À l’heure où le siège de l’ambassade d’Iran à Bir Hassan, à Beyrouth, était mobilisé pour préparer et organiser la conférence de presse du ministre des Affaires étrangères Hussein Amir-Abdollahian en visite au Liban, une rencontre discrète s’est déroulée dans un des salons annexes. Narjiss Amani, l’épouse de l’ambassadeur Moujtaba Amani, a accueilli ses invitées, une trentaine de femmes, principalement libanaises, mais aussi certaines iraniennes, considérées comme des « influenceuses » dans leurs domaines respectifs, qu’il s’agisse de médecine, d’enseignement, de droit ou même de médias. Certaines sont des membres du Hezbollah alors que d’autres appuient cette mouvance sans y être engagées.
Ces dames ont été conviées à la rencontre sans qu’on leur donne des détails sur son contenu. Elles ont toutes reçu un coup de fil de l’ambassade pour les inviter à un entretien informel avec l’épouse du ministre Abdollahian, organisé par Narjiss Amani. L’idée a semblé intéressante par sa nouveauté, mais aussi en raison de son timing, à l’heure où l’accord irano-saoudien commence à peser sur la scène régionale et locale. À peine les dames installées et le thé servi, Narjiss Amani a exposé l’ordre du jour portant sur « l’importance du rôle de la femme dans le combat contre les Israéliens ». Elle a ensuite donné la parole à l’épouse du ministre Abdollahian, elle-même professeure d’université à Téhéran, qui a précisé que « la bataille contre l’ennemi n’est pas seulement militaire ou sécuritaire, ou encore politique et diplomatique, elle est aussi intellectuelle et se traduit dans le domaine de l’éducation ».
L’idée générale de la rencontre qui a duré près de trois heures était donc de montrer l’implication de la femme, iranienne et arabe, dans le combat contre Israël. Ce n’est sans doute pas un hasard si cette initiative a été prise en ce timing précis, alors que les troubles populaires en Iran se sont un peu calmés sans toutefois disparaître totalement, fragilisant ainsi la situation interne dans le pays et mettant la République islamique au banc des accusés au sujet des droits de la femme et ceux des manifestants par les instances internationales. Cette rencontre a eu lieu d’ailleurs à un moment où la promotion des droits de la femme est devenue une priorité internationale qui touche désormais les États du Golfe, Arabie saoudite en tête.
Narjiss Amani a ainsi ouvert le débat en exposant seize points qui montrent, à ses yeux, la faiblesse des Israéliens, et que les femmes arabes et iraniennes engagées dans le combat devraient utiliser pour répandre l’idée, notamment auprès des nouvelles générations, que l’entité israélienne est « provisoire » et qu’elle se dirige inévitablement vers sa « disparition » au cours des prochaines décennies. Bien entendu, le débat a été ouvert par la reprise de propos de l’ayatollah Khamenei sur l’accélération du « processus de disparition » d’Israël. Il y a eu ensuite un rappel de la « volonté délibérée » au cours des précédentes décennies de répandre un « climat de fatalité chez les Arabes sur la supériorité d’Israël et sur leur propre faiblesse qui mène à des défaites inévitables ». Pendant des années, ont insisté Mmes Abdollahian et Amani, le monde arabo-musulman a vécu avec « un sentiment d’infériorité par rapport à Israël ». Mais désormais, cette équation a changé et le rôle des femmes est justement d’en convaincre les nouvelles générations qui n’ont pas vécu les débuts de ce qu’on appelle désormais « l’axe de la résistance ». « L’esprit de défaite a disparu à jamais de l’esprit des Arabes et des musulmans », a même insisté Mme Abdollahian, avant de pousser les présentes à œuvrer, chacune dans son domaine et dans son environnement, à répandre cette idée, ajoutant que « la victoire commence dans la tête et dans l’approche, avant de se concrétiser sur le terrain ». Les présentes ont ensuite pris la parole, chacune à son tour, pour exposer leurs expériences respectives dans ce domaine.
Selon certaines des participantes, cette initiative portait un autre message. Il s’agissait pour l’Iran de montrer qu’après la mort de la jeune Mahsa Amini sous la torture pour avoir mal porté le voile et le mouvement de contestation qui l’a suivie, « la femme bénéficie de tous ses droits en Iran » et elle joue même un rôle de premier plan dans les grandes causes du monde arabo-musulman, en particulier le conflit avec Israël. Ce n’est sans doute pas un hasard si les organisatrices de cette rencontre ont placé côte à côte l’épouse du ministre des AE qui occupe un poste académique de haut niveau à Téhéran, l’épouse de l’ambassadeur qui est considérée comme très active dans les domaines politique et médiatique et une jeune femme qui fait partie du staff diplomatique à l’ambassade, en plus de la fille de l’ambassadeur Amani et de celle du ministre Abdollahian qui poursuivent des études universitaires dans leur pays.
Améliorer l’image de la société iranienne et de la femme dans ce pays est donc le message caché qu’ont voulu transmettre les organisateurs de cette rencontre. Surtout après les critiques virulentes lancées contre l’Iran pour sa gestion du mouvement de protestation populaire, et notamment l’emprisonnement de femmes qui ont refusé de porter le voile.
Il reste aussi, selon les participantes, un autre message qui consiste à mettre l’accent sur « le rôle de la femme libanaise dans l’expansion de la résistance » et dans ce que les proches du Hezbollah appellent les « victoires » successives, de 1996 (les arrangements d’avril qui ont reconnu pour la première fois la légitimité de la résistance contre l’occupation israélienne), en passant par 2000 (le retrait israélien) et jusqu’à 2006. Enfin, certaines participantes ont suggéré de lancer, à travers ce genre de rencontres, une vaste campagne pour améliorer l’image de la République islamique dans le monde, à travers le rôle des femmes. Les participantes ont aussi proposé que ces rencontres se multiplient et s’élargissent. Pour l’instant, elles sont restées limitées à des femmes qui évoluent dans la même sphère politique, mais elles pourraient bientôt ouvrir la voie à un dialogue plus général, en harmonie avec les nouvelles ententes qui se dessinent dans la région.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Excusez moi car je vais utilizer une expression en Anglais. Rome is burning and these people want to discuss this BS.
01 h 48, le 07 mai 2023