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Société - Liban

Les voitures sans plaques d'immatriculation, un phénomène dangereux et en hausse

Selon une source sécuritaire, ce phénomène est dû à la fermeture, pendant plusieurs mois, du centre d'enregistrement des véhicules.

Les voitures sans plaques d'immatriculation, un phénomène dangereux et en hausse

Une voiture sans plaque dans le centre-ville de Beyrouth. Photo Joao Sousa

Face à la crise économique qui sévit au Liban, un phénomène se développe sur les routes du pays : les voitures et les motos sans plaque d'immatriculation.

Plusieurs facteurs expliquent cette dangereuse tendance, que les autorités ont du mal à endiguer, expliquent des experts à L'Orient Today. Selon une source sécuritaire, ce phénomène est directement lié au fait que les centres d'enregistrement des véhicules sont fermés depuis des mois sur l'ensemble du territoire. La fermeture généralisée de ces centres a commencé en 2022, après une "arrestation massive" d'employés accusés de corruption. "Le problème est dû à la fermeture des centres d'enregistrement des véhicules, qui est en train d'être résolue. Nous faisons tout notre possible en plaçant des points de contrôle pour lutter contre le phénomène", a déclaré cette source sécuritaire.

Des dizaines d'employés des centres d'enregistrement des voitures avaient été arrêtés puis libérés, mais le travail est longtemps resté suspendu. Lorsque les centres avaient rouvert en avril, ils avaient connu un important afflux de demandes, retardant toutes les procédures. La semaine dernière, le centre d'immatriculation des véhicules de Dekouané avait annoncé qu'il commencerait à accepter les rendez-vous en ligne sur son site web afin de réduire les files d'attente dans les centres.

Situation chaotique

"Ce phénomène [la conduite de véhicules non immatriculés] est très dangereux pour la sécurité" des automobilistes. Nous suivons cette question depuis longtemps sans aucun résultat, malheureusement", a déclaré Ziad Akl, fondateur de l'association YASA for Road Safety, qui promeut la sécurité routière, à L'Orient Today.

"Le danger réside dans l'incapacité des forces de sécurité à faire respecter le code de la route, un problème qui existe depuis longtemps mais qui s'aggrave ces derniers temps", a déclaré M. Akl. "Par exemple, en cas d'accident, si le conducteur s'enfuit, on ne sait pas comment le retrouver. C'est une situation chaotique", a-t-il ajouté. Dans le cas des voitures immatriculées, le numéro de plaque peut être utilisé pour localiser le propriétaire du véhicule.

Parmi les automobilistes qui conduisent sans plaque, certains affirment d'ailleurs sans détour qu'ils le font pour échapper à la loi en cas d'infraction au code de la route. C'est le cas de Ali*, un habitant du village de Yammouné, dans la région de Baalbeck. Il affirme qu'il conduit sa voiture sans plaque parce qu'il est souvent en excès de vitesse et qu'il ne veut pas recevoir de contravention. Selon lui, le peu de contrôles dans la région dans laquelle il vit lui permet de se déplacer sans être inquiété.

Un autre conducteur, Jaafar*, également originaire de la région de Baalbeck, explique qu'il a quatre véhicules : deux sans plaque, un avec une immatriculation étrangère et un avec une plaque enregistrée sous un autre nom, ce qui est normalement illégal. "Je n'avais pas fait immatriculer les deux voitures sans plaque avant la fermeture du centre d'enregistrement, par procrastination. Depuis, qu'est-ce que je suis supposé faire ? Ne pas les conduire ?", s'interroge-t-il. Il explique qu'il ne conduit trois de ses voitures qu'à Baalbeck pour éviter de tomber sur des contrôles. "Je sais où se trouvent les postes de contrôle dans ma région, et de toute façon, même si je me fais arrêter à un barrage de l'armée, ils ne me poseront pas de question sur ma plaque", affirme-t-il. Il ajoute n'utiliser ses voitures immatriculées que lors de ses déplacements en dehors de Baalbeck. Jaafar rappelle également qu'avant la crise économique, les frais d'immatriculation étaient très élevés.

Accidents et assurances
Un autre facteur qui pourrait expliquer le phénomène croissant de la circulation de voitures non-immatriculées est la détérioration des conditions de travail et de vie des membres des forces de sécurité en raison de la crise économique. L'avocat Ayman Raad explique ainsi à L'Orient Today que l'un des facteurs qui affectent la capacité et la motivation des forces de sécurité à lutter contre ce phénomène et d'autres crimes est la "baisse des salaires et des moyens logistiques fournis par l'État".

"Si un poste de police dispose de cinq voitures, par exemple, quatre d'entre elles ne fonctionnent pas", a déclaré M. Raad. "Le résultat est une augmentation des vols et des crimes parce que les voitures [sans plaque] ne sont pas enregistrées", a-t-il ajouté, soulignant que ceux qui conduisent ces voitures ne peuvent pas être facilement suivis.

Les voitures sans plaque posent également un grave problème en cas d'accident impliquant un ou plusieurs de ces véhicules. "Vous ne pouvez pas souscrire une assurance automobile si votre véhicule n'est pas immatriculé", a expliqué M. Raad. "S'il n'est pas assuré, le véhicule n'a donc aucune responsabilité [en cas d'accident], ce qui entraîne des complications en termes d'assurance et de traque de la criminalité", a ajouté M. Raad. L'avocat a indiqué que la sanction légale pour le vol d'une voiture est pire que pour un vol normal car les législateurs partent du principe que, dans de nombreux cas, le vol d'une voiture est un moyen de commettre un autre délit. "Ils [les voleurs] volent une voiture pour cambrioler une maison, kidnapper quelqu'un ou préparer une voiture piégée", a déclaré M. Raad. Il craint donc que les voitures sans plaques ne deviennent un moyen de "faciliter les crimes".

* Les prénoms ont été rendus anonymes pour des raisons de sécurité.

Face à la crise économique qui sévit au Liban, un phénomène se développe sur les routes du pays : les voitures et les motos sans plaque d'immatriculation.Plusieurs facteurs expliquent cette dangereuse tendance, que les autorités ont du mal à endiguer, expliquent des experts à L'Orient Today. Selon une source sécuritaire, ce phénomène est directement lié au fait que les centres...
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Another sign of the failed state that Lebanon has become.

Mireille Kang

05 h 03, le 25 juin 2023

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  • Another sign of the failed state that Lebanon has become.

    Mireille Kang

    05 h 03, le 25 juin 2023

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