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Moyen-Orient - Reportage

« J’étais persuadé que j’allais évacuer les corps de gens qui me sont très chers » : être secouriste à Gaza

« J’étais persuadé que j’allais évacuer les corps de gens qui me sont très chers » : être secouriste à Gaza

Un volontaire paramédical assis dans une ambulance de l'hôpital al-Nasser à Khan Younès, dans la bande de Gaza, alors que le conflit entre Israël et le Hamas continue de faire rage, le 29 octobre 2023. Ibraheem Abu Mustafa/Reuters

Dans la morgue de l’hôpital Nasser, un médecin légiste examine un corps, le prend en photo et note son nom et le lieu du bombardement dans lequel il a été tué. La procédure vise à répertorier les « martyrs » de la guerre en cours entre le Hamas et Israël. « Entre minuit et midi, 17 martyrs et 5 autres morts, décédés de causes naturelles, sont arrivés chez nous », dit le docteur Nahed Abou Taaema, directeur de l’hôpital Nasser à Khan Younès dans le sud de la bande de Gaza. Sur son ordinateur, il montre un programme dans lequel les « martyrs », terminologie qui désigne les Palestiniens tués dans le contexte du conflit avec Israël, sont répertoriés dans un onglet et les autres décès dans un autre. « Le médecin légiste rédige un rapport complet, le cachète et l’envoie au bureau de gestion des patients qui se charge d’entrer les informations dans une base de données informatisée reliée au ministère de la Santé », ajoute-t-il.

Ce ministère, qui relève du gouvernement du mouvement islamiste Hamas au pouvoir à Gaza depuis 2007, a publié le 26 octobre une liste nominative de près de 7 000 Palestiniens tués jusqu’alors depuis le déclenchement de la guerre avec Israël le 7 octobre. Le ministère entendait ainsi prouver sa crédibilité après que ses bilans de Palestiniens tués dans la guerre ont été remis en question par le président américain Joe Biden, indéfectible soutien d’Israël depuis le début du conflit.À partir des informations fournies par les médecins légistes, les employés du bureau de gestion des patients remplissent une fiche avec les détails de chaque « martyr » avant de saisir les données dans la base informatisée. « Les personnes décédées de causes naturelles ne sont pas transférées à la morgue pour être examinées par les médecins légistes, sauf si la mort paraît suspecte », explique le Dr Abou Taaema. Certaines victimes des frappes sont enregistrées comme « inconnues » une fois leur décès constaté par les médecins légistes, et leurs fiches sont mises à jour avec leur identité après l’identification des corps par les familles.

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Rien ne peut préparer à l’horreur

Pour Rizeq Abou Rok, secouriste-ambulancier au Croissant-Rouge palestinien, transporter les morts et blessés des bombardements israéliens vers l’hôpital Nasser est devenu une routine depuis le début de la guerre.

Mais rien, même côtoyer la mort tous les jours, ne pouvait le préparer à l’horreur qu’il raconte avoir vécue le 22 octobre. À la suite d’un signalement sur un bombardement dans un café, le Rio, à Khan Younès, M. Abou Rok, 24 ans, y a foncé à bord d’une ambulance la peur au ventre, sachant que son père, Waël Abou Rok, 48 ans, et d’autres membres de sa famille s’y étaient abrités.

« J’étais persuadé que j’allais évacuer les corps de gens qui me sont très chers », dit-il. En arrivant sur place, il a eu à prendre en charge un blessé grave et lui prodiguer les premiers soins avant de le transporter vers l’hôpital Nasser. « En arrivant, j’ai accouru aux urgences où j’ai vu mon père. Il était touché à la tête. J’ai tout de suite compris qu’il était mort, relate-t-il, bouleversé. Je me suis effondré et j’ai perdu mes nerfs. Les infirmiers m’ont emmené dehors pour me calmer. »

Quand il a repris ses esprits, il est retourné aux urgences pour savoir s’il avait d’autres parents ou proches parmi les morts. « Je les ai trouvés l’un après l’autre, Ajnad, Jamal et Talal Abou Rok, Mohammad Abou Rjeileh et Ahmad Qodeih. Ils ont tous été tués dans le café, avec dix autres personnes », affirme-t-il. Leurs corps ont été transférés à la morgue pour être examinés par le médecin légiste, avant de grossir la comptabilité macabre de l’hôpital Nasser.

Dans la morgue de l’hôpital Nasser, un médecin légiste examine un corps, le prend en photo et note son nom et le lieu du bombardement dans lequel il a été tué. La procédure vise à répertorier les « martyrs » de la guerre en cours entre le Hamas et Israël. « Entre minuit et midi, 17 martyrs et 5 autres morts, décédés de causes naturelles, sont arrivés chez nous », dit le docteur Nahed Abou Taaema, directeur de l’hôpital Nasser à Khan Younès dans le sud de la bande de Gaza. Sur son ordinateur, il montre un programme dans lequel les « martyrs », terminologie qui désigne les Palestiniens tués dans le contexte du conflit avec Israël, sont répertoriés dans un onglet et les autres décès dans un autre. « Le médecin légiste rédige un rapport complet, le cachète et...
commentaires (2)

J'ai toujours eu un immense respect pour les secouristes, courage à lui

Charbel Moussalem

19 h 38, le 31 octobre 2023

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Commentaires (2)

  • J'ai toujours eu un immense respect pour les secouristes, courage à lui

    Charbel Moussalem

    19 h 38, le 31 octobre 2023

  • Courage et abnégation. Vous êtes parmi les meilleurs.

    Mohamed Melhem

    13 h 31, le 31 octobre 2023

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