Lorsqu’il a déclaré qu’il n’acceptera pas que le Hamas installe des bases au Liban, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu voulait sans doute faire preuve de fermeté et décourager toute tentative de la part des Palestiniens d’utiliser le Liban comme point de départ de futures attaques contre Israël. Mais en réalité, il n’a réussi qu’à arracher un sourire à un responsable du Hezbollah qui s’est contenté de dire : on dirait que Netanyahu a ainsi implicitement reconnu qu’il accepte que le Hezbollah installe des bases au Sud.
Tout au long des derniers jours, et alors que depuis jeudi la tendance était à l’escalade à la frontière sud du Liban, le Hezbollah a affiché un grand calme. À tous ceux qui le sollicitaient, il répondait, à travers ses principaux cadres, qu’il y avait peu de risques de l’éclatement d’une guerre. Bien entendu, il s’empressait d’ajouter qu’avec les Israéliens, une agression n’est jamais à exclure, et il a lui-même placé ses forces le long de la frontière en état d’alerte. Mais en dépit de ces mesures préventives, ses cadres croyaient peu à l’éclatement d’une nouvelle guerre dans le genre de celle de 2006. D’où le Hezbollah tirait-il cette conviction et comment pouvait-il faire preuve d’une telle sérénité alors que de nombreux Libanais, tant au sud que dans le reste du pays, craignaient le pire ?
En attendant le discours du secrétaire général du Hezbollah, prévu vendredi à l’occasion de la Journée al-Qods, des sources proches de la formation chiite précisent que les forces en présence ne cessent de se tester réciproquement, et qu’il est désormais clair que le déclenchement d’une nouvelle guerre serait coûteux pour toutes les parties. Régulièrement, les forces israéliennes envoient des messages au Liban pour mesurer à quel point le Hezbollah est prêt à riposter et avec quels moyens, et s’emploient ensuite à analyser les détails des réponses obtenues.
Cette fois, ce qui s’est passé au sud, notamment l’envoi de missiles à partir du Liban vers « le nord de la Palestine occupée », correspond à un processus inverse, selon les sources précitées. Les Palestiniens ont donc envoyé à partir du Liban-Sud des missiles vers Israël d’abord dans une tentative de réduire la pression sur « leurs frères » à Jérusalem, en Cisjordanie et à Gaza, ensuite pour montrer aux Israéliens que les Palestiniens dits de 1948 et ceux de Gaza et de Cisjordanie ne sont pas seuls dans la confrontation. Si celle-ci devait s’étendre, toutes les factions de l’axe dit de la résistance sont prêtes à y participer.
D’ailleurs, dans la nuit de jeudi à vendredi et alors que l’envoi de missiles à partir du Liban était à son apogée (près de 40 missiles ont été tirés, dont 19 seulement, selon les médias israéliens, ont été interceptés par le bouclier « Dôme de fer »), les contacts se sont multipliés entre les différentes parties concernées pour éviter une escalade généralisée. Les contacts ont englobé l’Égypte, le Qatar et les États-Unis à travers le conseiller US à la Sécurité nationale Jake Sullivan. Ce dernier a demandé au chef des SR égyptiens de freiner l’ardeur des différentes factions palestiniennes et au Qatar de parler avec les Iraniens pour qu’ils fassent pression sur le Hezbollah et sur les organisations palestiniennes qui sont sous leur influence, comme le Jihad islamique et, à un degré moindre, le Hamas. La France est aussi intervenue en contactant à la fois les Israéliens et le Hezbollah pour les pousser à la retenue.
Finalement, il est clair que tous ces contacts ont porté leurs fruits, et en dépit du ton élevé de part et d’autre, la situation est restée sous contrôle. Au Liban, la riposte israélienne a fait sourire les habitants du Sud qui se souviennent encore de la période avant 1982, où chaque attaque palestinienne à partir du Liban entraînait des bombardements israéliens intensifs et ciblés contre des installations électriques ou vitales au Sud ou ailleurs. Cette fois, les missiles israéliens sont tombés dans des terrains vagues ou dans une ferme dans la région de Tyr, près du camp de Rachidiyé. Selon les sources proches du Hezbollah, les Israéliens ne voulaient donc pas se lancer dans une confrontation élargie avec le Liban et ils se seraient réfugiés derrière les pressions américaines, françaises et autres pour lancer une riposte destinée à leur sauver la face, sans prendre le risque de déclencher une nouvelle guerre. Dans ce contexte, il est clair que cela arrangeait les Israéliens (mais aussi les Libanais) de faire assumer la responsabilité des tirs en direction d’Israël au Hamas, surtout que le président du bureau politique de la formation, Ismaïl Haniyé, se trouvait au Liban au moment des incidents). D’une part, cela évite d’impliquer le Hezbollah et donc d’augmenter les risques d’une confrontation généralisée et, d’autre part, cela permet de limiter la responsabilité de l’État libanais en impliquant des « éléments palestiniens incontrôlés », comme s’est empressé de le faire le président du Conseil démissionnaire Nagib Mikati. Par contre, les Israéliens ont fait preuve de moins de retenue contre la Syrie, où une nouvelle organisation palestinienne proche du régime a affirmé avoir lancé des missiles à partir du Golan, poussant les Israéliens à fermement riposter.
Pour les sources proches du Hezbollah, il est clair que pour l’instant, les Israéliens préfèrent frapper en Syrie plutôt qu’au Liban, mais cela ne change rien au fait que le pays fait désormais clairement partie de « l’axe de la résistance » et qu’il a son rôle dans toute confrontation future avec Israël.
À ce stade, le message que voulait faire passer le Hezbollah, et derrière lui l’Iran, est donc arrivé à ses destinataires. Si les Israéliens frappent dans les territoires occupés, en Cisjordanie, à Gaza, au Liban et même en Syrie, et bien sûr en Iran, ils ne pourront pas deviner d’où pourra venir la riposte. Tous les fronts potentiels pourraient s’embraser en même temps. C’est ce que le Hezbollah appelle « la nouvelle équation de dissuasion », version avril 2023. Mais, dans son esprit, il s’agit d’un moyen d’éviter la confrontation, non de déclencher une nouvelle guerre.




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De mieux en mieux madame. A quand un poste de communication manager au sein du parti ?
01 h 46, le 13 avril 2023