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Lifestyle - Patrimoine

« Shattered Glass of Beirut », 26 pièces restaurées réintègrent le Musée archéologique de l’AUB

Elles avaient été brisées en mille morceaux au moment de la violente explosion du 4 août 2020, qui a fait plus de 200 morts, 6 500 blessés, et dévasté des quartiers entiers de Beyrouth.

« Shattered Glass of Beirut », 26 pièces restaurées réintègrent le Musée archéologique de l’AUB

26 récipients antiques trônent au musée de l’AUB, sans cacher leurs cicatrices. Photo musée de l’AUB

Conservés au Musée archéologique de l’Université américaine de Beyrouth, le troisième plus ancien musée au Proche-Orient après ceux du Caire et de Constantinople, des délicats récipients datant des périodes romaine, byzantine et islamique commencent un nouveau cycle de vie. Ils faisaient partie d’une collection de 74 objets en verre irisé détruits lors de la double explosion du port en 2020. De ces vases, fioles et flasques précieux, il n’en reste que 26. Huit ont retrouvé leur intégrité au terme d’une restauration minutieuse effectuée au British Museum (BM), avant d’être exposés dans la salle 3 de la célèbre institution muséale londonienne sous le thème « Shattered Glass of Beirut ». Depuis mercredi dernier, ils ont rejoint les deux verres irisés restés intacts, malgré l’onde de choc de l’explosion, et 16 autres reconstitués sur place, à l’AUB, par la spécialiste française de l’Institut national du patrimoine (INP), Claire Cuyaubère, et Stephen Koob, ancien conservateur en chef du Corning Museum of Glass de New York. Au total, 26 récipients antiques trônent aujourd’hui dans une vitrine du musée, accolée à un présentoir intitulé « Archeology of Absence » offrant un tas de débris de verre illustrant ce qui est advenu du reste de la collection, ces artefacts qui ont survécu aux aléas du temps pour venir mourir à Beyrouth.

Entassés dans cette vitrine, les débris des verres irisés témoignent de l’explosion meurtrière du 4 août 2020. Photo musée de l’AUB

Magnifier les cicatrices

« Afin de perpétuer la mémoire de cette fatidique journée du 4 août 2020, nous avons décidé de ne pas faire disparaître les fêlures et imperfections des objets brisés, mais de rétablir l’intégrité structurelle des récipients, sans dissimuler leur histoire récente. Témoins de la tragédie et symboles de leur résistance, leurs cicatrices ne font que les sublimer, voire même leur confèrent un supplément d’âme », affirme à L’Orient-Le Jour Nadine Haroun Panayot, conservatrice du musée. L’ensemble exposé relate ainsi une double histoire : celle des temps anciens et celle d’un nouveau pan de l’histoire où se dessine une époque du XXIe siècle. Dans le court-métrage qui a accompagné l’événement, Mme Panayot signale que ces artefacts « ont survécu 2 000 ans aux tremblements de terre, aux tsunamis et aux guerres, pour témoigner de nos origines ». Et d’ajouter en substance qu’ils racontent aussi bien des histoires de banquets sous la période romaine que les cérémonies religieuses, festives ou ordinaires qui rythmaient le temps de l’Empire byzantin. « Ces objets, fruits des savoir-faire romains, byzantins mais aussi islamiques, illustrent l’évolution des techniques des souffleurs de verre au Moyen-Orient et attestent du génie des hommes. »

Histoire d’un puzzle géant

Par ailleurs, dans un retour sur les trois dernières années écoulées, la conservatrice du musée rappelle le soutien indéfectible des institutions étrangères, à savoir l’INP (Institut national du patrimoine) et Aliph (Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit), le British Museum avec le support de Tefaf (The European Fine Art Foundation) et la précieuse collaboration de Stephen Koob, ex-conservateur du Corning Museum of Glass de New York.


En septembre 2020, une mission financée par Aliph est menée par l’INP qui dépêche à Beyrouth sa spécialiste en « arts du feu », Claire Cuyaubère, dont la première fonction a permis d’effectuer une tâche colossale : récupérer les fragments antiques parmi les milliers de débris de bois et de verre provenant des fenêtres et portes. « Un véritable travail de puzzle » finalisé en juillet 2021, avec l’équipe du musée et les étudiants en archéologie de l’AUB. Dans une seconde mission, l’experte reconstruit patiemment dix objets à partir de minuscules morceaux et prépare les fragments de huit autres expédiés au British Museum, qui a proposé son aide pour leur reconstitution. « Elle a même été intégrée à l’équipe britannique pour cette opération », relève Mme Panayot, ajoutant que « le BM a également offert à l’une de mes assistantes, Aimée Bou Rizk, un séjour de trois mois à Londres pour apprendre les techniques de conservation du verre ». La grande surprise est venue de Stephen Koob, maître incontesté de la restauration du verre. « Le conservateur du Corning Museum of Glass de New York venait juste de partir à la retraite. Il a spontanément débarqué à Beyrouth, en janvier 2022, et à ses propres frais, pour nous aider », raconte Nadine Panayot. Il y restera quatre semaines. En tandem avec Claire Cuyaubère, il donne une nouvelle vie à six pièces brisées. Stephen Koob participe également au colloque international organisé par le musée de l’AUB autour de « l’étude interdisciplinaire du verre expérientielle et plurielle ». Par la même occasion, il donnera pendant une semaine des cours intensifs aux étudiants de l’AUB, de l’Université libanaise et de Balamand-Alba. Pour l’événement « Shattered Glass of Beirut » présenté à l’AUB, Stephen Koop était présent aux côtés de James Fraser, conservateur du département du Moyen-Orient antique au British Museum, de Zeina Klink Hoppe, curatrice au département du Moyen-Orient au British Museum, et de Claire Cuyaubère.

Conservés au Musée archéologique de l’Université américaine de Beyrouth, le troisième plus ancien musée au Proche-Orient après ceux du Caire et de Constantinople, des délicats récipients datant des périodes romaine, byzantine et islamique commencent un nouveau cycle de vie. Ils faisaient partie d’une collection de 74 objets en verre irisé détruits lors de la double explosion du...
commentaires (2)

Un grand merci à toutes les personnes qui ont rendu cela possible. On espère que notre pays soit aussi raccommodé et ses citoyens « scellés » et unis pour le sauver. Merci infiniment à vous tous, cela nous met du baume au cœur.

Sissi zayyat

16 h 23, le 30 mai 2023

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Commentaires (2)

  • Un grand merci à toutes les personnes qui ont rendu cela possible. On espère que notre pays soit aussi raccommodé et ses citoyens « scellés » et unis pour le sauver. Merci infiniment à vous tous, cela nous met du baume au cœur.

    Sissi zayyat

    16 h 23, le 30 mai 2023

  • Wonderful initiative. Let this new generation pick up the pieces and rebuild the shattered hopes & dreams... Great job to the team, to AUB and the spirited Lebanese who strive for a better future and aim to grow & develop into a modern nation while preserving our better traditions and history (as twisted as it may be in some of its chapters)!

    Sabri

    14 h 13, le 30 mai 2023

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