Le réalisateur franco-américain et président du jury Damien Chazelle, avec lʼactrice italienne Caterina Murino, déclarant lʼouverture de la 80e Mostra de Venise. Gabriel Bouys / AFP
Le président du jury Damien Chazelle a connu des soirées plus festives : lui dont les films La La Land (2016) et First Man (2018) ont fait par deux fois lʼouverture en grande pompe de la Mostra ne croisera pas beaucoup de stars cette année. « Hollywood traverse des temps difficiles, a confié le réalisateur franco-américain à quelques heures de lʼouverture officielle. Jʼespère que cʼest pour le meilleur, que quelque chose de bon va en sortir. » En attendant, la Mostra est le premier grand festival mondial à faire les frais de la grève des scénaristes américains, rejoints par les acteurs, qui demandent une meilleure rémunération et un encadrement de lʼintelligence artificielle.
Leur puissant syndicat, le SAG-Aftra, interdit à ses membres de tourner mais aussi de participer à la promotion des films. Ainsi, la nouvelle coqueluche de Hollywood Zendaya devait inaugurer la Mostra avec Challengers de Luca Guadagnino, mais le mouvement social américain en a décidé autrement. Le film a été remplacé en ouverture par une production italienne, Comandante, avec Pierfrancesco Favino, qui revient sur un épisode méconnu du début de la Seconde Guerre mondiale, au cours duquel le commandant dʼun sous-marin italien décida de sauver lʼéquipage du navire belge quʼil venait de couler au large de Madère.
Un programme bien moins glamour, même si le directeur de la Mostra Alberto Barbera, qui a beaucoup fait ces dernières années pour faire de la Mostra de Venise lʼun des festivals préférés des stars américaines, veut relativiser. « Lʼimpact de la grève sera très limité car nous avons perdu un seul film (Challengers, NDLR), a-t-il tenu à rassurer dans un entretien avec lʼAFP. Nous aurons quand même beaucoup de stars sur le tapis rouge. » Ferrari, de Michael Mann, sera lʼun des évènements de la compétition. Ce biopic du fondateur de la marque de bolides Enzo Ferrari bénéficie en effet dʼune dérogation qui permet à ses acteurs Adam Driver et Penélope Cruz de participer. Il faudra par contre se passer de Bradley Cooper, en lice à la fois comme réalisateur et acteur pour Maestro, un biopic du compositeur Leonard Bernstein. Également en lice pour le Lion dʼor, remporté lʼan dernier par la documentariste Laura Poitras (Toute la beauté et le sang versé), David Fincher et Sofia Coppola.
Charlotte Rampling avec la réalisatrice italienne Liliana Cavani avant la projection de « L'ordine del tempo (L'ordre du temps) », présenté hors compétition.Photo GABRIEL BOUYS / AFP
« Lʼhomme et lʼartiste »
Cette édition se distingue aussi par le retour de cinéastes mis en cause dans des affaires dʼagressions sexuelles, quʼils contestent.
Parmi eux, Roman Polanski vit en Europe à lʼabri de la justice américaine quʼil fuit depuis plus de 40 ans après une condamnation pour des relations sexuelles illégales avec une mineure. Persona non grata à Hollywood, le réalisateur de Rosemaryʼs baby a vu sa situation basculer en France depuis la polémique autour du César de la réalisation obtenu en 2020, alors quʼil était visé par de nouvelles accusations dʼagressions sexuelles.
Il est désormais considéré par une large partie de la profession comme lʼun des symboles dʼune certaine impunité et se fait très discret. La Mostra le remet en lumière par la sélection hors compétition de The Palace, avec Fanny Ardant et Mickey Rourke. Polanski nʼa toutefois pas prévu de venir à Venise.
Woody Allen, lui, a vu la quasi-totalité de lʼindustrie lui tourner le dos après des accusations dʼagression sexuelle de sa fille adoptive, quʼil nie et pour lesquelles aucune enquête nʼa abouti. Il présentera hors compétition son 50e film, Coup de chance, tourné en français à Paris et dans les salles françaises fin septembre.
La sélection de 23 films compte cinq femmes pour 19 hommes en lice pour le Lion dʼOr, qui sera décerné le 9 septembre et qui a été remporté par des réalisatrices ces trois dernières années. « Les films de femmes sont peu nombreux, (...) il faut évidemment lutter pour que les choses changent », a reconnu M. Barbera.
Gildas LE ROUX, Francois BECKER/AFP


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