Critiques littéraires Poésie

Le centenaire du Prophète de Gibran

Le centenaire du Prophète de Gibran

Le centenaire du Prophète, l’œuvre maîtresse de Gibran Khalil Gibran, parue chez l’éditeur Alfred Knopf en 1923, a été récemment célébré à New York où plusieurs de ses peintures ont été exposées, et à la LAU à Beyrouth où un colloque international a réuni de nombreux spécialistes libanais et étrangers à l’initiative du Centre du Patrimoine libanais.

Un phénomène éditorial

Le Prophète est un véritable phénomène. Depuis sa parution, il s’est vendu à plus de dix millions d’exemplaires et a été traduit dans 116 langues, dont une quinzaine de fois en français, surtout depuis qu’il est tombé dans le domaine public le 1er janvier 2019.

Livre de chevet des étudiants américains dans les années 1960, il a été adopté par le mouvement hippie et par de nombreuses célébrités dont Elvis Presley qui en offrait des exemplaires à ses amis, avec ses propres commentaires écrits à la main dans les marges, comme l’atteste le volume acquis à l’occasion d’une vente aux enchères et conservé au Musée Gibran à Bécharré. 

Des extraits de l’ouvrage sont désormais lus dans les mariages et les baptêmes, et plusieurs films, téléfilms ou spectacles l’ont adapté, sans compter l’interprétation par notre diva nationale Feyrouz d’« Al-mahabba » qui correspond au chapitre sur l’amour. 

Genèse et sources d’inspiration

Ce livre, Gibran l’a conçu très tôt, en langue arabe, dès l’âge de 15 ans. Mais suivant les conseils de sa mère, il l’avait laissé mûrir longtemps, avant de se décider à le rédiger en anglais, sous la supervision de son « ange gardien », Mary Haskell, qui l’encourageait à écrire dans la langue de Shakespeare pour lui assurer une audience plus vaste, à l’instar de Tagore qui avait opté pour l’anglais et décroché le prix Nobel de littérature en 1913 après avoir longtemps écrit dans sa langue natale, le bengali. 

Les sources d’inspiration de Gibran pour l’écriture du Prophète sont diverses : il y a d’abord la Bible, puisque l’on retrouve dans ce livre un ton qui rappelle singulièrement celui du Christ, ainsi que des formules bibliques comme « En vérité je vous le dis ». Il y a également le soufisme et l’idée d’unité chère aux soufis, omniprésente dans l’ouvrage, et, surtout, Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche. Certes, Gibran s’est nettement inspiré de cet ouvrage qu’il a lu en français à Paris et en anglais aux États-Unis, mais il a su s’en démarquer par son style limpide, par l’absence d’« esprit analytique », et par son rejet du nihilisme propre au philosophe allemand. Quant à l’influence libanaise, elle est indéniable, puisque de nombreux symboles renvoient à la nature de Bécharré et à celle de la Qadicha, la Vallée sainte, où, enfant, il aimait jouer et gravir les rochers.

Un succès immédiat 

Ayant peaufiné son manuscrit entre 1919 et 1923, Gibran l’envoie à son jeune éditeur Alfred Knopf qui avait déjà publié trois de ses œuvres en anglais : The Madman (Le Fou), Twenty Drawings (Vingt dessins) et The Forerunner (Le Précurseur).  Le succès est au rendez-vous. Paru en septembre 1923, agrémenté d’illustrations de l’auteur aujourd’hui conservées au Musée Gibran, le livre séduit des milliers de lecteurs, dynamisé par une campagne de promotion et par les lectures publiques organisées par Gibran. Les traductions se multiplient, notamment en arabe grâce à Antonios Bachir et en français grâce à Madeline Mason-Manheim.

Comment expliquer cette réussite ? Bien qu’il soit inclassable (écrit en anglais par un Arabe, il n’est ni poème, ni roman, ni essai philosophique !), l’ouvrage se lit avec plaisir et à tout âge. Sans être abscons, il nous offre des symboles à décrypter, et nous invite à la méditation. Les leçons de vie qu’il nous inculque répondent à nos interrogations dans un monde miné par le matérialisme et la violence. La fluidité de son style et le rythme qui l’anime expliquent l’attachement des lecteurs à cet ouvrage que certains critiques rejettent pourtant, le considérant un peu trop « new age », à l’image des livres de Paulo Coelho. 

Quoi qu’il en soit, force est de reconnaître que, cent ans après, Le Prophète n’a pas pris une ride et est toujours adulé par des millions de lecteurs qui s’échangent des extraits de cette œuvre à travers les réseaux sociaux. Près de la tombe de Gibran à Bécharré, on peut lire ces lignes gravées sur du bois de cèdre : « Je suis vivant comme vous. Je suis debout près de vous. Fermez les yeux, vous me verrez devant vous. » Cette immortalité, Gibran l’a sans doute acquise grâce au Prophète. 

Le centenaire du Prophète, l’œuvre maîtresse de Gibran Khalil Gibran, parue chez l’éditeur Alfred Knopf en 1923, a été récemment célébré à New York où plusieurs de ses peintures ont été exposées, et à la LAU à Beyrouth où un colloque international a réuni de nombreux spécialistes libanais et étrangers à l’initiative du Centre du Patrimoine libanais.Un phénomène...
commentaires (1)

Jebran, notre fierté!

DOUMET Rima

17 h 28, le 17 août 2023

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Jebran, notre fierté!

    DOUMET Rima

    17 h 28, le 17 août 2023

Retour en haut