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Politique - Mandat De La Finul

Mission accomplie à l’ONU : Beyrouth applaudit, mais pas Haret Hreik

Le Hezbollah appelle la force onusienne à demeurer « en coordination totale avec les forces armées libanaises », sinon la résolution restera « lettre morte ».

Mission accomplie à l’ONU : Beyrouth applaudit, mais pas Haret Hreik

Un poste d’observation de la Finul près du village de Markaba, au Liban-Sud. Aziz Taher/Reuters

Après des discussions difficiles, notamment sur la question de la liberté de mouvement des Casques bleus, le Conseil de sécurité de l’ONU a finalement prorogé d’un an le mandat de la force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), en adoptant un projet de texte présenté par la France. Bien que saluée par le chef du gouvernement, Nagib Mikati, la décision adoptée ne semble pas satisfaire le Hezbollah, qui a appelé la Finul à demeurer « en coordination totale avec les forces armées libanaises », sinon cette résolution restera « lettre morte ».

Le vote prévu initialement mercredi avait été reporté pour permettre la poursuite des négociations, à quelques heures de l’expiration jeudi du mandat de cette force présente depuis 1978 pour faire tampon entre Israël et le Liban.

La résolution adoptée par 13 voix pour et deux abstentions (Russie et Chine) « étend le mandat de la Finul jusqu’au 31 août 2024 », reprenant en grande partie la formulation adoptée il y a un an sur la liberté de mouvement des quelque 10 000 Casques bleus, formulation depuis contestée par le gouvernement libanais et le Hezbollah.

Version amendée

Le texte approuvé par le Conseil de sécurité est une version remusclée de celui initialement présenté par la France. Dans son article 15, la résolution réaffirme notamment que, « conformément à l’accord sur le statut de la Finul conclu entre le gouvernement libanais et les Nations unies, la Finul n’a pas besoin d’autorisation préalable pour mener à bien ses opérations, tout en continuant à coordonner avec le gouvernement libanais ».

Elle « demande au gouvernement libanais de faciliter l’accès rapide et complet de la Finul aux sites demandés par la Finul aux fins d’une enquête rapide, y compris tous les sites d’intérêt et pertinents au nord de la « ligne bleue » liés à la découverte de tunnels traversant la « ligne bleue » que la Finul a signalés comme une violation de la résolution 1701 (2006), et les champs de tir non autorisés, conformément à la résolution 1701, tout en respectant la souveraineté libanaise ».

Ainsi, « la Finul n’a pas besoin d’autorisation préalable ou de permission pour mener les tâches de son mandat » et « est autorisée à conduire ses opérations de façon indépendante », poursuit le texte, soulignant toutefois la nécessité de « coordonner avec le gouvernement du Liban ».

Les Émirats arabes unis avaient envisagé un amendement encore plus restrictif, supprimant cette référence à la coordination avec les autorités libanaises, comme dans la résolution de 2022, mais n’a finalement pas mis cet amendement au vote.

Le gouvernement libanais, dans une lettre au secrétaire général de l’ONU, avait appelé à une reconduction de la force mais sur la base de la résolution de 2021 qui n’insistait pas autant sur l’indépendance de mouvements des Casques bleus.

« Malheureusement, le texte ne reflète pas toutes nos inquiétudes », a réagi la représentante libanaise Jeanne Mrad. « C’est malheureusement la première fois que la prorogation d’un mandat est associée à deux abstentions de membres du Conseil », regrette-t-elle. Elle a assuré que Beyrouth « est engagé à appliquer la résolution 1701 ».

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a récemment déploré que la Finul n’ait toujours pas « pleinement accès » à certains lieux, notamment des sites de l’ONG « Vert sans frontière » que les États-Unis notamment accusent d’être une « couverture » aux activités du parti chiite.

Réaction du Hezbollah

Le Hezbollah n’a pas tardé à critiquer la résolution onusienne. Un porte-parole du parti a ainsi déclaré à L’Orient Today que l’adoption de la résolution sans retrait de l’article concernant la liberté de mouvement de la Finul illustre « l’échec de la diplomatie libanaise qui aurait dû se préparer très tôt à faire face à cette résolution ». « Cela montre également que le monde n’a pas écouté les besoins du Liban. Quand les États-Unis et Israël veulent quelque chose du Conseil de sécurité, ils l’obtiennent simplement parce qu’il y a une hégémonie sur le Conseil de sécurité (...) Nous demandons à la Finul de demeurer en coordination totale avec les forces armées libanaises avant d’effectuer toute mission, sinon cette résolution restera, comme l’a dit le chef du Hezbollah (Hassan Nasrallah), « lettre morte ». »

Hassan Nasrallah avait lancé une menace implicite en début de semaine contre la reconduction du mandat de la force onusienne dans les mêmes termes qu’en 2022, affirmant que les « habitants » du Liban-Sud refuseraient toute action non concertée de la Finul.

Mikati salue la résolution

La critique du parti chiite contraste toutefois avec le communiqué diffusé jeudi soir par le Premier ministre sortant Nagib Mikati qui a salué le renouvellement du mandat de la Finul « d’une manière qui contribue à renforcer la sécurité et la stabilité » du Liban. « Ce qui a été accompli représente une étape essentielle pour préserver les droits et la souveraineté du Liban et nous continuerons à œuvrer pour accomplir tout ce qui est nécessaire dans ce cadre », a-t-il assuré.

M. Mikati note que la résolution « prend en compte un élément-clé demandé par le Liban, concernant le rôle de la Finul d’opérer « en coordination avec le gouvernement libanais » ». « Nous réitérons l’attachement du Liban à la résolution 1701 et au respect de toutes les résolutions internationales », annonce-t-il également. Enfin, il appelle « au retrait d’Israël des territoires libanais qu’il occupe encore, notamment les fermes de Chebaa, les collines de Kfarchouba et la région de Mari, ainsi que de tous les points frontaliers soumis à des réserves situés sur le territoire libanais ». « Nous demandons également qu’une pression soit exercée sur Israël pour mettre fin aux violations continues de la souveraineté libanaise par voie terrestre, maritime et aérienne », conclut-il.

Auparavant, l’ambassadrice des États-Unis à l’ONU s’est dite « très heureuse » d’avoir pu voter en faveur de la résolution. « Il est impératif que la Finul ne soit pas confrontée à des obstacles inacceptables dans l’exercice de ses fonctions, mais elle reste confrontée à des contraintes qui l’empêchent d’accomplir pleinement son mandat. » « Nous appelons le gouvernement libanais à prendre des mesures supplémentaires pour garantir l’application du mandat de la Finul », a-t-elle ajouté, rappelant les sanctions prises récemment par Washington contre l’ONG « Vert sans frontière ».

La Russie a affirmé de son côté s’être abstenue de voter « à cause d’une série d’amendements discutables apportés au texte ».

La réaction israélienne

Pour sa part, le ministère israélien des Affaires étrangères a salué le renouvellement du mandat. « La Finul aide à conserver la stabilité au Liban-Sud. Nous appelons la communauté internationale à adopter une attitude déterminée face aux tentatives de l’organisation terroriste Hezbollah de faire de la provocation et d’entraîner une escalade » de la violence, a-t-il indiqué.

Dans un message publié sur X (ex-Twitter), l’armée israélienne souligne que la Finul est « fondamentale pour aider au maintien de la stabilité dans la région et assurer l’application de la résolution 1701 ».

Enfin, Andrea Tenenti, porte-parole de la Finul, a déclaré hier à L’Orient-Le Jour que « la résolution réaffirme notre coordination continue avec le gouvernement libanais et un partenariat solide avec l’armée libanaise. Elle réaffirme l’autorité des forces de maintien de la paix dans l’exécution de leur mandat, de manière indépendante mais dans le respect de la souveraineté libanaise ». « Nos activités sont menées de manière indépendante, comme c’est le cas depuis 2006, et toujours en coordination avec l’armée libanaise et dans le respect de la souveraineté libanaise », a-t-il ajouté.

Après des discussions difficiles, notamment sur la question de la liberté de mouvement des Casques bleus, le Conseil de sécurité de l’ONU a finalement prorogé d’un an le mandat de la force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), en adoptant un projet de texte présenté par la France. Bien que saluée par le chef du gouvernement, Nagib Mikati, la décision adoptée ne semble pas satisfaire le Hezbollah, qui a appelé la Finul à demeurer « en coordination totale avec les forces armées libanaises », sinon cette résolution restera « lettre morte ».Le vote prévu initialement mercredi avait été reporté pour permettre la poursuite des négociations, à quelques heures de l’expiration jeudi du mandat de cette force présente depuis 1978 pour faire tampon entre Israël et le Liban.La résolution adoptée par 13...
commentaires (7)

"Elle a assuré que Beyrouth « est engagé à appliquer la résolution 1701 »." َQuelle blague! Je me demande si tous ces responsables qui continuent à "assurer" cet engagement ont pris la peine de lire le texte de la 1701! Car cette résolution implique automatiquement l'application de la 1559...Allons donc! De qui se moque-t-on?

Georges MELKI

16 h 58, le 01 septembre 2023

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Commentaires (7)

  • "Elle a assuré que Beyrouth « est engagé à appliquer la résolution 1701 »." َQuelle blague! Je me demande si tous ces responsables qui continuent à "assurer" cet engagement ont pris la peine de lire le texte de la 1701! Car cette résolution implique automatiquement l'application de la 1559...Allons donc! De qui se moque-t-on?

    Georges MELKI

    16 h 58, le 01 septembre 2023

  • Texte ambigu, aux termes contradictoires, . MZ

    M.Z

    13 h 50, le 01 septembre 2023

  • EN SE DEMENANT A EVITER LES CHANGEMENTS PROPOSES ET L,ARTICLE VII ON S,EST CREVE SES PROPRES YEUX.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 36, le 01 septembre 2023

  • C’est la preuve évidente qu’il y a un gouvernement fantoche présidé par le multi milliardaire de Tripoli et un gouvernement qui dicte ses lois présidé par le Sayed planqué à 40 mètres sous terre. Alors nous on dit NON à un pays sous la domination du Hezbollah. Appelez ça comme vous voulez, que Geagea ou Bassil ou Frangieh ou Gemayel soient d’accord ou pas, on s’en fout. On ne veut plus vivre dans un même pays que le Hezbollah. Chacun chez soi, chacun vit selon ses règles, ses us et coutumes, sa culture. Ils feront joujou avec leurs armes autant qu’ils veulent, nous on veut être pacifistes, tournés vers le monde entier, ouverts à toutes les cultures, tolérants envers toute l’espèce humaine sauf contre les fanatiques et les extrémistes. C’est clair ?

    Lecteur excédé par la censure

    09 h 44, le 01 septembre 2023

  • "le monde n’a pas écouté les besoins du Liban". Bien sûr que si! Entre les intérêts du Hezbollah présentés par le gouvernement dit "libanais" et ceux du Liban lui-même, on a choisi - grâce à Dieu - les seconds.

    Yves Prevost

    07 h 23, le 01 septembre 2023

  • Voulant étendre son autorité à l'ONU, il a reçu la réponse adéquate.

    Esber

    06 h 16, le 01 septembre 2023

  • Quand donc les résolutions 1559 et 1680 seront-elles appliquées au Liban et acceptées par le Hizb diabolique ?

    TrucMuche

    01 h 06, le 01 septembre 2023

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