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Économie - Crise

Au Pakistan, l’esprit du Fitr assombri par la flambée de l’inflation

Au Pakistan, l’esprit du Fitr assombri par la flambée de l’inflation

Des gens se pressent sur un marché pour faire des achats en prévision de la prochaine fête du Fitr à Lahore, au Pakistan, le 16 avril 2023. Arif Ali/AFP

Pour les petits commerces pakistanais, les jours fériés marquant la fin du mois de ramadan étaient auparavant un temps fort de l’année, une période de grosse activité essentielle aux affaires de l’entreprise. Mais cette année, avec une inflation qui atteint des niveaux inégalés depuis des décennies et une crise politique persistante qui plonge le pays dans l’incertitude, nombre de commerçants craignent de ne même pas gagner suffisamment pour payer leur mois de loyer. « Il n’y a pas de clients, personne n’achète », résume Shehzad Ahmad, gérant d’un magasin vendant des sacs, bijoux et autres articles fantaisie à Lahore, la grande ville de l’est du Pakistan.

Dans le cinquième pays le plus peuplé au monde (plus de 220 millions d’habitants), l’inflation s’est élevée en mars à 35,4 % sur un an. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de plus de 47 % en un an et les coûts de transport de 55 %. Le Pakistan éprouve aussi des difficultés récurrentes à rembourser sa colossale dette. Pour tenter d’obtenir le déblocage d’une tranche d’un prêt de 6,5 milliards de dollars du Fonds monétaire international et éviter le défaut de paiement, il a dû accepter de drastiques et impopulaires réformes. Des années de mauvaise gestion financière et d’instabilité politique ont poussé l’économie pakistanaise au bord de l’effondrement, une situation exacerbée par une crise énergétique mondiale et des inondations dévastatrices qui ont laissé un tiers du pays sous l’eau l’année dernière.

La fête du Fitr, qui marque la fin du mois de jeûne du ramadan, est une période festive pour les musulmans du monde entier, qui la célèbrent entre parents et amis, échangeant des cadeaux et s’habillant dans des vêtements et souliers neufs. Mais cette année, l’humeur est sombre sur les marchés pakistanais, qui habituellement débordent d’activité. « Il y a beaucoup moins de clients que l’an passé et c’est à cause de l’inflation », constate un autre commerçant, Saif Ali. Cheikh Amir, qui tient une petite boutique de verroterie, raconte qu’en temps ordinaire il gagnait pendant la fête suffisamment pour vivre toute l’année.

Un budget serré

Mais, « c’est devenu très difficile aujourd’hui, souligne-t-il. On fait les choses juste par habitude, dans l’espoir qu’on arrivera à gagner assez pour payer le loyer de nos magasins ». Les principaux quartiers commerciaux du pays connaissent normalement une frénésie d’achats dans la semaine précédant le Fitr, dont la date est fixée par l’apparition de la nouvelle lune attendue ce week-end. Dans les villes, les marchés et magasins restent ouverts jusqu’après minuit pour la fête, beaucoup proposant des réductions ou offres spéciales pour attirer les clients. Les boutiques sont décorées d’illuminations scintillantes et des vendeurs de rue proposent sur leurs étals des friandises spécialement concoctées pour l’occasion.

Mais partout, on s’accorde à dire que le volume des ventes a baissé cette année. « Nos affaires tournent au ralenti », reprend M. Ali, qui espérait vendre des centaines de châles brodés avant le Fitr. Fatima Azhar Mehmood, mère de sept filles, reconnaît devoir composer avec un budget serré. « Je dois acheter des choses pour elles, mais aussi pour la maison », explique-t-elle.

Aussi, plutôt que de chercher du prêt-à-porter, elle s’est procurée du tissu dans la vieille ville de Lahore, qu’elle entend coudre elle-même à la maison. « On doit acheter des rations (alimentaires), des choses pour les enfants (...) et on va devoir payer notre loyer bientôt, ajoute-t-elle. Tout nous tombe dessus au même moment. » Choquée par le prix des produits, Amna Asim a décidé que, dans sa famille, seuls les enfants recevraient des cadeaux cette année. « On ne peut pas oublier les enfants, dit-elle. Même si on n’a rien pour nous-mêmes, il faut avoir quelque chose pour les enfants. »

Kaneez FATIMA/AFP

Pour les petits commerces pakistanais, les jours fériés marquant la fin du mois de ramadan étaient auparavant un temps fort de l’année, une période de grosse activité essentielle aux affaires de l’entreprise. Mais cette année, avec une inflation qui atteint des niveaux inégalés depuis des décennies et une crise politique persistante qui plonge le pays dans l’incertitude, nombre de commerçants craignent de ne même pas gagner suffisamment pour payer leur mois de loyer. « Il n’y a pas de clients, personne n’achète », résume Shehzad Ahmad, gérant d’un magasin vendant des sacs, bijoux et autres articles fantaisie à Lahore, la grande ville de l’est du Pakistan.Dans le cinquième pays le plus peuplé au monde (plus de 220 millions d’habitants), l’inflation s’est élevée en mars à 35,4 % sur...
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