Quelles que soient les raisons invoquées, le résultat est le même : Israël a visiblement reporté son offensive terrestre à Gaza. Jusqu’à quand ? Nul ne saurait le dire exactement, et pour tenter de lire l’avenir, les analystes se penchent sur les motifs du report.
Officiellement, la radio de l’armée israélienne a annoncé hier le report de l’offensive pour donner aux forces militaires américaines supplémentaires le temps d’arriver sur place. Ce qui en soi écarte la possibilité israélienne de renoncer totalement à l’offensive. La veille, les médias israéliens avaient toutefois annoncé un report à la demande des Américains. Enfin, samedi, il avait été question de donner une chance d’aboutir aux négociations pour la libération des otages... En dépit de la polémique naissante entre l’armée israélienne et les responsables politiques sur la partie qui assume la responsabilité d’une telle décision, les analystes israéliens préfèrent insister sur le fait que le report permet à l’armée israélienne de mener une guerre d’usure à l’égard du Hamas. Ce qui devrait l’épuiser tout en détruisant ce qui reste de Gaza, pour faciliter l’invasion terrestre et contrer l’efficacité des tunnels souterrains.
Mais du côté de « l’axe de la résistance », les raisons du report seraient tout à fait différentes. Pour des sources proches de cet « axe », les données militaires sur le terrain ne seraient pas en faveur de l’armée israélienne et celle-ci craindrait de plus en plus de s’engager dans une opération terrestre aux résultats non garantis. C’est d’autant plus grave que l’objectif premier de cette opération est de redorer l’image de puissance de l’armée israélienne, ternie par l’offensive du 7 octobre.
C’est ainsi, toujours selon les mêmes sources, que depuis qu’il est question de cette offensive terrestre, l’armée israélienne reçoit régulièrement des coups qui l’obligent à revoir ses plans. Dimanche, il y a eu une attaque à proximité de la ville de Tulkarm en Cisjordanie qui a laissé les militaires israéliens tout à fait perplexes. Même si cette opération n’a pas été très médiatisée, elle a surpris les militaires pour plusieurs raisons. D’abord, elle s’est déroulée en Cisjordanie, c’est-à-dire loin de Gaza et de son environnement, dans un lieu qui est en principe sous le contrôle de l’Autorité palestinienne et que les Israéliens croient avoir pacifié. De plus, la bombe utilisée dans l’attaque ressemble fort à celle qui avait été utilisée lors de l’attaque dite de Megiddo le 13 mars dernier. Ce jour-là, un homme (dont l’identité n’a pas été dévoilée) s’était introduit dans le nord de la Galilée et avait fait exploser une bombe sur le bord de la route à 60 km de la frontière avec le Liban. À ce moment-là, les Israéliens s’étaient demandé s’il était venu du Liban, et ils avaient menacé le pays de représailles. Mais l’affaire n’a pas eu de suite. Dimanche, les militaires israéliens ont découvert que la bombe utilisée près de Tulkarm ressemble à celle de Megiddo et ne fait pas partie de l’arsenal utilisé habituellement par les Palestiniens. Ce qui a inquiété les militaires israéliens, ce n’est pas tant l’attaque en elle-même que la possibilité qu’il y ait en Cisjordanie et ailleurs un grand nombre de bombes similaires qui pourraient être utilisées de façon inattendue au moment où l’armée israélienne mobilise ses forces dans l’opération terrestre à Gaza. Dimanche, il y a eu aussi une attaque qui a pris de court les Israéliens près de Khan Younès, dans le sud de Gaza. Là aussi, le message était de dire aux militaires israéliens qu’alors qu’ils se concentrent sur l’invasion du nord de Gaza, d’autres territoires, relativement éloignés, pourraient s’embraser.
Selon les sources précitées, les Israéliens découvrent ainsi tous les jours des foyers potentiels de combats auxquels ils ne pensaient pas. Et cela devrait en principe les faire hésiter avant de se lancer dans une opération terrestre alors qu’il y a tant d’inconnues en suspens.
Pour les sources de « l’axe de la résistance », les Israéliens ont un problème avec les territoires voisins de Gaza, qu’on appelle en arabe Ghilaf Gaza, et qui abritent une quarantaine de colonies israéliennes. Les colons ont été en grande partie évacués de ces lieux et refusent d’y revenir tant qu’ils ne sont pas totalement sécurisés. Or, jusqu’à présent, les Israéliens ne savent pas si des combattants du Hamas s’y cachent encore et quel pourrait être leur nombre. L’une des craintes des militaires serait justement d’entamer l’offensive terrestre à Gaza et de voir surgir par derrière des combattants du Hamas cachés dans les territoires voisins.
Enfin, la dernière raison qui pourrait dicter le report de l’opération terrestre, selon les sources proches de l’axe, c’est bien le front avec le Liban, qui est actuellement ouvert mais dans un conflit que l’on qualifie en termes militaires « de basse intensité ». Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne représente pas un danger pour l’armée israélienne, surtout avec les risques d’extension. Selon ces sources, le conflit avec le Liban occupe actuellement le tiers des forces militaires israéliennes. Or, ces forces auraient pu être utilisées dans l’assaut contre Gaza, mais en raison des craintes israéliennes au sujet de l’ouverture en grand du front avec le Liban, elles doivent rester sur place et ne peuvent pas être envoyées ailleurs. Plus même, si la situation se détériore sur ce front, des forces supplémentaires devraient y être envoyées. Ce qui signifie qu’une bonne partie des forces militaires israéliennes ne sera pas disponible pour l’opération terrestre à Gaza.
Pour toutes ces raisons, et sans doute d’autres qu’elles préfèrent ne pas évoquer pour l’instant, les sources proches de « l’axe de la résistance » estiment que les Israéliens ne sont pas encore prêts pour l’invasion terrestre à Gaza et ajoutent que les destructions systématiques et la mort de civils en nombre impressionnant n’ont jamais permis de remporter une guerre. Mais cela ne signifie pas forcément que les forces israéliennes ont renoncé au projet. Reste à savoir quand elles se considéreront en mesure de le déclencher.


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13 h 04, le 24 octobre 2023