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Moyen-Orient - ENTRETIEN EXPRESS

« Le nouveau chef du législatif à Tripoli pourrait ne pas bénéficier du soutien total de Dbeibah »

Suite à l’élection de Mohammad Takala à la tête du Haut Conseil d’État libyen à Tripoli dimanche dernier, l’analyste politique Ahmad Sharkasi fait le point pour « L’Orient-Le Jour ».

« Le nouveau chef du législatif à Tripoli pourrait ne pas bénéficier du soutien total de Dbeibah »

Khaled al-Mechri, ancien président du Haut Conseil d’État. Photo AFP

À la tête depuis cinq ans du Haut Conseil d’État, l’assemblée représentative de l’Ouest libyen basée à Tripoli, Khaled al-Mechri a été remplacé dimanche par Mohammad Takala. Entré en politique après la chute de Mouammar Kadhafi, celui-ci est membre du Conseil général national depuis 2012, principal parti de l’Ouest libyen. En 2021, il participe activement à l’élection de l’actuel Premier ministre du gouvernement de Tripoli, Abdelhamid Dbeibah. Récemment, ce dernier était notamment en désaccord avec le prédécesseur de Mohammad Takala, qui réclamait sa démission, souhaitant la formation d’un gouvernement de transition afin de mener le pays à de nouvelles élections. Pour le chef contesté du cabinet de Tripoli, reconnu par la communauté internationale, le remplacement des deux assemblées législatives, la Chambre des représentants à l’Est basée à Tobrouk et le Haut Conseil d’État à l’Ouest, doit en effet venir avant la formation d’un nouveau gouvernement. La dernière tentative d’organiser des élections législatives en Libye remonte à décembre 2021, le scrutin ayant été annulé in extremis face aux désaccords qui subsistaient entre les différents acteurs. Selon les analystes, l’actuel statu quo présente d’indéniables avantages pour les parties en présence, notamment pour l’exploitation des ressources en hydrocarbures. L’analyste politique Ahmad Sharkasi, membre du Libyan Political Dialogue Forum de l’ONU, fait le point pour L’Orient-Le Jour.

Quelles conséquences immédiates peut avoir l’élection du président du Haut Conseil d’État de dimanche ?

L’actuel Premier ministre de Tripoli, Abdelhamid Dbeibah, a eu des problèmes avec le précédent président du Haut Conseil d’État (HCE), Khaled al-Mechri. Dbeibah a déployé des efforts pour faire remplacer Mechri en tant que président du HCE, en utilisant sa position et des fonds libyens pour soutenir d’autres candidats. Pour autant, il n’est pas certain que le nouveau président bénéficie du soutien total de Dbeibah. Ce dernier et la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (Manul) pourraient tenter d’utiliser les résultats de ces élections pour perturber le processus entre le HCE et le Parlement, ce qui pourrait compromettre la feuille de route convenue par les deux chambres il y a un mois (devant mener à des élections d’ici à la fin de l’année, la feuille de route a été critiquée par l’envoyé spécial de l’ONU pour la Libye, Abdoulaye Bathily, pour de nombreuses entraves qui subsistent selon lui, NDLR).

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En quoi cet événement peut-il influer sur la situation politique et sécuritaire de la Libye ?

Cela dépendra de la direction que prendra le nouveau président du HCE. S’il choisit de mettre en œuvre la feuille de route électorale et de coopérer avec le parlement de Tobrouk, la situation devrait s’améliorer et devenir plus pacifique. En revanche, s’il décide de tout annuler, y compris l’accord entre les deux chambres, la situation pourrait s’aggraver, entraînant une rupture de communication entre le HCE et les institutions de l’est de la Libye, comme le Parlement et le commandement général (dirigé par le maréchal Khalifa Haftar, NDLR). Cela conduirait potentiellement à raviver les conflits et les divisions au sein du pays. Le Premier ministre Dbeibah pourrait notamment tenter d’exploiter cette situation pour aggraver le conflit et retarder la tenue d’élections le plus longtemps possible.

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Dans quelle mesure ce changement peut-il impacter la stratégie des acteurs locaux et étrangers impliqués sur la scène libyenne ?

Le remplacement à la tête du HCE est susceptible de modifier les dynamiques et les stratégies des acteurs concernés, tant au niveau national qu’à l’extérieur. Il peut en réalité avoir un impact significatif, notamment sur les stratégies des acteurs étrangers. Ces derniers ont joué un rôle d’exacerbation du conflit en renforçant des groupes armés et en faisant acte d’ingérence auprès d’institutions locales. Avec un changement de leadership au sein de ces mêmes institutions, les acteurs étrangers vont devoir revoir leurs approches. C’est particulièrement le cas de la Turquie, qui avait une influence considérable sur le HCE et entretenait des relations étroites avec son précédent président. Désormais, Ankara devrait adopter une approche plus précautionneuse envers le HCE et son président avant de les considérer comme des partenaires.

À la tête depuis cinq ans du Haut Conseil d’État, l’assemblée représentative de l’Ouest libyen basée à Tripoli, Khaled al-Mechri a été remplacé dimanche par Mohammad Takala. Entré en politique après la chute de Mouammar Kadhafi, celui-ci est membre du Conseil général national depuis 2012, principal parti de l’Ouest libyen. En 2021, il participe activement à l’élection de...

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