Trois sujets d’actualité ont été abordés par le directeur de la Sûreté générale, Élias Bayssari, devant une délégation du conseil de l’ordre des rédacteurs conduite par Joseph Kossayfi.
D’abord, la crise des passeports qui, selon lui, est due à la demande croissante des Libanais qui ne prennent souvent pas en considération les priorités et les urgences, préférant se doter d’un passeport par précaution et pour avoir un sentiment de sécurité pour l’avenir.
Ensuite, la situation au Sud et les incidents qui se sont multipliés ces derniers temps dans certains points frontaliers et enfin, le dossier épineux des « déplacés syriens » (selon la terminologie officielle libanaise).
Avant de recevoir les membres du conseil de l’ordre des rédacteurs, le général Bayssari était en réunion avec des représentants de la compagnie qui va entamer bientôt les travaux de prospection dans le bloc 9 au sud du Liban. Il a ainsi confirmé que les travaux devront commencer le 15 août et le Liban compte former une commission spéciale pour régler les détails techniques, sachant que l’accompagnement technique devrait se faire à partir de l’aéroport et du port de Beyrouth. À la question de savoir si on sait déjà s’il y a du gaz et du pétrole dans ce bloc, le général a répondu par une boutade : « Lorsqu’un couple se marie, peut-il savoir à l’avance s’il aura des enfants ? »
Il a ensuite rappelé que le rôle de la SG avait trois dimensions. Il s’agit d’un service administratif, sécuritaire et politique. Or, actuellement, la SG poursuit son rôle administratif alors que la plupart des administrations publiques sont en panne. En temps normal, la SG imprime entre 800 et 1 000 passeports par jour, mais, actuellement, la demande a tellement augmenté qu’il en faut 3 000 par jour. La SG fait donc de son mieux, mais, selon Bayssari, les citoyens devraient eux aussi ne pas faire de demandes s’ils n’ont pas de voyage en perspective, même s’il comprend cette précipitation. Il a rappelé que 66 % de ceux qui ont obtenu des passeports ne les ont pas utilisés et expliqué que le centre de production de passeports exige un système de maintenance très coûteux. il a toutefois précisé qu’il n’y a pas de crise de passeports en vue, même si en été, une bonne partie des émigrés qui reviennent au pays cherchent à renouveler leurs passeports à partir du Liban.
Le Sud
Concernant la situation au Sud, Bayssari a rappelé que la résolution 1701 est obligatoire pour toutes les parties et la Finul est chargée de veiller à son application. Toutefois, l’accord sur les frontières n’a pas été achevé et il reste plusieurs points conflictuels. En 2000 par exemple, la Syrie avait remis selon lui au Liban des documents sur la propriété libanaise de 10 des 14 fermes de Chebaa, et le Liban les avait transmis à l’émissaire des Nations unies à l’époque, Terjé Road-Larsen. Mais Damas a refusé de procéder par la suite à un tracé de la frontière dans ce secteur avec le Liban, de sorte que la communauté internationale continue de considérer que ce territoire occupé par Israël est syrien et non libanais.
Pour Ghajar, une ligne avait été tracée pour délimiter au sein de la localité la partie libanaise et la partie israélienne. Une portière avait même été construite pour faciliter le passage des habitants d’une zone à l’autre. Mais, aujourd’hui, Israël cherche à s’emparer de la partie libanaise. La rencontre la semaine dernière entre le directeur de la SG et les responsables de la Finul était ainsi axée sur une demande libanaise pressante de répertorier les agressions israéliennes et les violations de la 1701 et de chercher à les stopper, tout en assurant que le Liban n’est pas prêt à renoncer à aucun de ses droits. Selon Bayssari, il est important pour le Liban que la Finul puisse remplir sa mission parce que celle-ci est en faveur du Liban. En principe, selon lui, le renouvellement du mandat de la Finul devrait être décidé par l’ONU sans problème.
Les « déplacés »
Par contre, le dossier des « déplacés syriens » paraît bien plus complexe au directeur de la SG qui a effectué récemment une visite en Syrie. Selon lui, ce dossier a été ouvert par la force des choses à partir de 2011 avec l’afflux des Syriens au Liban. Mais pendant 12 ans, l’État libanais n’avait pas une politique claire à ce sujet. Pourtant, en 2003, lors de l’afflux des réfugiés irakiens au Liban, l’État avait officiellement déclaré aux Nations unies qu’il n’est pas un pays d’asile, mais de passage. Cette décision avait été respectée à l’époque. Mais, à partir de 2011 et jusqu’en 2015, de nombreux Syriens se sont réfugiés au Liban, certains à cause de la guerre, d’autres parce qu’ils avaient des problèmes avec le régime syrien. Mais au cours des dernières années, l’arrivée des Syriens au Liban était essentiellement due à des considérations économiques, sachant que désormais deux tiers du territoire syrien sont sous le contrôle du régime et ne sont plus le théâtre d’affrontements. Or ces « déplacés » coûtent très cher au Liban, d’autant qu’ils ont profité des subventions de l’État sur plusieurs produits. Commentant la dernière décision du Parlement européen, qui préconise la maintien des réfugiés au Liban en l’absence de solution politique dans leur pays, Bayssari a été catégorique : le Liban ne peut pas accepter une décision qui n’est pas dans son intérêt. C’est le cas de cette décision qui est, selon lui, « irréaliste » et « non obligatoire ». De même, selon lui, le Liban ne peut pas accepter des conditions pour qu’on lui remette les données complètes sur les réfugiés, qui sont nécessaires pour éviter des problèmes administratifs et sécuritaires qui pourraient se produire dans l’avenir, notamment en ce qui concerne l’enregistrement des naissances pour que les nouveau-nés ne deviennent pas par la suite des sans-papiers. En même temps, il a assuré que le Liban ne sera pas un État hors la loi, ajoutant toutefois que tous ces problèmes devront être réglés lorsque les institutions de l’État recommenceront à fonctionner normalement avec l’élection d’un président. Même si aujourd’hui personne ne peut dire exactement quand cette élection aura lieu. Bayssari a affirmé que le dossier des déplacés syriens repose sur un trépied : l’État libanais, l’État syrien et la communauté internationale. Or, au cours de sa visite officielle en Syrie, Bayssari affirme ne pas avoir senti de réserve au sujet du retour des déplacés dans leur pays, en dépit d’informations montrant le contraire.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
"""""le dossier épineux des « déplacés syriens » (selon la terminologie officielle libanaise)."""" Merci de le préciser : selon la terminologie officielle libanaise. Officiellement donc, les Syriens qui ont fui leur pays, n’ont pas traversé une frontière, ne sont pas des réfugiés, mais des déplacés. Mais aux yeux des spécialistes du droit international, il y a une différence…
08 h 58, le 24 juillet 2023