur pays, sans cacher leur peur à l’idée d’aller se battre dans « cet endroit terrible ». Au moins 30 soldats israéliens, selon l’armée, ont été tués depuis le début de l’opération terrestre. « Oui, j’ai un peu peur d’y aller. On ne sait pas si on va en revenir vivants », a confié à l’AFP un soldat de 20 ans dont la censure militaire interdit de publier le nom.
« Pas de pain, pas d’eau »
Dans la bande de Gaza, la guerre a entraîné le déplacement de ’1,5 million de personnes, selon l’ONU. « La situation est très difficile. Il n’y a pas de pain, pas d’eau, rien, même pas d’eau salée. On a vu des cadavres (sur la route), les enfants avaient très peur », a raconté Zakaria Akel qui fuyait avec sa famille vers le Sud. La frontière avec l’Égypte s’est ouverte partiellement le 21 octobre pour laisser transiter des convois humanitaires via le point de passage de Rafah. Au total, 451 camions étaient passés à la date de samedi, selon l’ONU.
Le terminal avait aussi ouvert trois jours la semaine dernière pour laisser sortir des dizaines de blessés palestiniens et des centaines de détenteurs de passeports étrangers, avant que le Hamas décide de le refermer. Le Hamas avait posé comme condition à sa réouverture l’assurance d’un passage sécurisé des ambulances vers Rafah après le bombardement israélien meurtrier d’une ambulance à Gaza-Ville. Lundi, un nouveau groupe de blessés est arrivé en Égypte en provenance de Gaza, selon un responsable égyptien.
Une icône palestinienne arrêtée
Après presque un mois de guerre, la communauté internationale craint toujours une extension du conflit, notamment en Cisjordanie, où Antony Blinken s’est rendu dimanche et a appelé à l’arrêt des « violences des extrémistes » contre les Palestiniens dans ce territoire occupé par Israël depuis 1967. Plus de 150 Palestiniens y ont été tués par des tirs de soldats ou de colons israéliens depuis le 7 octobre, selon l’Autorité palestinienne. Lundi, l’armée israélienne a annoncé l’arrestation de Ahed Tamimi, figure de la cause palestinienne dans le monde, âgée de 22 ans, lors d’un raid en Cisjordanie.
À Jérusalem-Est, la partie palestinienne de la Ville sainte annexée par Israël, une policière israélienne est morte lundi après une attaque au couteau commise par un assaillant de 16 ans, qui a été tué, selon la police. Autre foyer de tensions, la frontière nord d’Israël avec le Liban, où les échanges de tirs sont quotidiens entre l’armée israélienne, d’une part, et, de l’autre, le Hezbollah et ses alliés, dont le Hamas, soutenus par l’Iran. Lundi, le Hamas a annoncé avoir tiré 16 roquettes sur le nord d’Israël depuis le Liban, affirmant avoir visé le sud de la ville de Haïfa. Depuis le 7 octobre, 81 personnes ont été tuées du côté libanais, selon un décompte de l’AFP, dont 59 combattants du Hezbollah. Six soldats et deux civils ont été tués du côté israélien.
Adel ZAANOUN avec Daphne ROUSSEAU/AFP


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