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Lifestyle - Architecture

D’arches, de silence et de beauté, la nouvelle maroquinerie d’Hermès par Lina Ghotmeh

Depuis sa conception, il y a une petite dizaine d’années, jusqu’à son inauguration le 7 avril dernier, le bâtiment dédié à la maroquinerie Hermès, à Louviers, en Normandie, n’en a pas fini de faire rêver. Sa conceptrice, l’architecte Lina Ghotmeh, raconte ici l’aventure de ce projet singulier.

D’arches, de silence et de beauté, la nouvelle maroquinerie d’Hermès par Lina Ghotmeh

Avant même de découvrir les spécificités techniques de ce bâtiment, on est emporté par la poésie qui s’en dégage. Iwan Baan/Lina Ghotmeh Architecture/Courtesy Hermès

Avant même de découvrir les éblouissantes spécificités techniques de ce bâtiment, on est simplement emporté par la poésie qui s’en dégage. Tout a commencé par le repérage d’une friche industrielle à Louviers, en pleine campagne normande, en 2008. La Normandie est pays de chevaux et d’équitation, une culture intimement liée à l’ADN d’Hermès. En pleine expansion, une montée en flèche que les pires contingences n’ont pas réussi à démentir, Hermès envisage d’y construire une maroquinerie modèle, la 21e du groupe. D’une part pour offrir plus d’espace à l’atelier de sellerie du faubourg Saint-Honoré à Paris, où les artisans se sentent à l’étroit, et d’autre part pour loger, à terme, une armée de près de 260 artisans recrutés avant tout pour leur passion, sans distinction d’âge ou de parcours, la maison lance un concours d’architecture. « J’ai été invitée par Hermès ainsi que trois autres agences pour concourir pour ce projet de manufacture. J’ai été très touchée d’apprendre que j’avais remporté ce projet avec l’unanimité du jury de ce concours », confie Lina Ghotmeh, qui planche aussitôt sur le développement de sa vision.

Pour mémoire

Le pavillon de la célèbre Serpentine Gallery de Londres sera conçu par Lina Ghotmeh

Lina Ghotmeh est connue à Beyrouth pour son célèbre Stone Garden, un immeuble iconique, face au port, qui n’a presque subi aucun dégât lors de la monstrueuse double explosion du 4 août 2020. Ce projet a d’ailleurs représenté le Liban à la Biennale d’architecture de Venise en 2021, en réponse à la proposition de son commissaire : « Comment vivrons-nous ensemble ? » Soucieuse de l’humain, désireuse de créer des liens entre le bâtiment et la nature qui l’entoure, entre le bâtiment et son contexte historique, entre les personnes qui y vivront et y travailleront, soucieuse également de réduire l’impact environnemental à presque zéro grâce à l’énergie positive, adepte de pratiques artisanales qui ajoutent une aura vibrante et presque charnelle à ses projets, Lina Ghotmeh est adoptée par Hermès comme une évidence.

Lina Ghotmeh : « J’ai engagé une recherche autour des matériaux et choisi les matériaux les moins carbonés tout en pensant à produire une architecture capable de beauté. » Photo Gilbert Hage

Une prouesse technique environnementale et architecturale

Détaillant la haute performance environnementale qui remplit tous les critères de l’énergie positive et valorise les opérations les plus performantes de réduction de l’empreinte carbone, Lina Ghotmeh explique : « Ce projet est né avec une très belle ambition, celle de construire la première manufacture bas carbone, à énergie positive en France, labellisée E4C2. C’est une prouesse technique environnementale et architecturale, puisqu’il s’agit en plus d’un lieu qui est dédié à la production, donc qui a besoin de beaucoup d’énergie et d’électricité pour fonctionner. J’ai pensé l’architecture de ce projet de façon bioclimatique, en répondant aux ressources naturelles, en pensant d’ores et déjà à une architecture dessinée de façon intelligente afin de réduire les besoins en énergie du bâtiment. Avec mon équipe de bureaux d’études, d’ingénieurs et de spécialistes, nous avons travaillé sur plusieurs simulations énergétiques du projet pour optimiser les consommations et l’éclairage naturel. Nous avons opté aussi pour l’utilisation d’énergies renouvelables (géothermie et panneaux solaires). Nous avons calculé l’impact carbone de tous les matériaux… Avec mon atelier, j’ai engagé une recherche autour des matériaux et choisi les matériaux les moins carbonés tout en pensant à produire une architecture capable de beauté. »

« Sublimer le beau dans un lieu lorsque l’on construit »

Cette « capacité de beauté » non seulement saute aux yeux, mais vous prend au cœur. D’un jeu d’arches qui rappelle les parcours de saut d’obstacles, de grands espaces intérieurs entièrement ouverts sur le paysage environnant, une lumière naturelle étudiée en fonction des besoins des divers ateliers, résulte une construction qui semble avoir poussé avec la nature qui l’entoure. Lina Ghotmeh confie : « Par ce projet, je souhaitais revaloriser une friche industrielle. Entouré par une nature et des coteaux extraordinaires, le site reste magnifique et je pense qu’il faut sublimer le beau dans un lieu lorsque l’on construit. Au travers de l’architecture de cette manufacture, j’essaie de proposer une architecture, une sémantique atemporelle à un lieu de production. On peut penser que c’est un musée, un centre culturel, une demeure ou une manufacture, l’essentiel pour moi est que son architecture soit vertueuse et qu’elle émane du beau, qu’elle puisse raconter son environnement et, surtout, l’histoire de la maison Hermès qui s’y installe. Il est essentiel qu’elle soit appropriée, qu’on s’y sente bien. »

Ce bâtiment tout en arches est composé de plus de 500 000 briques réalisées à la main dans une briqueterie artisanale. Iwan Baan/Lina Ghotmeh Architecture/Courtesy Hermès

« La légèreté des sauts de cheval »

L’une des extraordinaires spécificités de ce bâtiment tout en arches est qu’il est composé de plus de 500 000 briques réalisées à la main dans une briqueterie artisanale, à quelque 70 km de Louviers. Conçu de façon bioclimatique, le bâtiment a été placé dans l’espace de manière à tirer parti de la lumière et des ventilations naturelles pour limiter les besoins en éclairage, chauffage et climatisation. Cette intention écologique se révèle aussi puissamment plastique : « C’est la première fois que le métier de manufacture Hermès dédié à l’équitation s’installe en dehors du faubourg Saint-Honoré à Paris. Le dessin du projet est un hommage au cheval, cet être extraordinaire. Outre le fait que la construction en brique raconte un matériau local, fabriqué de la terre du lieu, la portée naturelle d’une percée en brique est une arche. Le dessin de la façade est alors finement orchestré par ces arches galopantes de pan en pan, rappelant la légèreté de sauts de cheval dans ses proportions », précise l’architecte. Autre secret du lieu : en écho aux motifs chers à Hermès, la forme carrée de cette maroquinerie rappelle les célèbres carrés de soie de dimension 90 x 90 de la maison. Cette forme, pensée depuis la plus petite échelle de la brique et comme une nouvelle strate dans le paysage, est aussi innovante qu’intemporelle. Elle évoque également les gestes des artisans dans le travail du cuir : la précision de la main, la recherche constante d’excellence et de beauté.

« La sensation d’aller en vacances »

Les témoignages des artisans lors de leur installation remplissent la Toile. Leur bonheur et leur fierté sont palpables. À l’évidence, ce bâtiment valorise leur métier, répond à leur besoin d’espace, de lumière et de confort. À travers les cloisons insonorisées, les bruits parviennent feutrés, presque caressants, révélant l’activité sans la rendre invasive. Tout ici est propice à la méditation et à la détente, y compris un immense patio central imaginé comme une place de village. « J’ai été très touchée par les retours des artisans lors de la construction et de la conception du projet qui me disaient avoir la sensation d’aller en vacances en vivant ou en découvrant le projet… Le ressenti de découvrir un cloître, un lieu sollicitant la mémoire, un lieu où l’on se sent bien. J’ai dessiné ce projet pour eux, pour leur bien-être », confirme Lina Ghotmeh.

De grands espaces intérieurs entièrement ouverts sur le paysage environnant. Iwan Baan/Lina Ghotmeh Architecture/Courtesy Hermès

« Beaucoup de bonne humeur, de rire, de moments de convivialité »

Second site du pôle normand d’Hermès, la maroquinerie de Louviers perpétue la culture artisanale et humaniste de la maison, l’esprit de transmission de ses savoir-faire d’excellence et les ambitions environnementales du groupe. La maroquinerie accueillera 260 artisans formés au sein de l’École Hermès des savoir-faire de Louviers, centre de formation d’apprentis (CFA) agréé par l’Éducation nationale qui délivre le CAP maroquinerie. Et parce qu’elle fait désormais partie de la maison qui reconnaît en elle son propre esprit de précision et de durabilité, Lina Ghotmeh s’est vu confier par la fondation d’entreprise Hermès l’inauguration, en tant que directrice pédagogique, de son cycle de formation consacré à la pierre. « À la livraison du bâtiment, j’ai occupé un petit bureau pour sentir la vie du bâtiment. On y sent beaucoup de bonne humeur, de rire, de moments de convivialité ! J’espère que la douceur des espaces intérieurs permet ce confort et engage les artisans dans des relations positives. En outre, tout au long de la journée, la sonorité des outils de travail du cuir est rendue musicale grâce aux espaces feutrés avec les panneaux acoustiques recouvrant les parois et assurant un confort sensoriel dans le lieu », sourit l’architecte. Il ne reste plus qu’à laisser la vie et la beauté s’installer dans les lieux.

Pour mémoire

Lina Ghotmeh consacrée « Femme aux réalisations exceptionnelles »

Avant même de découvrir les éblouissantes spécificités techniques de ce bâtiment, on est simplement emporté par la poésie qui s’en dégage. Tout a commencé par le repérage d’une friche industrielle à Louviers, en pleine campagne normande, en 2008. La Normandie est pays de chevaux et d’équitation, une culture intimement liée à l’ADN d’Hermès. En pleine expansion, une...
commentaires (1)

Bravo à tous les libanais qui font parler de leur pays autrement qu’en évoluant laguerre ou la pauvreté nouvelle de ses citoyens. Nous sommes fiers de vous. Merci.

Sissi zayyat

18 h 34, le 12 avril 2023

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Commentaires (1)

  • Bravo à tous les libanais qui font parler de leur pays autrement qu’en évoluant laguerre ou la pauvreté nouvelle de ses citoyens. Nous sommes fiers de vous. Merci.

    Sissi zayyat

    18 h 34, le 12 avril 2023

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