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Société - Événement

Le collectif féministe FEMALE a fêté ses 10 ans, malgré les menaces en ligne

Pendant deux jours, des tables rondes étaient consacrées à la place de la femme dans le milieu des affaires, de la politique, du sport, de la médecine, ou encore de la technologie.

Le collectif féministe FEMALE a fêté ses 10 ans, malgré les menaces en ligne

Le collectif féministe FEMALE fêtant ses 10 ans ce week-end à l'Hippodrome de Beyrouth. Photo Abbas Salman

Comme elle l’avait promis jeudi, après que des menaces en ligne ont circulé sur les messageries instantanées contre notamment “le terrorisme de la perversion” selon un message anonyme, Hayat Mirshad, cofondatrice du collectif féministe FEMALE, a maintenu le festival organisé à l’occasion de son 10e anniversaire vendredi 23 et samedi 24 juin à l’Hippodrome de Beyrouth. Entre concerts, tables rondes et discussions animées, l’événement a conquis plus d’un millier de personnes, sous les maîtres mots : « Loud, Proud, Feminist » (Haut et fort, fièrement, féministe).

“Nous voulions célébrer cette décennie d’efforts d’une façon qui nous rassemble. Nous avons décidé de ne pas organiser un gala ou un dîner dans un hôtel. Le féminisme devrait être accessible à tout le monde. C’est pour cela que le festival est gratuit et que nous proposons des activités divertissantes”, explique Hayat Mirshad à L’Orient-Le Jour, ajoutant que le but du festival est bien de “prévenir toutes formes de violence et de discrimination envers les femmes”.

Durant ces deux jours, des tables rondes consacrées à la place de la femme dans le milieu des affaires, de la politique, du sport, de la médecine, ou encore de la technologie, se sont succédé, tandis que des artistes se produisaient sur une scène aménagée pour l’occasion. En soirée, un DJ et des groupes de musique ont pris la relève, de quoi séduire le plus grand nombre, selon Paola Rebeiz, co-organisatrice de l’événement : “Il y a toute la diversité de la société civile ici. Des enfants, des adolescents, des personnes âgées, et des jeunes adultes, pour un total avoisinant 2 000 participants”.

Pour mémoire

Le festival féministe FEMALE ciblé par des menaces en ligne

D’ailleurs, ce festival féministe n’a pas uniquement attiré la gent féminine. À l’instar de Rami*, un étudiant venu soutenir le droit des femmes : “C’est important que les hommes viennent soutenir ce genre d’événements. J’espère en encourager d’autres à devenir féministes”, dit-il en flânant sur le site. Plusieurs visiteurs ont également partagé leur plaisir de participer à un festival regroupant tant de personnes d’horizons variés et d’identités aussi diverses. « J’adore être ici ! Il y a des jeunes, des plus âgés, des LGBTQ+, des femmes, des hommes, etc. C’est rare dans un pays comme le Liban », s’est ainsi exclamée Maria*, activiste et féministe.

Entièrement financé par les dons et les sponsors, le festival a également mis en lumière des business locaux dirigés par des femmes. Sous de petites tentes blanches, les commerces faits maison côtoient les petites entreprises libanaises. L’occasion d’encourager les femmes à se lancer dans les affaires pour Zahya*, jeune créatrice d’une marque de tasses et d'autres objets décoratifs : “J’ai lancé mon commerce contre la volonté de mes parents. Ils pensaient que je n’arriverai jamais à vendre mes productions. Maintenant, j’exporte vers plusieurs pays et je gagne ma vie avec cela”, explique-t-elle avec fierté.

Intersectionnalité sociale

Le fait que ce festival a reçu des menaces rend son importance encore plus flagrante dans la société libanaise. “Lorsqu’on est menacé, on sait que l’on est sur la bonne voie”, déclare un activiste pour les droits LGBTQ+ souhaitant rester anonyme. Déterminée, Hayat Mirshad a maintenu son festival en alertant les autorités pour assurer la sécurité de toutes et tous. “Nous voulons faire passer le message que nous resterons là. Les menaces, ce n’est pas nouveau, et les mouvements de répression, non plus. Nous ne nous tairons pas !”, insiste-t-elle.

Parmi les participants, les commerçants et les intervenants, nombreux étaient ceux qui ont souligné l’importance et l’impact d’un tel festival, surtout dans un pays où les droits des femmes sont bafoués, voire en régression. “Ce festival est un cri de plus, montrant qu’il est temps d’arrêter les discriminations structurelles sur lesquelles les lois de ce pays sont basées”, affirme Roula Najem, chercheuse et journaliste chez Seeds for Legal Initiative.

Cette célébration est aussi l’occasion de renouveler l'espoir, comme l’a mentionné Nadine Moussa, première candidate présidentielle féminine pour le Liban en 2014, qui souligne l’importance de cet événement permettant de déclencher des conversations au sein du public. Il y a « une soif (du public) de s’informer sur ses droits », explique également Roula Najem.

« Pour moi, cet événement devrait être annuel », déclare Amal Charif, intervenante sur l’intersectionnalité sociale, notamment entre le handicap et le féminisme, notant toutefois la difficulté pour le Liban d’adopter cette approche intersectionnelle au féminisme. Mya Allawi, actrice et activiste contre le racisme, a également fait écho à ce sentiment dans son discours. « On doit continuer à sensibiliser et à éduquer”, a-t-elle expliqué dénonçant, entre autres, les discriminations subies par les travailleuses domestiques dans le pays. 

*Les noms de famille ont été préservés à la demande des interlocuteurs.

Comme elle l’avait promis jeudi, après que des menaces en ligne ont circulé sur les messageries instantanées contre notamment “le terrorisme de la perversion” selon un message anonyme, Hayat Mirshad, cofondatrice du collectif féministe FEMALE, a maintenu le festival organisé à l’occasion de son 10e anniversaire vendredi 23 et samedi 24 juin à l’Hippodrome de Beyrouth. Entre...
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