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Politique - Banque du Liban

Mansouri, acte I : la couverture légale avant tout

Le nouveau gouverneur par intérim de la banque centrale a pressé les pouvoirs législatif et exécutif d'adopter les textes lui permettant d'agir à la tête de l'institution financière.

Mansouri, acte I : la couverture légale avant tout

Le premier vice-gouverneur de la Banque du Liban, Wassim Mansouri (c.) entouré de ses quatre homologues lors d'une conférence de presse au siège de la BDL, à Hamra, le 31 juillet 2023. Photo Joseph Eid/ AFP

Le roi (n’est pas) mort, vive le roi. Quelques heures avant la fin (officielle) de l’ère Riad Salamé à la Banque du Liban, son successeur par intérim, Wassim Mansouri, premier vice-gouverneur (chiite, proche du président de la Chambre, Nabih Berry) a défini les grandes lignes de son action pour la prochaine phase qui s’étend sur six mois. Grosso modo, M. Mansouri et les trois vice-gouverneurs insistent pour que les pouvoirs législatif et exécutif leur assurent notamment la couverture légale qu’ils avaient exigée pour rester à leur poste après le départ de M. Salamé.

La balle est donc plus que jamais dans le camp du Premier ministre sortant Nagib Mikati. Si ce dernier a réussi à convaincre M. Mansouri et ses collègues de succéder à Riad Salamé, il devra encore convaincre les composantes de son équipe ministérielle d’approuver un projet de loi répondant à leurs requêtes en vue de l’adopter par la Chambre. Et c’est là que les choses risquent de se compliquer. Car Nabih Berry, qui s’est avéré être le plus grand perdant de l’accord conclu jeudi dernier entre son « protégé » Nagib Mikati et les vice-gouverneurs, est désormais devant le fait accompli : le même Wassim Mansouri qu’il ne voulait pas voir à la tête de la banque centrale le presse désormais de convoquer la Chambre à une séance plénière. De toute évidence, celle-ci sera placée sous le signe de la législation de nécessité, un concept découlant de la « jurisprudence » propre au président de la Chambre, qui ne peut que miser, une nouvelle fois, sur un éventuel feu vert de son meilleur ennemi sur la scène locale, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil.

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Ce n’est donc qu’au dernier jour de Riad Salamé à son poste à la banque centrale que Wassim Mansouri est officiellement sorti de son silence. Lors d’une très attendue conférence de presse tenue lundi au siège de la BDL à Hamra, il a tracé les contours de sa politique principalement axée sur le refus de continuer à financer les dépenses de l’État sans couverture légale. « Quelles que soient les raisons qui ont poussé le gouvernement à demander des fonds à la banque centrale, elles ne sont pas du tout justifiées et il faut mettre définitivement un terme à cette hémorragie », a-t-il déclaré, avant d’exposer le plan qui permettrait d’atteindre ce dernier objectif : « Il faut commencer par adopter urgemment les budgets 2023 et 2024, ainsi que la loi sur le contrôle des capitaux et celle prévoyant la restructuration du secteur bancaire », a expliqué le haut responsable financier. « Il n'y aura pas de redressement monétaire sans ces lois », a-t-il encore dit.

M. Mansouri est ensuite passé à la deuxième étape de son plan. « Dans un second temps, il faut qu'une loi soit adoptée par le Parlement afin de permettre à la BDL de financer l’État à partir des réserves obligatoires », a -t-il déclaré. Il a, dans ce cadre, tenu à préciser que « ce financement doit être conditionné par le remboursement des montants empruntés à la banque centrale (…) ».

M. Mansouri faisait référence à la demande formulée par les quatre vice-gouverneurs au Parlement de voter une loi leur autorisant de piocher dans les réserves obligatoires de la BDL la somme de 200 millions de dollars par mois, pendant trois mois, à condition que le cabinet rembourse le montant d'ici à un an. Sauf que de récentes informations de presse faisaient état de « tentatives » du Premier ministre sortant de réduire ce montant à 150 ou même 100 millions de dollars. Interrogé par L’OLJ, le chef du gouvernement préfère ne pas trancher la question. « La somme est sujette à discussion. Cela dépend des explications que les vice-gouverneurs présenteront au Conseil des ministres (sachant que M. Mansouri a pris part à la réunion gouvernementale de lundi pour exposer ses idées) », précise le chef du cabinet sortant. Il fait savoir en outre que la séance gouvernementale tenue lundi au Sérail était exclusivement consacrée à l’examen du projet de budget 2023. « J’ai distribué aux ministres le projet de loi permettant au gouvernement de s'endetter en devises auprès de la banque centrale afin de financer les salaires des fonctionnaires.

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Selon des informations de presse, le texte permet au gouvernement de faire usage de ce crédit renouvelable une seule fois. Il devrait être remboursé dans un délai de 18 mois en piochant dans les recettes de l’État. Le texte stipule en outre que ce crédit ne devrait être utilisé que pour « assurer la stabilité socio-économique des fonctionnaires, des militaires et des membres des appareils de sécurité ». « La BDL a le droit de suspendre le crédit en question si les lois initiant les réformes et le plan de redressement économique ne sont pas adoptés », précise le texte. « Nous allons discuter ce projet de loi plus tard et l’envoyer au Parlement qui devrait prendre la décision qui convient », souligne M. Mikati. 

Tout le monde attend Bassil

Le Premier ministre sortant se lave déjà les mains d’un éventuel échec à répondre à toutes les exigences de M. Mansouri et ses homologues, préférant en imputer la responsabilité à un Nabih Berry mis au pied du mur. N’ayant pas épargné à Wassim Mansouri la succession de Riad Salamé, le président de la Chambre se voit contraint de convoquer une séance législative. « Tout dépend du gouvernement et de son projet de loi », dit un proche de Aïn el-Tiné. Mais tel est loin d’être le seul facteur. La tenue de la séance dépend d’abord de la capacité à lui assurer une couverture chrétienne. Sauf que les Kataëb rejettent le principe de séances parlementaires tenues en l’absence d’un président de la République. Idem pour les Forces libanaises. « La Constitution est claire. Le Parlement est un collège électoral qui ne peut rien faire, excepté l’élection d’un président », explique le porte-parole du parti, Charles Jabbour. « De plus, nous sommes contre toute atteinte aux épargnes des déposants qui constituent les réserves obligatoires de la BDL », ajoute Razi Hajj, député FL. 

Tous les regards sont donc rivés sur Gebran Bassil. S’il rejoint ses adversaires chrétiens dans l’appel à accorder la priorité à l’élection du chef de l’État, le leader du courant aouniste a déjà dérogé à cette règle à deux reprises : en avril, le groupe du Liban fort avait pris part à la séance visant à reporter d’un an les élections municipales. Plus récemment, en juin, il avait assuré la couverture d’une réunion qui était destinée à débloquer le financement des salaires des fonctionnaires. Que fera-t-il une fois la Chambre convoquée ? Fera-t-il un clin d’œil à son allié le Hezbollah avec qui il vient de rouvrir les canaux de dialogue, surtout que le parti chiite a, pour les beaux yeux de Gebran Bassil, empêché le gouvernement de nommer un nouveau gouverneur de la BDL. « Le groupe parlementaire tranchera la question lors de sa réunion prévue mardi. Mais je ne crois pas que nous allons bloquer le processus, surtout si les propositions de loi que nous voulons sont à l’ordre du jour », répond un ancien parlementaire CPL.

Le roi (n’est pas) mort, vive le roi. Quelques heures avant la fin (officielle) de l’ère Riad Salamé à la Banque du Liban, son successeur par intérim, Wassim Mansouri, premier vice-gouverneur (chiite, proche du président de la Chambre, Nabih Berry) a défini les grandes lignes de son action pour la prochaine phase qui s’étend sur six mois. Grosso modo, M. Mansouri et les trois...

commentaires (5)

La meilleure réponse à cette farce se trouve dans l’éditorial de M. Issa Ghoraeib. A lire et à méditer. Merci Monsieur d’exprimer nos frustrations avec justesse et grand style, ça n’est pas donné a tout le monde.

Sissi zayyat

10 h 47, le 02 août 2023

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Commentaires (5)

  • La meilleure réponse à cette farce se trouve dans l’éditorial de M. Issa Ghoraeib. A lire et à méditer. Merci Monsieur d’exprimer nos frustrations avec justesse et grand style, ça n’est pas donné a tout le monde.

    Sissi zayyat

    10 h 47, le 02 août 2023

  • Salamé volait nos dépôts en toute illégalité. Il avait beaucoup de culot. Ce que veut le nouveau gouverneur c'est continuer de voler nos dépôts. Mais comme il est plus peureux que M. Salamé, Il demande au Parlement de voter une loi qui l'autorise à poursuivre ce vol! On est tombé de Charybde en Scylla!

    Georges Airut

    15 h 36, le 01 août 2023

  • N’est ce pas lui qui a secondé Salame dans ce qu’ils appellent l’ingénierie financière? Alors comment peut il lui succéder si ce n’est pour assurer le service après « vol » et faire comme s’il était blanc comme neige et qu’il vient sauver le pays en bouclant la boucle et en masquant toutes les preuves du pillage accompli par lui et ses pairs au cas où les pays aidants persistaient à les pourchasser pour les sanctionner. Ils ont toujours une issue pour se protéger les uns les autres en nous faisant croire que c’est pour notre bien qu’ils nous ont dépouillé.

    Sissi zayyat

    14 h 45, le 01 août 2023

  • On doit reconnaître à M. Mansouri de bonnes qualités de communicant. On s'attendait à une déclaration désincarnée et technocratique. Il a eu le talent d'y insuffler une dimension personnelle et humaine. Une fois le "charme" évaporé, il apparaît clairement que lui et ses collègues sont restés en poste pour tenter de faire oublier leur implication de plusieurs années auprès du "magicien de Hamra". Cette exigence de couverture légale est infondée puisque le statut de la BDL lui confère déjà une grande indépendance. Dès lors, de quoi s'agit-il ? Obtenir une sorte d'immunité pour les méfaits du passé et les turpitudes à venir ?

    IBN KHALDOUN

    13 h 46, le 01 août 2023

  • Si nous comptenons bien, M.Mansouri demande que le vol des depots par la BDL (et les banques) jusqu'au dernier sou soit legalise au parlement ? LOL. L'histoire retiendra qu'au Liban, depuis le hold-up de Solidere jusqu'au vol des reserves obligatoires, les voleurs ont statut legal.

    Michel Trad

    12 h 35, le 01 août 2023

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