Le secrétaire d’État américain Antony Blinken s’adresse aux journalistes avant de monter à bord de son avion en direction du Moyen-Orient, le 2 novembre 2023. Jonathan Ernst/AFP
Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken retourne au Proche-Orient pour la seconde fois en quelques semaines afin d’afficher le soutien continu des États-Unis à Israël, mais aussi faire pression au moment où les évacuations de ressortissants étrangers de Gaza se poursuivent. Lors de ce déplacement aujourd’hui à Tel-Aviv, puis ce week-end en Jordanie, M. Blinken affiche plusieurs objectifs : faire pression sur l’allié israélien pour protéger les civils palestiniens de Gaza et en Cisjordanie, et assurer un flux continu de l’aide humanitaire qui arrive encore trop peu dans la bande de Gaza, bombardée sans relâche par l’armée israélienne. « Nous allons parler de mesures concrètes qui peuvent et doivent être prises pour minimiser les dommages causés aux hommes, aux femmes et aux enfants de Gaza », a déclaré le chef de la diplomatie américaine avant de quitter Washington.
Premier soutien d’Israël, politique et militaire, les États-Unis affichent un appui sans faille à Israël depuis la triple offensive du Hamas le 7 octobre, mais prennent la mesure des pressions internationales croissantes sur le nombre de civils palestiniens tués dans des représailles israéliennes que certains jugent « disproportionnées ». M. Blinken a en outre réaffirmé le « droit d’Israël à se défendre » après l’attaque meurtrière du mouvement islamiste palestinien, mais dans la lignée du changement subtil du président Joe Biden ; il s’est aussi alarmé des souffrances endurées par les civils palestiniens. « Quand je vois un enfant palestinien, un garçon, une fille, être extrait des décombres d’un immeuble effondré, cela me touche au cœur, autant que de voir un enfant en Israël ou n’importe où ailleurs. »
Parallèlement, les États-Unis se sont félicités des premières évacuations de citoyens américains de la bande de Gaza, par le poste-frontière de Rafah avec l’Égypte, et s’attendent à d’autres départs, forts d’intenses négociations par l’entremise de l’Égypte et du Qatar. L’Égypte va aider à évacuer « environ 7 000 » étrangers et binationaux de la bande de Gaza, a annoncé hier le ministère égyptien des Affaires étrangères au lendemain des premières évacuations depuis le sud du territoire palestinien.
Le président Joe Biden a annoncé que 74 binationaux détenteurs de passeports américains avaient ainsi été évacués de la bande de Gaza après avoir promis la veille que le « processus » allait « continuer ces prochains jours ». Washington n’a pas précisé le nombre d’Américains concernés. Lors d’une audition au Congrès mardi, le secrétaire d’État avait cependant parlé de quelque 1 000 personnes dont 400 de nationalité américaine et leurs proches.
L’OMS a néanmoins dénoncé hier la multitude d’obstacles qui limitent drastiquement l’arrivée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza, dont les populations et les infrastructures de santé ont un besoin vital.
Réclamant « à tout le moins une pause humanitaire et idéalement un cessez-le-feu », le patron de l’Organisation mondiale de la santé Tedros Adhanom Ghebreyesus a jugé que la situation « sur le terrain est indescriptible », lors d’un point de presse à Genève. Le docteur Mike Ryan, chargé des situations d’urgence au sein de l’organisation, a dénoncé les obstacles à la distribution de l’aide, quand elle arrive à entrer sur le territoire palestinien. « Faire passer les camions à la frontière c’est une chose mais les amener là où ils sont nécessaires en est une autre, et cela n’a pas été facilité, cela n’a pas été soutenu et en fait, c’est même plutôt le contraire », s’est insurgé le médecin irlandais, qui a été récemment en Égypte, où se trouve Rafah, actuellement le seul point de passage avec la bande de Gaza.
Encerclement
En Israël aujourd’hui, M. Blinken aura notamment des entretiens avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et fera le point sur la situation, selon son porte-parole Matthew Miller. Il se rendra ensuite en Jordanie, dont les relations avec Israël se sont sérieusement dégradées, et de possibles autres étapes non annoncées ne sont pas exclues. Le chef de la diplomatie américaine avait effectué une tournée marathon dans la région le mois dernier, et le président Biden et lui-même se sont entretenus avec le roi Abdallah II à de multiples reprises appelant à des « mécanismes urgents » pour enrayer les violences. M. Blinken devrait profiter de son voyage pour tenter de nouveau de plaider la solution à deux États, israélien et palestinien, selon des diplomates. Mardi au Congrès, il avait affirmé que l’Autorité palestinienne devrait reprendre le contrôle de la bande de Gaza au Hamas, et que de tierces parties internationales pourraient peut-être jouer un rôle lors d’une période intérimaire.
La guerre déclenchée par l’attaque du Hamas en territoire israélien a déjà fait des milliers de morts et menace d’embraser toute la région. L’armée israélienne a annoncé hier soir avoir « achevé l’encerclement de la ville de Gaza », une semaine après le début de son incursion terrestre dans le territoire palestinien. « Nos soldats ont achevé l’encerclement de la ville de Gaza, le centre de l’organisation terroriste Hamas », a déclaré lors d’un point de situation le porte-parole de l’armée israélienne Daniel Hagari. « Le concept d’un cessez-le-feu n’est pas sur la table », a ajouté le responsable militaire, au 27e jour de la guerre entre Israël et le mouvement islamiste, au pouvoir dans la bande de Gaza, déclenchée par une attaque sans précédent du Hamas sur le sol israélien.
La branche militaire du Hamas a de son côté affirmé avoir averti l’État hébreu. « Gaza constituera une malédiction pour Israël », a déclaré le porte-parole des Brigades al-Qassam dans un enregistrement diffusé par les médias du Hamas, ajoutant à l’adresse des Israéliens qu’ils doivent s’attendre au « retour de davantage de (leurs) soldats dans des sacs noirs ».
Antony Blinken a assuré que les États-Unis faisaient tout pour empêcher une escalade du conflit entre Israël et le Hamas alors que les rebelles houthis au Yémen et le Hezbollah libanais, tous deux soutenus par l’Iran, ont lancé des attaques contre Israël. « Nous sommes déterminés à prévenir toute escalade », a-t-il prévenu.
Au-delà de Gaza, la situation en Cisjordanie inquiète aussi tout particulièrement, et le secrétaire d’État devrait aussi appeler à l’arrêt des violences commises par des colons israéliens à l’encontre des Palestiniens en Cisjordanie occupée, qualifiées d’« incroyablement déstabilisatrices ». Après le Proche-Orient, Antony Blinken doit poursuivre sa tournée la semaine prochaine en Asie, au Japon, en Corée du Sud et en Inde, histoire de garder la région Asie-Pacifique dans le viseur de l’Amérique.
Source : AFP


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