La chef de la diplomatie française, Catherine Colonna, au cours de sa conférence de presse à Beyrouth, hier. Anwar Amro/AFP
La chef de la diplomatie française Catherine Colonna a appelé lundi depuis Beyrouth le Liban à « tout faire » pour rester à l’écart d’un « engrenage » qui l’entraînerait dans la guerre entre Israël et le Hamas. « Les responsables libanais ont aussi une responsabilité à cet égard, pour éviter que le Liban ne soit entraîné dans un engrenage, dont il ne se relèverait pas », a déclaré Mme Colonna lors d’une conférence de presse organisée à la Résidence des Pins, à Beyrouth. Il s’agissait de la dernière étape d’une tournée régionale qui l’a menée en Israël et en Égypte. La ministre a répété qu’« aucun groupe » ne devait « tirer parti de la situation ». Plusieurs pays craignent l’implication du Hezbollah dans le conflit.
La situation reste très tendue dans le sud du Liban, à la frontière avec Israël, où des accrochages meurtriers ont fait une dizaine de morts côté libanais et au moins deux morts côté israélien.
Il faut « continuer à éviter un embrasement qui peut menacer toute la région », a répété Mme Colonna.
La ministre française s’est entretenue au cours de sa visite avec le président du Parlement, Nabih Berry, le Premier ministre sortant Nagib Mikati et son homologue libanais, Abdallah Bou Habib.
Le ballet diplomatique devrait se poursuivre au Liban, avec l’arrivée du ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, mardi.
Parallèlement, l’ambassadrice des États-Unis à Beyrouth, Dorothy Shea, a rencontré lundi le ministre sortant des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, après s’être entretenue la veille avec Nabih Berry.
De son côté, le Premier ministre sortant Nagib Mikati a affirmé lundi que « le gouvernement poursuivait ses contacts (au Liban) et à l’étranger pour maintenir, autant que possible, le calme sur la scène locale et mettre le (pays) à l’abri des répercussions de la guerre à Gaza », selon des propos rapportés par le Grand Sérail sur X (ex-Twitter).
Frontière relativement calme
Au Liban-Sud, la situation est restée relativement calme hier. L’armée libanaise a annoncé lundi dans la matinée qu’une patrouille avait découvert vingt lanceurs de missiles, dont quatre transportant des missiles prêts à l’emploi, dans les environs des villes de Qlailé et Chaaitiyé. La troupe a précisé avoir procédé au démantèlement des missiles.
Plus tard dans la journée, le Hezbollah a annoncé avoir visé cinq positions israéliennes et « touché de nombreuses cibles », notamment le site de Misgav Am, Khirbet al-Manara, Harmon, la position de Risha et Ramieh. Selon un communiqué du parti chiite, il a réussi à frapper directement les positions israéliennes, faisant des victimes.
L’armée israélienne a par la suite frappé des cibles au Liban en réponse à des tirs sur ses forces le long de la frontière, selon le quotidien israélien Haaretz. Le village de Dhaira au Liban-Sud a été bombardé, a annoncé l’armée libanaise à L’Orient Today.
Israël a réitéré par ailleurs ses avertissements au Hezbollah, dans une publication du porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, sur la plateforme X, l’avertissant d’une « réponse meurtrière ». « Le Hezbollah a tiré hier plusieurs obus, à la demande et avec le soutien de l’Iran (...) Il a ainsi mis le Liban et ses habitants en danger. L’armée est présente et prête dans le Nord. Nous avons renforcé nos rangs et nous répondons avec insistance à toute atteinte. Si le Hezbollah calcule mal en nous provoquant, la réponse sera meurtrière », a-t-il écrit. En outre, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a averti l’Iran et le Hezbollah de ne pas « tester » la « détermination » de son gouvernement, a rapporté le Haaretz. « Ne commettez pas les mêmes erreurs, pour la simple raison que le prix que vous paierez cette fois-ci sera beaucoup plus élevé », a-t-il déclaré, en apostrophant l’Iran et le Hezbollah, dans un discours à la Knesset.
Enfin, le ministre sortant de l’Éducation, Abbas Halabi, a annoncé dans un communiqué lundi que les écoles resteraient fermées « dans les régions du Liban-Sud pour la journée de mardi », précisant que cette décision concerne uniquement les établissements situés dans les villages très proches de la frontière sud.
Le Canada appelle ses ressortissants à « envisager de quitter le Liban », Swiss suspend ses vols vers Beyrouth
Le gouvernement du Canada a appelé ses ressortissants au Liban à « envisager de quitter le pays » tant que des vols commerciaux restent disponibles. « Attention aux Canadiens au Liban, vous devriez envisager de partir tant que des options commerciales sont disponibles », a écrit le gouvernement canadien sur sa page X destinée à donner des conseils aux Canadiens qui vivent et voyagent à l’étranger. Sur son site officiel, le gouvernement demande aux Canadiens d’éviter « tout voyage non essentiel au Liban en raison de la situation sécuritaire imprévisible, du risque accru d’attentats terroristes et du conflit armé avec Israël ». « Si le conflit armé s’intensifie, les moyens commerciaux pour quitter le pays pourraient être affectés, ajoute le gouvernement. La capacité du gouvernement du Canada à fournir des services consulaires pendant un conflit actif, y compris l’évacuation des citoyens, peut être limitée. »
Quelques minutes plus tard, la compagnie aérienne helvétique Swiss annonçait, dans un communiqué, suspendre ses liaisons vers Beyrouth jusqu’au 28 octobre « en raison de la situation au Proche-Orient et des tensions à la frontière entre Israël et le Liban ». « Après un examen approfondi de la situation au Liban, nous avons décidé de suspendre nos liaisons aller-retour entre la Suisse et Beyrouth, une extension du conflit ne pouvant être exclue à l’heure actuelle », explique Swiss. Quatre vols sont ainsi supprimés, les 17, 19, 24 et 26 octobre, entre Zurich et la capitale libanaise. Swiss souligne qu’elle fait appel à des experts pour jauger des risques et que la reprise des vols entre Zurich et Beyrouth dépendra de « l’actualité géopolitique ».
Il y a quelques jours, la Lufthansa et Eurowings avaient annoncé la suspension de leurs liaisons avec Beyrouth.


"Le Liban doit tout faire pour rester à l’écart". C'est bien joli, mais la décision de guerre et de paix ne lui appartient plus. Il l'a remise entre les mains de l'Iran, par l'intermédiaire du Hezbollah.
06 h 50, le 17 octobre 2023