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Moyen-Orient - ÉCLAIRAGE

Sahara occidental : un intérêt double pour Israël et le Maroc

L’État hébreu a reconnu lundi la souveraineté de Rabat sur cette région disputée entre le royaume chérifien et les indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par Alger, élargissant les relations entre les deux puissances qui ont officiellement normalisé leurs liens fin 2020.

Sahara occidental : un intérêt double pour Israël et le Maroc

Le président de la Knesset Amir Ohana (à gauche) aux côtés du président du Parlement marocain, Rachid Talbi Alami, à Rabat le 8 juin 2023. Photo AFP

Son annonce n’était qu’une question de temps. Attendue depuis plus de deux ans par le Maroc, dans le sillage de la normalisation de leurs relations, Israël a officiellement reconnu lundi la souveraineté de Rabat sur le Sahara occidental, vaste région désertique disputée entre le royaume chérifien et les indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par Alger. Citant une lettre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le palais royal marocain a précisé que cette décision sera « reflétée dans tous les actes et les documents pertinents du gouvernement israélien » et « transmise aux Nations unies, aux organisations régionales et internationales dont Israël est membre, ainsi qu’à tous les pays avec lesquels il entretient des relations diplomatiques ».

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Israël emboîte ainsi le pas aux États-Unis qui avaient concédé fin 2020 la « marocanité » du Sahara occidental. Octroyée par l’administration de Donald Trump, cette reconnaissance avait à l’époque été considérée comme un cadeau fait en échange de la signature par Rabat des accords d’Abraham, normalisant ses relations avec l’État hébreu. Tandis que le Maroc s’oppose depuis près de 50 ans au référendum d’autodétermination sous l’égide de l’ONU réclamé par le Front Polisario dans cette zone conflictuelle, il n’a eu de cesse de presser ses alliés d’ouvrir des représentations diplomatiques dans ce territoire en guise de démonstration de force. Lundi, Benjamin Netanyahu a également informé le roi Mohammad VI qu’il examinait positivement « l’ouverture d’un consulat dans la ville de Dakhla », au Sahara occidental, après que l’armée israélienne a nommé le même jour un attaché de défense permanent dans le royaume.

Ambassade marocaine en Israël ?

La nouvelle intervient après les multiples reports par Rabat du Forum du Néguev, un sommet rassemblant sous le parrainage de Washington les ministres des Affaires étrangères de l’Égypte ainsi que des pays arabes signataires des accords d’Abraham (Émirats arabes unis, Bahreïn et Maroc). Alors qu’il s’était tenu pour la première fois en mars 2022 dans l’objectif d’être renouvelé chaque année, le royaume chérifien avait une nouvelle fois repoussé sa tenue fin juin. En cause : les plans de construction israéliens de plus de 4 500 unités de logement dans plusieurs colonies illégales en Cisjordanie occupée. La réaction marocaine avait de nouveau signalé son malaise à s’engager publiquement avec le nouvel exécutif israélien – le plus à droite de son histoire – depuis sa prestation de serment en décembre. Un embarras d’autant plus fort au vu du contraste frappant avec l’attachement de la population marocaine à la cause palestinienne, que défend fermement le royaume dans ses déclarations officielles. Selon un fonctionnaire du gouvernement à Rabat cité par l’agence Reuters, « la reconnaissance israélienne n’affectera pas les principes du Maroc qui défendent une solution à deux États pour le conflit israélo-palestinien. »

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Dans les faits pourtant, la normalisation entre les deux pays s’est largement intensifiée dans de nombreux domaines, à l’instar de l’économie, de la défense, de la sécurité ou du tourisme. Seuls enjeux qui piétinaient : les terrains politique et diplomatique, alors que les bureaux de liaison respectifs des deux pays installés à Tel-Aviv et à Rabat n’ont toujours pas été transformés en ambassades. Une donnée amenée à évoluer. « Le Maroc a beaucoup insisté sur la reconnaissance par Israël de sa souveraineté sur le Sahara occidental, en en faisant une priorité dans les relations diplomatiques entre les deux pays et une condition pour une normalisation diplomatique complète, observe Ghaith al-Omari, chercheur au Washington Institute for Near East Policy. Maintenant que la décision a été prise, le Maroc ouvrira probablement bientôt une ambassade en Israël. »

Élargir les accords d’Abraham

Une reconnaissance qui bénéficie autant à Rabat qu’à Israël, tous deux en quête de légitimité. « Le Maroc souhaite que le monde ferme les yeux sur l’annexion du Sahara occidental. Ce que veulent les Israéliens, c’est que les pays arabes séparent complètement l’annexion et l’occupation en cours en Cisjordanie des relations diplomatiques et d’une coopération totale, souligne Hussein Ibish, chercheur à l’Arab Gulf States Institute. Les deux pays ont donc un intérêt mutuel qui les pousse à normaliser leurs relations. »

Un pas supplémentaire pour Israël qui cherche à avancer ses pions en termes de normalisation dans le monde arabe, espérant élargir les accords déjà signés et convoitant de nouveaux pays, à l’instar de l’Arabie saoudite. Reste à savoir si les développements de lundi auront un impact sur les relations entre l’État hébreu et les autres pays signataires des accords d’Abraham. « Ces pays ont choisi de réduire les relations politiques publiques avec le gouvernement israélien actuel, tout en maintenant la sécurité et la coopération économique, note Ghaith al-Omari. Il est peu probable que cela change tant que ce cabinet sera au pouvoir. »

Son annonce n’était qu’une question de temps. Attendue depuis plus de deux ans par le Maroc, dans le sillage de la normalisation de leurs relations, Israël a officiellement reconnu lundi la souveraineté de Rabat sur le Sahara occidental, vaste région désertique disputée entre le royaume chérifien et les indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par Alger. Citant une...

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