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Société - Liban

Islamistes v/s féministes : face-à-face tendu entre deux manifestations après l'agression de baigneurs à Saïda

Plusieurs blessés lors d'échauffourées entre les deux groupes de manifestants : l'un pour la liberté d'expression, l'autre "en faveur de la pudeur, de la vertu, et contre la nudité".

Islamistes v/s féministes : face-à-face tendu entre deux manifestations après l'agression de baigneurs à Saïda

Une femme voilée fait face aux forces de l'odre lors d'une manifestation devant la plage publique à Saida, le 21 mai 2023. Photo Matthieu Karam

La municipalité de Saïda a interdit dimanche les boissons alcoolisées sur la plage publique. Elle a aussi appelé les baigneurs "à se conformer à une tenue vestimentaire décente". Autrement dit, pas de maillot de bain pour les femmes. Ces deux interdictions clairement affichées en gras et en rouge sur un panneau à l’entrée de la plage publique surviennent après une polémique qui s’envenime et un face-à-face entre deux groupes de manifestants adverses, suite à l’agression de baigneurs à Saïda, la semaine dernière, par un groupe de conservateurs islamistes hostiles à la présence de femmes en maillot de bain dans cette ville du Liban-Sud. Sur le panneau, d’autres directives également, notamment l’interdiction d’emmener un animal domestique, de hausser la musique, d’introduire des bouteilles en verre ou de nager à l’extérieur des bouées.

C’est dans ce cadre que deux rassemblements ont opposé dans la matinée, devant la plage publique, des manifestantes féministes revendiquant le droit des femmes à accéder à cette plage sans restriction vestimentaire à un groupe d’islamistes hostiles à la présence de femmes en maillot de bain. L’événement a aussitôt suscité la mobilisation d’agents des Forces de sécurité intérieure (FSI), de militaires et de policiers municipaux.

Selon notre correspondant local Mountasser Abdallah, présent sur les lieux, au moins une activiste de la société civile et deux autres manifestants du camp opposé ont été blessés lors d'échauffourées et "provocations" entre les deux groupes, tandis qu'au moins une personne a été arrêtée. L'identité de la personne arrêtée n'était pas immédiatement claire.

Un manifestant islamiste crie des slogans, le 21 mai 2023 lors d'un rassemblement en face de la plage de Saïda, au Liban-sud. Photo Matthieu Karam

Le double sit-in a eu lieu alors que des groupes de féministes et d’activistes avaient appelé à une conférence de presse sur cette plage à 11h pour plaider en faveur de "la liberté d’expression" et des mœurs. Un appel à une contre-manifestation "en faveur de la pudeur, de la vertu, et contre la nudité" n'avait pas tardé à être diffusé samedi sur les réseaux sociaux. Ces deux protestations avaient été interdites par le président de la municipalité de Saïda, Mohammad Saoudi, mais les manifestants ont tenu leurs sit-in malgré cette décision.

Le 14 mai, deux cheikhs fondamentalistes accompagnés de leurs partisans avaient demandé à des groupes de baigneurs de quitter les lieux en raison de la tenue jugée indécente des femmes. Joint par notre publication, M. Saoudi avait alors condamné cet incident, tout en avouant son incapacité à agir. L’une des victimes de l’agression à Saïda, Mayssa Hanouni Yaafouri, a depuis porté plainte contre les hommes religieux à l'origine de cet incident. 

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Selon notre journaliste sur place, Matthieu Karam, une centaine de personnes étaient présentes et la conférence de presse prévue par les féministes a fini par être organisée, à quelques pas de la plage, alors que les islamistes présents en face scandaient "Allah Akbar" (Dieu est grand). "Révolte féministe contre la patriarchie", criaient pour leur part les militantes. 

"Une femme a tout simplement voulu exercer son droit de se rendre à la plage dans la tenue qui lui convient. Mayssa a été interdite d'accéder à la plage, ainsi que d'autres femmes avant elle, qu'elles soient habillées en bikini ou même en burkini", a déclaré la militante Joséphine Zgheib, lors de la conférence de presse des féministes tenue finalement sur la corniche, selon une vidéo fournie par notre correspondant. "Les Libanaises sont victimes de lois injustes et d'un système patriarcal qui essaie d'imposer sa tutelle sur leurs corps et leurs vies", a-t-elle encore dit. Cette activiste a par ailleurs dénoncé le fait que le président de la municipalité "n'a pas condamné l'incident".

La militante Joséphine Zgheib, lors d'une conférence de presse, le 21 mai 2023 sur la corniche de Saïda. Photo Matthieu Karam

"La Constitution libanaise est claire, elle protège la liberté de croyance et d'expression. Ces espaces publics sont soumis à la Constitution. Nous appelons à ce que chacun applique ses croyances, sans imposer ses conditions aux autres", a déclaré pour sa part le député Mark Daou, qui était présent sur place, à L'OLJ.

Pour le cheikh Houssam al-Ilani, "l'affaire a dépassé le problème des maillots de bain, on défie Dieu maintenant". "Nous n'acceptons pas la présence de personnes qui défient et provoquent la ville en buvant de l'alcool et en se dénudant sur nos plages", a-t-il dit à notre correspondant. 

Dimanche après-midi, M. Saoudi a remercié les forces de sécurité présentes au cours de la journée, qui selon lui "ont servi de séparation entre les deux groupes adverses de manifestants". Il a ajouté que "les rassemblements rivaux auraient pu dégénérer sans la présence des forces de sécurité". Le maire de Saïda a encore appelé tous les usagers de la plage à respecter les règles établies.

L'incident du 14 mai a fait réagir responsables religieux et groupes de la société civile. La Ligue des ulémas musulmans de Saïda a dénoncé mardi "la campagne médiatique suspecte et systématique qui vise Saïda, ses mœurs, ses cheikhs et sa population", démentant toutes les allégations de violence qui aurait été perpétrée par les cheikhs et leurs partisans contre les baigneurs. De son côté, un regroupement d'associations locales a dénoncé dans un communiqué le manque de réactivité de la municipalité pour faire respecter l'ordre et la loi. 

La municipalité de Saïda a interdit dimanche les boissons alcoolisées sur la plage publique. Elle a aussi appelé les baigneurs "à se conformer à une tenue vestimentaire décente". Autrement dit, pas de maillot de bain pour les femmes. Ces deux interdictions clairement affichées en gras et en rouge sur un panneau à l’entrée de la plage publique surviennent après une polémique qui...
commentaires (26)

Saida est devenue un dépotoir de toutes sorte d’ordures !

Wow

02 h 04, le 24 mai 2023

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Commentaires (26)

  • Saida est devenue un dépotoir de toutes sorte d’ordures !

    Wow

    02 h 04, le 24 mai 2023

  • Il faudrait que les femmes qui veulent se baigner en plein apparât soient de même sommées de quitter les lieux quand leur présence agace les autres nageurs. Le plus outrant est le silence des autorités... des lâches qui ne connaissent rien aux droits des citoyens et à la constitution.

    C EL K

    06 h 03, le 23 mai 2023

  • En c'est déjà comme ça !

    Yves Gautron

    19 h 52, le 22 mai 2023

  • On leur a donné la main, ils l’ont mordue et maintenant ils veulent la tête.

    Sissi zayyat

    17 h 54, le 22 mai 2023

  • Parce que vous le valez bien.

    Sissi zayyat

    17 h 51, le 22 mai 2023

  • La république islamique est en voie de légitimation active. Preparez-vous nos sœurs à porter le tchador

    Sissi zayyat

    17 h 51, le 22 mai 2023

  • IL faut démembrer ce pays, c'est une évidence: entre ceux qui veulent libérer la Palestine et ceux qui veulent revenir au moyen âge on ne peut plus vivre ! Un Liban libre et puis les autres.

    Tawil aelta

    16 h 56, le 22 mai 2023

  • Séparer en 2 les lieux publics ne ferait que confirmer que le multiconfessionnalisme libanais et la constitution du Liban sont morts !!!! Malheureusement, je vois effectivement chaque jour ce pays de décomposer et devenir toujours plus extrémiste !!! Souhaitons que le nouveau président qui que ce soit parvienne à renverser la situation, mais ne rêvons pas trop….

    MalikeDoBrazil

    14 h 16, le 22 mai 2023

  • Je pense qu il faut plutot interdire les femmes voilées et la djellaba sur nos plages... Je vais etre obligé d aller nager à Byblos ou Batroun avant que ces barbus n y arrivent ....

    HODROGE Gassane

    10 h 59, le 22 mai 2023

  • Réservez une partie de la plage par un enclos fermé aux islamistes pour qu ils ne soient pas choqués de voir des femmes en maillot. Et le reste de la plage ouvert à tous

    christiane sacy

    10 h 31, le 22 mai 2023

  • Ceux qui se ressemblent …. S’assemblent ! ON « S’EST AUTO – CONDAMNÉ» LE PLAISIR DE CETTE PLAGE ( toujours le NOUS ET EUX ). POUR UN VRAI PLAISIR – LIBÉRAL - DE LA PLAGE ET DE LA MER FAITES UN SAUT JUSQU’A TYR ( AHA, L’IRANIENNE !! )

    aliosha

    09 h 48, le 22 mai 2023

  • "M. Saoudi avait alors condamné cet incident" ... mais, par son arrêté, il légalise, a posteriori, l'agression dont avaient été victimes les deux couples. Plus hypocrite que ça...!

    Yves Prevost

    07 h 16, le 22 mai 2023

  • Un neurone de moins Et ils pisseront sur tout le plancher

    Robert Moumdjian

    05 h 42, le 22 mai 2023

  • Se ne son pas "vos" plages ! Les plages sont des lieux publiques. La loi libanaise n'interdit pas le maillot de bain ni pour les hommes moi pour les femmes. Et dire que tout cela ce passe dans la ville de Rafic Hariri, le pauvre, son âme dois être entrain de faire le deuil du Liban à cause de ce retour au moyen âge.

    Sarkis Dina

    01 h 12, le 22 mai 2023

  • Le president de la municipalite de Saida devrait simplement planter un panneau avec dessus : "Plage reservee aux hommes seuls". Au moins ca aurait le merite de la clarte et devrait plaire aux cretins.

    Michel Trad

    01 h 09, le 22 mai 2023

  • Je demande à nos députés élues de rappeler à Lorient le jour, et à toutes autre personnes que les lieu publique m'appartiens à personne. Ce son des lieux publiques. ""Nous n'acceptons pas la présence de personnes qui défient et provoquent la ville en buvant de l'alcool et en se dénudant sur nos plages"" pardon avec tous mes respects: se ne son pas "vous"

    Sarkis Dina

    01 h 08, le 22 mai 2023

  • On dirait que les Taliban feront la loi au Liban. Quel gâchis. Le Liban, c'est foutu. Bienvenue au Ta-Liban...

    Jacques Saleh, PhD

    00 h 50, le 22 mai 2023

  • Aujourd’hui Saida, demain Beyrouth! Réveillez vous!

    Murad Mazen

    22 h 13, le 21 mai 2023

  • Ce qui est patent c'est que certaines personnes profitent de cet incident mineur pour l'exagerer et faire avancer d'autres agendas cachés tel que le feminisme a l'occidental cad liberté sans frontiere et la morale et la vertue a la peripherie de leur préocupation .

    nabil samir

    21 h 07, le 21 mai 2023

  • Juste pour vérifier si l'auteur de l'article n'a pas commis d'erreur : il n'y avait donc que des manifestantes et aucun homme? Le fait de manifester pour permettre aux femmes d'avoir le droit de se rendre à la plage rend les personnes féministes? Pour ce qui est de la personne arrêtée, si l'identification n'a pas été claire au départ l'a-t-elle été dans un second temps? J'ai toujours su que boire de l'alcool était une provocation à l'encontre de dieu. Bon ça m'a donné soif tout ça, à la vôtre!

    Georges Olivier

    20 h 50, le 21 mai 2023

  • Encore une fois deux visions différentes du Liban s'affrontent entre lesquelles aucun comprimis n'est possible. La municipalité a beau avoir été élue par les habitants de la ville, elle n'a pas le droit de discriminer qui que ce soit, quelle que soit son sexe, son accoutrement, son origine ou son mode vie. Les lois sont votées par le parlement libanais et les municipalités ne sont pas au dessus. Une municipalité n'a pas le droit d'imposer un style vestimentaire. Accepteraient ils qu'une ville chrétienne refuse l'accés à la plage aux femmes en burkini ? Je me désole simplement que ces cheikhs, les frustrés autour d'eux et les bigotes n'aient trouvé rien d'autre à faire. Il y a pourtant tellement à faire pour améliorer le quotidien des habitants de Saida. Interdire l'accès aux plages à une partie de la population ne servira surement pas le tourisme.

    Naji KM

    20 h 20, le 21 mai 2023

  • Ils veulent imposer leurs règles sur leurs plages. Alors nous devons interdire les femmes voilées dans NOS régions. OLJ SVP ne censurez pas, c’est une réaction normale à l’article

    Lecteur excédé par la censure

    19 h 16, le 21 mai 2023

  • """"Plusieurs blessés lors d'échauffourées entre les deux groupes de manifestants : l'un pour la liberté d'expression, l'autre "en faveur de la pudeur, de la vertu, et contre la nudité". """""""" Si l’on ne s’accepte pas sur la plage, sur le lieu du travail… il ne reste que la confrontation. Ce n’est pas un bras de fer entre la liberté d’expression d’un côté (quelle liberté d’expression ?) et la pudeur la vertu et la nudité, de l’autre, mais plutôt un refus de vivre-ensemble. La nudité, il n’y a que les musées pour la célébrer ? Chacun veut faire respecter sa morale, ses principes dans son pré carré...

    NABIL

    16 h 34, le 21 mai 2023

  • Le problème n’est pas posé correctement dans l’article: la municipalité élue par la majorité des résidents de la ville requiert des baigneuses une tenue de bain ‘pudique/ couverte’ sur la plage publique. Elle n’empêche personne d’aller se baigner sur cette plage qui est un Domaine Public. Si la majorité des résidents veulent un changement, alors ils peuvent voter pour une autre municipalité. En attendant, les visiteuses doivent se conformer aux directives de la municipalité.

    Mago1

    15 h 55, le 21 mai 2023

  • Inchallah qu'en l'an 1001 le cerveau libanais aurait évolué de quelques neurones de plus....

    Wlek Sanferlou

    15 h 00, le 21 mai 2023

  • TFEH …

    LE FRANCOPHONE

    14 h 37, le 21 mai 2023

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