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Monde - Reportage

Kornidzor, dernier arrêt avant le Haut-Karabakh coupé du monde

Quelques dizaines d'hommes attendent une hypothétique ouverture du poste de contrôle, ce qui permettrait le retour de leurs proches bloqués dans le territoire sécessionniste.

Vue sur le corridor de Latchine, reliant le Haut-Karabakh à l'Arménie, près de la localité arménienne de Kornidzor, le 23 septembre 2023. Photo AFP/ALAIN JOCARD

La route qui serpente et les villages accrochés à flanc de montagne, de l'autre côté de la vallée, c'est déjà le Haut-Karabakh. Tout proche mais inaccessible. Tenu par une poignée de soldats, le poste de contrôle arménien de Kornidzor empêche les civils rongés par l'inquiétude d'aller plus loin.

Fumant cigarette sur cigarette, enchaînant les cafés dont les gobelets en carton s'empilent sur le bas-côté, quelques dizaines d'hommes attendent là, certains depuis des jours, une hypothétique ouverture. Ce qui permettrait le retour de leurs proches bloqués dans ce territoire sécessionniste en majorité peuplé d'Arméniens repris par les troupes azerbaïdjanaises à l'issue de l'offensive éclair qu'elles ont déclenchée mardi.

Aucune tension palpable. Quelques bergers prennent des chemins de traverse par les prairies à l'herbe jaunie. Indolents, les militaires arméniens partagent leurs impressions. Tout le monde s'écarte docilement quand passent des voitures remplies de soldats arméniens ou des convois de la force russe d’interposition, les seuls autorisés à poursuivre leur route. Plus loin, caché dans la vallée, c'est un ultime poste arménien et le corridor de Latchine : sa fermeture par les autorités azerbaïdjanaises, en décembre 2022, a coupé le Haut-Karabakh de l'Arménie et posé les jalons des 24 heures de bombardements et de combats au début de la semaine.

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Ici, chacun a une histoire à raconter sur la fermeture du corridor et sur des proches qu'il n'a pas vus depuis plus de neuf mois.

"Pas d'espoir" 
A l'aide d'une longue vue empruntée aux soldats, un homme tente de d'identifier les dégâts dans le village d'Eghtsahog, presque à portée de main, de l'autre côté de la vallée. "Il y avait une église avant à cet endroit. Je ne vois plus le clocher : elle a été détruite", grommelle-t-il avant de s'éloigner.

Garik Zakarian, plus loquace, habitait jusqu'en décembre dernier dans cette localité. Pressentant le danger, il a déménagé avec sa famille trois jours avant le blocus mais des amis, sa belle-mère et son beau-frère y vivent toujours.

Mardi, Eghtsahog a été bombardé. Par chance, personne n'a été tué et les 150 habitants ont trouvé refuge autour d'un camp de l'armée russe. Mais ils sont désormais coincés. Jeudi, deux jeunes ont tenté de retourner dans ce village récupérer des victuailles : ils en sont repartis ventre à terre après que des soldats azerbaïdjanais ont tiré sur eux.


C'est Garik qui raconte. Il le tient des amis qu'il a réussi à joindre. "Ça fait trois jours et trois nuits que j'attends. Je dors dans la voiture", confie cet homme de 28 ans. "Je n'ai pas d'espoir (de les voir rapidement évacués) mais je ne pouvais pas ne rien faire. Juste être là, voir la base russe à un kilomètre, je me sens mieux physiquement".

A l'automne 2020, la "guerre de 44 jours", comme beaucoup l'appellent en Arménie, s'était soldée par la victoire sans appel de l'Azerbaïdjan, qui avait récupéré d'importantes portions de territoires. Si un cessez-le-feu sous médiation russe avait été signé, la plupart des Arméniens se doutaient que Bakou voudrait récupérer l'intégralité du Haut-Karabakh. C'est chose faite depuis mercredi, quand les autorités du territoire séparatiste ont capitulé sous un déluge de feu ennemi. Mais ses 120.000 habitants, qui subissaient déjà le blocus et manquaient d'électricité, d'eau et de nourriture, sont piégés et terrorisés.

 L'attente 
S'ils devaient être évacués, le plus logique serait qu'ils passent par le corridor de Latchine et que la première localité arménienne qu'ils traversent soit Kornidzor. En bordure de ce village déshérité, sans chemin asphalté, un centre d'accueil a été monté par le ministère arménien des Affaires étrangères et la fondation Tufenkian, une ONG locale.

Yana Avanessian, 29 ans, en a la charge. Enseignante en droit à l'université de Stepanakert, la "capitale" du Haut-Karabakh, elle avait reçu une bourse d'un an pour aller aux Etats-Unis en août 2022. Comme tant d'autres, le blocus l'a piégée. Elle ne reverra pas sa ville natale. Selon elle et les nombreux Arméniens réussissant, quand les appels téléphoniques passent, à contacter leurs proches dans cette région, la situation sur place est "horrible". "On espère des évacuations pour bientôt, notamment des gens dont les habitations ont été détruites", confie la jeune femme. "Ce ne sera pas facile de les héberger, l'Arménie est un petit pays. Mais les habitants du Haut-Karabakh ont beaucoup de proches ici et ils attendent d'eux qu'ils les aident".

Dans le centre, les ordinateurs qui permettront d'enregistrer les futurs réfugiés sont déjà allumés, prêts à l'emploi. Mais rien n'indique leur arrivée prochaine.

La route qui serpente et les villages accrochés à flanc de montagne, de l'autre côté de la vallée, c'est déjà le Haut-Karabakh. Tout proche mais inaccessible. Tenu par une poignée de soldats, le poste de contrôle arménien de Kornidzor empêche les civils rongés par l'inquiétude d'aller plus loin.

Fumant cigarette sur cigarette, enchaînant...
commentaires (1)

Le petit prince AMERICANIAN du haut du mont ARARAT en Turquie, a prévenu tout le monde tout en bas (du Mont) de faire attention. Le Pashanian (en gros les Arméniens) depuis un certain temps a voulu danser une farandole de couleurs - à la française - au rythme d’une musique western – américaine – tout étant épauler par L’Ukraine - soutenue par l’EU - IL (s) devait songer que la grenouille pas toujours porte-bonheur bien au contraire ; la petite grenouille enfle, enfle pour devenir aussi grosse que le bœuf, mais elle ÉCLATE ! Au lieu d'essuyer ses larmes, et éloigner les personnes qui les ont fait verser ; il ne faut pas essayer de se justifier quand on est coupable, …. C’est comme s’accuser.

aliosha

08 h 41, le 24 septembre 2023

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Commentaires (1)

  • Le petit prince AMERICANIAN du haut du mont ARARAT en Turquie, a prévenu tout le monde tout en bas (du Mont) de faire attention. Le Pashanian (en gros les Arméniens) depuis un certain temps a voulu danser une farandole de couleurs - à la française - au rythme d’une musique western – américaine – tout étant épauler par L’Ukraine - soutenue par l’EU - IL (s) devait songer que la grenouille pas toujours porte-bonheur bien au contraire ; la petite grenouille enfle, enfle pour devenir aussi grosse que le bœuf, mais elle ÉCLATE ! Au lieu d'essuyer ses larmes, et éloigner les personnes qui les ont fait verser ; il ne faut pas essayer de se justifier quand on est coupable, …. C’est comme s’accuser.

    aliosha

    08 h 41, le 24 septembre 2023

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