La tragédie de Kahalé a conforté le Hezbollah dans sa tendance à croire qu’il est directement visé et que tout ce qui se passe au Liban ces derniers temps a un même objectif : chercher à l’affaiblir et à l’isoler sur la scène nationale, même au prix fort, pour faire pression sur des dossiers régionaux.
Selon des sources proches du Hezbollah, ce qui s’est passé à Kahalé – et qui était imprévu, puisque si le camion du parti ne s’était pas renversé, il y a fort à parier que tout le drame et la crise politique des derniers jours n’auraient probablement pas eu lieu – ne peut pas être dissocié des derniers affrontements de Aïn el-Héloué et des polémiques qui secouent actuellement la scène libanaise depuis la mort d’un responsable des Forces libanaises à Aïn Ebel jusqu’au conflit de Qornet el-Saouda. Dans tous ces drames, l’essentiel semble être d’impliquer le Hezbollah et de chercher à le mettre sur le banc des accusés pour l’isoler et rendre quasiment impossible tout dialogue avec lui, estiment ses milieux. Pourtant, remarquent les mêmes sources, à Qornet el-Saouda, le conflit opposait en principe les habitants de Bcharré (maronites) à ceux de Bkaassefrine (sunnites). Même à Aïn el-Héloué, les affrontements ont opposé des factions palestiniennes entre elles avec pour enjeu apparent le contrôle du camp, la plus grande agglomération palestinienne en dehors de la Palestine. Le Hezbollah n’y était donc nullement impliqué, et s’il s’en est mêlé, « c’est uniquement pour utiliser son influence afin de calmer le jeu et de chercher à aboutir à une trêve » à travers notamment ses alliés palestiniens, le Hamas et le Jihad islamique, qui sont restés à l’écart du conflit, et Libanais, notamment le Rassemblement des ulémas musulmans dirigé par le cheikh Maher Hammoud. En dépit de la volonté de certaines parties locales et régionales de prolonger les affrontements et de pousser vers leur extension en dehors du camp, une trêve solide a été conclue, et elle devrait se prolonger, sauf imprévu. C’est du moins ce qu’affirment les sources proches du Hezbollah qui ajoutent que ce parti considère que les affrontements de Aïn el-Héloué ainsi que toute division entre les Palestiniens ne sont pas dans son intérêt ni dans celui de l’axe dit de la résistance, surtout depuis le lancement de l’idée de « l’unité des fronts ». Selon le Hezbollah, les affrontements de Aïn el-Heloué constituaient donc une menace non seulement pour les Palestiniens en général, mais aussi pour ceux de Cisjordanie qui ont multiplié ces derniers temps les attaques contre les Israéliens. Toute division interpalestinienne en ce moment précis, et alors que les Israéliens sont occupés par leurs divisions internes et reconnaissent que leur force de dissuasion est en train de s’affaiblir, est donc de nature à réduire l’élan palestinien envers la résistance, ajoutent les sources.
Le Hezbollah estime donc avoir réussi à désamorcer « la bombe de Aïn el-Héloué ». Mais le drame de Kahalé l’attendait « au tournant » pour lui créer cette fois un problème avec les chrétiens, tout en remettant sur le tapis, et dans des conditions conflictuelles, le dossier de ses armes. Dans sa version des faits, le Hezbollah considère que si le camion ne s’était pas renversé, la cargaison serait arrivée à bon port. Toujours selon les sources proches de la formation, il y a eu un laps de temps entre l’accident du camion et l’incident. Ce qui a permis aux forces politiques hostiles au Hezbollah de s’assurer que le camion était sous sa garde, et les premiers tirs sont venus du côté des habitants. Pour le Hezbollah, l’affaire aurait pu ne pas prendre cette ampleur, ni provoquer la mort de deux personnes ni même mettre le pays au bord d’une guerre « s’il n’y avait pas une volonté dans ce sens de la part de certaines parties chrétiennes ». Ce n’est pas le premier camion portant une cargaison destinée au Hezbollah qui passe par ce chemin ou qui traverse le Liban d’une région à l’autre, affirment les sources. Et de remarquer : jusqu’à nouvel ordre, toutes les déclarations ministérielles des gouvernements successifs depuis Taëf reconnaissent le droit du Liban à libérer sa terre par tous les moyens. Ce qui signifie que l’État libanais reconnaît officiellement la résistance et ses droits. Celle-ci agit certes en général dans la plus grande discrétion, mais cette fois-ci, le hasard a voulu que l’accident ait lieu. Ce qui devrait faire l’objet d’une enquête interne au sein de la formation. Mais, toujours selon les sources précitées, la réaction populaire a surpris le parti, qui a tendance à croire qu’elle n’est pas spontanée parce qu’elle s’inscrit dans un sillage précis. Selon les mêmes sources, depuis 2019, les tentatives de créer des divisions entre le Hezbollah et les autres composantes libanaises ont été multiples, notamment à Khaldé (avec les sunnites) et à Rachaya (avec les druzes), et à chaque fois, le parti cherchait l’apaisement, tout en essayant de maintenir un canal de contact avec les protagonistes.
C’est d’ailleurs pour éviter que la colère populaire ne s’amplifie encore plus que le Hezbollah a remis cette fois-ci toute l’affaire entre les mains de l’armée, se déclarant prêt à accepter son verdict, assurent les sources précitées.
Selon elles, le Hezbollah reste sur ses positions : il refuse de se laisser entraîner dans une discorde interne et il est favorable au dialogue, notamment au sujet de la stratégie de défense nationale, mais ses adversaires refusent de lui parler et ce qui s’est passé à Kahalé est, d’une certaine façon, destiné à stopper la nouvelle dynamique de dialogue entre lui et le Courant patriotique libre.
Malgré tout, le Hezbollah affirme que le dialogue reste la seule voie possible pour sortir des crises répétitives. Il estime avoir des arguments convaincants, une des raisons de son attachement à la candidature de Sleiman Frangié pour la présidence de la République étant justement parce que ce dernier ne signera pas le décret de formation d’un gouvernement qui ne mentionne pas l’appui à la résistance dans sa déclaration ministérielle. C’est ce que le Hezbollah appelle « un président qui ne poignarde pas la résistance dans le dos ».


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Analyse pleine de bon sens et de discernement. Merci Madame Haddad. M.Z
13 h 35, le 13 août 2023