Au fur et à mesure que l'enquête sur le viol et le décès de la petite Lynn Taleb avance, ce sont de nouveaux détails glaçants qui sont révélés. L'audience de plusieurs membres de la famille de cette fillette de 5 ans, décédée le 29 juin dernier à la suite d'agressions sexuelles, a été menée mardi par la juge d'instruction du Liban-Nord, Samaranda Nassar. Plusieurs éléments sur le calvaire de la petite y ont été évoqués, selon une haute source judiciaire contactée par L'Orient-Le Jour et s'exprimant sous couvert d'anonymat, qui rapporte que la famille maternelle de Lynn continue de nier les faits.
Lors de l'audience de mardi, la juge Nassar a confronté la mère de Lynn, Waad Bou Khalil, et l'oncle maternel, soupçonné d'avoir violé la petite fille lorsque cette dernière séjournait chez ses grands-parents maternels à Minié, dans le nord du Liban. La juge a demandé à la mère si elle avait une question à poser à son frère, rapporte la source judiciaire, qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat. La mère lui a alors demandé s'il avait violé la petite fille, ce à quoi il a répondu par la négative. La mère a alors déclaré qu'elle le croyait. Le séjour de Lynn chez ses grands-parents maternels avait eu lieu un peu avant la fête de l'Adha, à partir du 19 juin, période pendant laquelle les agressions auraient eu lieu. Le soir de sa mort, le 29 juin, la petite avait été emmenée aux urgences par sa famille, qui avait refusé de la faire hospitaliser.
Des mandats d'arrêt avaient d'abord été émis à l'encontre de la mère de l'enfant et de son grand-père maternel, Fawaz Bou Khalil. Les autorités ont ensuite arrêté la grand-mère et l'oncle maternels de Lynn. L'oncle est accusé de viol et de crime intentionnel, alors que les autres membres de la famille sont accusés d'avoir dissimulé des informations, ainsi que d'homicide volontaire, ayant retardé l'hospitalisation de l'enfant avant son décès.
Contusions et hématomes
Selon la source judiciaire, le rapport du médecin légiste révèle que l'enfant a sans doute été violée une seule fois de manière violente, et non pas à plusieurs reprises, comme cela avait été rapporté auparavant. La fillette avait également un bras déboité et sa bouche était enflée. Elle souffrait aussi d'anémie.
Des photos de l'enfant, retrouvées dans le téléphone de l'oncle et prises le 24 juin la montrent souriante et en parfaite santé. Le médecin légiste, qui a examiné les contusions et hématomes sur le corps de la petite fille, estime que le viol remonte au 25 juin. Des traces de griffures ont été relevées sur le cou de l'oncle.
Le rapport médical explique par ailleurs que Lynn avait développé une grave infection après le viol, ce qui avait conduit à sa mort. Avant son décès, l'enfant n’avait plus rien mangé ni bu pendant plusieurs jours et vomissait. Le 29 juin, à 16h, Lynn a vomi du sang et ce n'est qu'à 19h30, alors qu'elle était déjà décédée, qu'elle a été emmenée à l'hôpital par l’oncle paternel de sa mère et son épouse. La température de la fillette était tellement élevée avant sa mort que, même après constatation du décès à l'hôpital, elle affichait toujours 40,5 degrés.
La famille maternelle continue de nier
La juge Samaranda Nassar devrait entendre des témoins jeudi, dont un membre des services de sécurité qui serait proche de la mère de l'enfant et qui aurait tenté d'aider la famille à étouffer l'affaire, rapporte la source judiciaire à L'OLJ. Quant à l'audience de mardi, elle s'est déroulée dans un climat d'indifférence lourde. La mère, en effet, ne semblait nullement secouée par les détails évoqués, malgré leur gravité, selon la source interrogée.
Des traces de l'ADN de l'oncle, de la mère et de la grand-mère ont été retrouvées sur le corps de l'enfant, mais la famille continue de nier les faits. L'oncle maternel dément avoir violé Lynn et raconte qu'elle l'aimait bien parce qu'il lui achetait des confiseries.
La source révèle par ailleurs que le viol aurait été commis alors que l'oncle maternel et Lynn étaient seuls au domicile du premier, situé dans le même immeuble que celui des grands parents. L'épouse de l'oncle, qui venait tout juste d'accoucher se trouvait chez ses beaux-parents, les grands-parents de Lynn, afin qu'ils l'aident avec le nourrisson.
S'ils sont jugés pour avoir intentionnellement donné la mort, l'oncle, la mère et les grands-parents pourraient être condamnés à au moins 15 ans de prison ou même à la prison à perpétuité, explique une juriste qui a souhaité rester anonyme. Un viol est puni de 10 ans de prison, mais dans le cas de Lynn, le violeur pourrait également être poursuivi pour homicide volontaire.
L'affaire relève de la barbarie.
19 h 05, le 10 août 2023