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Moyen-Orient - Tunisie

Des manifestants d’Agareb condamnés pour avoir dénoncé une pollution excessive

Des dizaines d’habitants de la ville d’Agareb ayant manifesté contre les conséquences écologiques et sanitaires d’une énorme décharge publique voisine ont écopé en juin dernier de diverses peines de prison.

Des manifestants d’Agareb condamnés pour avoir dénoncé une pollution excessive

La police tire des grenades lacrymogènes pour disperser une manifestation contre la réouverture d’une décharge à Agareb, le 9 novembre 2021. Houssem Zouari/AFP

Ville rurale de 40 000 habitants, Agareb se situe à moins de 5 kilomètres à vol d’oiseau de la réserve naturelle d’el-Gonna. Mais depuis 2008, cette dernière a été transformée en une décharge publique utilisée par un million d’habitants et les entreprises de la région de Sfax, la plus industrielle de Tunisie. Au fil des ans, une odeur pestilentielle et des problèmes sanitaires ont résulté de cette décision des autorités régionales, provoquant de nombreuses manifestations dès 2017, sous l’égide d’un mouvement dénommé « Menich Msab » (Je ne suis pas une décharge). 

À sa création en 2016, le mouvement Menich Msab se veut être un collectif d’artistes, loin de porter des revendications politiques. «  Nous ne sommes pas des politiciens ou des écologistes, nous n’avions aucune idée de ce dans quoi nous nous embarquions », confie Sami Bahri, un militant de Menich Msab à la chaîne al-Jazeera. Mais la menace environnementale et sanitaire qui s’aggrave à Agareb les pousse à agir. « La pollution, les odeurs et les insectes pullulent », raconte un article du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux. « Les problèmes d’asthme, de vue, les malformations génétiques ainsi que les cancers touchent un grand nombre de familles d’Agareb », affirme l’organisation. 

En 2019, une décision judiciaire exige la fermeture de la décharge, mise à exécution le 27 septembre 2021. Mais face à la crise des déchets sans précédent qui en a résulté à Sfax, les autorités sont dépassées et souhaient rouvrir la décharge, invoquant notamment l’intérêt général. Le collectif Menich Msab organise alors de nombreuses actions, bloquant notamment la route menant à la décharge pendant plus de 15 jours. Des manifestations de grande ampleur s’en sont suivies, conduisant à des heurts avec les forces de l’ordre, durant lesquels un manifestant est décédé, étouffé par les gaz lacrymogènes. Sa mort avait entraîné un tollé dans l’opinion publique, obligeant les autorités à fermer définitivement la décharge. 

Pour mémoire

Grande marche près de Sfax, après la mort d'un manifestant

Malgré cette fermeture, 38 membres de Menich Msab ont été jugés et condamnés mi-juin dernier à des peines allant de huit mois d’incarcération à plusieurs années. Ces peines font suite à leur participation dans trois manifestations différentes : contre la décharge, contre la station d’épuration accusée d’être souvent en panne et de rejeter les eaux usées non traitées vers la ville, et contre l’usine d’huile d’olive qu’ils accusent de polluer les environs, selon Ikyfada, un média indépendant tunisien. Les condamnations viennent principalement des plaintes déposées par l’usine d’huile d’olive, selon les dires de l’avocat des manifestants condamnées, rapportés à al-Jazeera. Si les membres de Menich Msab sont accusés d’avoir empêché les travailleurs d’entrer dans l’usine, d’avoir usé de diffamation et d’avoir « menacé » les propriétaires, ces charges sont réfutées par leur avocat, qui affirme à la chaîne que les plaintes servent surtout à les empêcher d’exprimer leurs préoccupations environnementales.

Des dizaines de manifestants condamnés ont désormais fait appel des peines de prison prononcées à leur encontre, rapporte al-Jazeera. Selon les journalistes de la chaîne qatarie, la pollution de la réserve d’el-Gonna est encore visible à l’œil nu, tout comme l’odeur se ressent encore, notamment pendant l’été. Depuis des années, des tas de déchets stagnent sur place sans être filtrés ni traités.

Ville rurale de 40 000 habitants, Agareb se situe à moins de 5 kilomètres à vol d’oiseau de la réserve naturelle d’el-Gonna. Mais depuis 2008, cette dernière a été transformée en une décharge publique utilisée par un million d’habitants et les entreprises de la région de Sfax, la plus industrielle de Tunisie. Au fil des ans, une odeur pestilentielle et des problèmes sanitaires...
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