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Environnement - Déforestation

Au Akkar, le crime environnemental paie

Des abattages massifs d’arbres sont dénoncés par des élus et militants de cette région encore verte. Quatre de ces derniers ont récemment été agressés et dénoncent l’impunité des trafiquants de bois.

Au Akkar, le crime environnemental paie

Des montagnes de plus en plus dégarnies, dans les hauteurs du Akkar. Photo envoyée par Hassan Zakaria

Quatre militants écologistes ont été agressés samedi dernier dans une forêt, alors qu’ils étaient en plein trekking entre les villages de Bazbina et de Tachee, deux localités encore très vertes du Akkar (Liban-Nord).

Expert en développement rural et membre du Mouvement écologique libanais (LEM), qui documente régulièrement la multiplication des coupes d’arbres illégales dans sa région, Mohammad Arabi affirme avoir été agressé et immobilisé avec ses compagnons de marche par quatre hommes. « Ces hommes n’avaient aucun droit de nous aborder ou de nous détenir sur place, et pourtant c’est ce qu’ils ont fait », dit-il à L’OLJ.

Ce n’est qu’après plusieurs coups de fil à des autorités sécuritaires et politiques locales et nationales - dont le ministre sortant de l’Environnement Nasser Yassine -, et au vu de l’ampleur prise par l'affaire, que les agresseurs ont finalement laissé les militants repartir.

Si les victimes considèrent que leur agression a été préméditée et en lien avec leur activité, aucune des personnes interrogées par L’OLJ n’a été en mesure d’identifier les agresseurs.

« Le Akkar sera bientôt dépouillé de ses forêts »

Mais l’incident, qui a été relaté par le LEM dans un communiqué détaillé, dénote une tension accrue dans ces localités, alors que se produit un abattage massif d’arbres dans l’une des régions les plus préservées du pays, bien que régulièrement affectée par des incendies de forêts.

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Plusieurs observateurs et élus déclarent à L’OLJ que toute la région de Joumé (dans laquelle sont situés les deux villages) et celle du Qaytaa, où se trouvent les forêts de la Qammouaa, sont gangrenées par le fléau de l’abattage. Rony Hajj, président de la Fédération des municipalités de Joumé, et Abdulilah Zakaria, président de la Fédération du Qaytaa, qualifient ainsi la situation de « catastrophique » et avouent leur impuissance face à ce « massacre écologique ».

« Plusieurs contrevenants sévissent entre Akkar el-Atika, Bazbina, Beino, Tachee et Tekrit », assure Rony Hajj, nommant des villages de sa fédération. « Et il ne s’agit pas de pauvres gens récoltant du bois de chauffage mais de grands commerçants de bois qui s’en prennent aux chênes et aux pins avec des scies électriques, des tracteurs et des camions », précise-t-il. Notre correspondant au Nord, Michel Hallak, décrit de son côté « des camions chargés de troncs qui sillonnent les routes du Akkar à toute heure, transportant le bois vers tout le Liban ».

Des spécimens abattus de toute évidence très âgés, dans la région de la Qammouha. Photo envoyée par Hassan Zakaria

Même son de cloche du côté de la Qammouha, où Abdulillah Zakaria déplore le fait que « la police locale a toutes les difficultés du monde à traiter ces massacres d’arbres par de puissants commerçants. » Interrogés sur les coupes illégales d’arbres, les deux présidents de conseil municipal de Bazbina et de Tachee, Tarek Khabazi et Nayef Moury, nient pour leur part que de telles activités ont lieu sur leurs terres, se renvoyant même mutuellement la balle à ce sujet.

L’ampleur de la catastrophe est confirmée par Hassan Zakaria, un militant et guide qui vit à même la forêt, et constate chaque jour les changements. « Des forêts assez denses pour y cacher des avions sont devenues clairsemées, dit-il à L’OLJ. Le pire, c’est la perte des genévriers, des cèdres ou encore des sapins de Cilicie (des essences protégées par la loi, NDLR). Ces arbres sont irrécupérables et ne pousseront plus facilement dans les conditions environnementales actuelles. » Mohammad Arabi est encore plus alarmiste : « Si ce problème n’est pas résolu, le Akkar sera complètement dépouillé de ses forêts d’ici à deux ans ! » Ni Nasser Yassine ni son homologue de l’Agriculture Abbas Hajj Hassan, n’étaient disponibles pour un commentaire.

Impunité

Comment expliquer l’impunité dont jouissent ces commerçants exerçant une activité illégale et dévastatrice ? Plusieurs sources de la région, qui tiennent à garder leur anonymat, laissent entendre qu’il bénéficieraient d’un réseau élargi de complicités politiques et administratives locales - sans désigner nommément les intéressés - dans un contexte de déliquescence des institutions et notamment d’agents n’ayant plus les moyens de se déplacer.

Des piles de bois coupé, à Tachaa, il y a un an. Photo Mohammad Arabi

« Nous essayons de contacter les forces de sécurité, mais sans succès, déclare Rony Hajj. Certains contrevenants ont déjà été déférés devant le parquet, qui les libère presque toujours, l’abattage d’arbres n’étant pas considéré comme un crime, mais un délit. Nous tentons d’avancer l’argument qu’ils volent des ressources sur les terres d’autrui (qu’elles soient terrains domaniaux, étatiques ou appartenant à d’autres particuliers) afin d’obtenir de plus lourdes sanctions. »

Pour sa part, Abdulilah Zakaria ne trouve de salut que dans l’armée, qui est effectivement intervenue dans la Qammouaa mercredi dernier pour arrêter des contrevenants et saisir des bois coupés dans leurs dépôts. « On ne peut que s’en remettre aux militaires, sinon ça risque de tourner à l’affrontement », déplore-t-il.

« Ce sont des ignorants, s’ils connaissaient la vraie valeur des arbres, ils ne les auraient jamais abattus de la sorte », déplore Hassan Zakaria, qui met en garde contre les conséquences en termes de pollution et de santé des habitants.

Quatre militants écologistes ont été agressés samedi dernier dans une forêt, alors qu’ils étaient en plein trekking entre les villages de Bazbina et de Tachee, deux localités encore très vertes du Akkar (Liban-Nord).Expert en développement rural et membre du Mouvement écologique libanais (LEM), qui documente régulièrement la multiplication des coupes d’arbres illégales dans sa ...
commentaires (8)

Comme ils abattent les arbres à la tronçonneuse, je préconise de former un commando qui traquent ces braconniers, les arrêtent puis les abats.. a la tronçonneuse.. Qui vit par le glaive, meurt par le glaive..

Jules Lola

00 h 41, le 19 septembre 2023

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Commentaires (8)

  • Comme ils abattent les arbres à la tronçonneuse, je préconise de former un commando qui traquent ces braconniers, les arrêtent puis les abats.. a la tronçonneuse.. Qui vit par le glaive, meurt par le glaive..

    Jules Lola

    00 h 41, le 19 septembre 2023

  • Une tronçonneuse, ça fait du bruit. Un camion de bois, ça se voit. Les gendarmes seraient-ils systématiquement recrutés chez les sourds et aveugles?

    Yves Prevost

    07 h 32, le 18 septembre 2023

  • OH ! Vous ne savez pas ? C’est bien connu la traduction : Philosophie PHÉNICIENNE : Le POUVOIR se manifeste beaucoup plus facilement dans la DESTRUCTION que dans la CRÉATION. (Inscription sur la tablette retrouvée à CARTHAGE , musée Sicile …..)

    aliosha

    19 h 19, le 17 septembre 2023

  • Le crime environnemental est irréversible. Ces ceiminels doivent être arrêtés et traduits en justice.

    K1000

    17 h 44, le 17 septembre 2023

  • Pays sans foi ni loi !

    Wow

    15 h 53, le 17 septembre 2023

  • Quand par ses gaspillages l’État prive les citoyens de leurs économie et réduit l’économie nationale à néant, il ne faut pas s’étonner de ce genre d’actions quand la bise fut venue... il faut bien se chauffer...

    Gros Gnon

    13 h 46, le 17 septembre 2023

  • Bienvenue au pays de la médiocratie!

    Yazbek Ronald

    12 h 39, le 17 septembre 2023

  • Liban 2023, pays de menteurs, de tricheurs, de voleurs et de mafieux incultes en-veuz-tu-en-voilà !

    Remy Martin

    12 h 12, le 17 septembre 2023

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