La cerise, reine de Hammana. Photo Élise Quéau-Boukhari/L’Orient-Le Jour
Se rendre à Hammana, dans les montagnes, loin de l’agitation des villes, changer de rythme, de décor et d’humeur, et laisser derrière soi les embouteillages, le bruit et la canicule de Beyrouth…
Ils étaient nombreux, ces touristes d'un jour, locaux ou pas, certains devenus des habitués, à rejoindre la « capitale de la cerise », dimanche 21 juin, pour cette occasion festive et ludique.
Trouver une place de parking était une aventure en soi. Les écoles et les espaces publics transformés en parkings, des navettes transportaient les visiteurs jusqu’au cœur du festival. D’autres préféraient parcourir à pied la dernière partie du trajet.
Au cœur des anciens souks, des familles, des groupes d’amis et des curieux, venus pour la première fois, remplissaient chaque recoin du village de leurs sourires, tandis que les étals du marché débordaient de couleurs.
Pour le maire de Hammana, le Dr Amine Lebbos, cette affluence confirme à quel point le festival s’est profondément ancré dans les traditions estivales libanaises. « C’est devenu un lieu incontournable pour tous ceux qui viennent des quatre coins du pays, a-t-il souligné à L’Orient-Le Jour. De nombreux Libanais l’inscrivent chaque année à leur agenda. »

La ruée vers la cueillette des cerises
La principale attraction du festival reste la cueillette des cerises, qui s’est déroulée, en ce dimanche relativement chaud, de 10h à 15h – ou, plus exactement, jusqu’à épuisement des billets. En début d’après-midi, la plupart des créneaux horaires étaient déjà complets.
Des bus se sont chargés de transporter les visiteurs du site du festival vers l’un des douze vergers participants situés aux alentours de Hammana. Chaque groupe était accompagné de guides qui expliquaient comment cueillir correctement les cerises avant de laisser les participants se faufiler entre les arbres.
Aline s’est déplacée depuis la ville de Sour, dans le sud du pays. « J’en entends parler depuis longtemps. Cette fois, j’ai décidé de venir. J’y retourne la semaine prochaine car mes amis rentrent au Liban et ils ne doivent pas rater cette expérience. »
Au Jamil Garden, l’un des vergers participants, les visiteurs, enfants et adultes, dispersés sous des branches chargées, cueillaient plus ou moins facilement le fruit convoité.
« Nous accueillons des visiteurs depuis environ dix ans, a expliqué Roula Bou Khaled, dont la famille exploite le verger. Il y a un dialogue entre les gens et la nature. Les jeunes enfants apprennent à respecter la nature et à en prendre soin. »
Son mari, Ramzi Bou Khaled, a décrit ce projet comme une initiative familiale ancrée dans la mémoire et l’agriculture.
« Nous créons une sorte d’attachement à la terre. Nous apprenons à nos enfants à en prendre soin. C’est le but principal de notre démarche. »
Le verger lui-même illustre la manière dont les agriculteurs locaux prolongent la saison des cerises au-delà de la récolte en le déclinant en plusieurs produits souvent inattendus. Les gourmands ont en outre découvert de la sauce barbecue à la cerise, du vinaigre, du jus et même une nouvelle gamme de soins pour la peau élaborée avec ce fruit.
« Nous voulions nous démarquer, a expliqué Ramzi Bou Khaled. La saison des cerises est très courte. Ces dérivés nous permettent de faire vivre le produit tout au long de l’année. »
Non loin de là, Shéhérazade observe ses petits-enfants remplir leurs paniers avec enthousiasme.
« Je viens chaque année. Et j’embarque mes petits-enfants avec moi. Ils attendent ça avec la même impatience. » Ayman Gharzadeen, originaire de Ras el-Metn, a qualifié cette expérience qu’il découvrait pour la première fois de « réconfortante », saluant à la fois l’organisation et l’hospitalité du village.

Un charmant village transformé en marché
Dans les anciens souks, le festival a transformé Hammana en un immense marché en plein air. Près de 200 exposants venus de tout le Liban ont envahi les rues avec des objets d’artisanat, des produits alimentaires, des articles faits main, des accessoires et des spécialités locales. Laura el-Biry, responsable de l’événement, a déclaré que le soutien aux petites entreprises restait l’une des priorités du festival. « Même si les visiteurs n’achètent pas tout de suite, ils découvrent les produits et s’en souviennent plus tard. » Cette diversité était visible partout. Un jeune adolescent d’une quinzaine d’années, Rifaat, vendait fièrement des cerises récoltées sur les terres de son père. « Notre passion, ce sont les cerises. Nous les proposons à tous les festivals. » Parmi les exposants figuraient des artisans, des producteurs alimentaires et des petits entrepreneurs. Hanane Abdallah présentait des accessoires en cristal faits main prônant la « positivité », tandis qu’Ahmad Ghalmoush, qui proposait des desserts protéinés sans sucre, s’est dit frappé par l’atmosphère de « gaieté, de bonheur et de gratitude ».

Les autres saveurs de Hammana
Si les cerises ont attiré les visiteurs à Hammana, la gastronomie a convaincu plus d’un à prolonger le plaisir. À Sofret Hammana, des femmes de la région ont servi des plats traditionnels inspirés de la cuisine montagnarde et à base d’ingrédients de saison. La cerise était omniprésente, souvent sous des formes surprenantes.
Des keftas à la sauce aux cerises, des feuilles de vigne farcies aux cerises, du kebbé parfumé aux cerises et même des burgers aux cerises ont attiré de longues files d’attente.
« C’est la cuisine de la montagne, a déclaré Lebbos. Les femmes du village préparent des plats traditionnels de Hammana. Ils ont une saveur spéciale. »
Parmi elles se trouvait Hiba Kassab, de Tayebat, qui préparait des plats aux côtés de sa mère et d’autres femmes de la région.
Ailleurs, Jamal Nouiehed proposait des produits faits maison, préparés sans conservateurs, colorants artificiels ni additifs. Les visiteurs ont pu goûter à tout, de la ariché à la sauce aux cerises au poulet et au kebbé agrémentés de ce fruit devenu le symbole de Hammana.
À l’un des stands les plus fréquentés, les visiteurs faisaient la queue pour déguster une limonade fraîche aux cerises. Karim, l’un des membres de la famille tenant le stand, a décrit le festival comme une tradition profondément ancrée dans le village lui-même. « Nous, les enfants de Hammana, attendons la saison des cerises chaque année », a-t-il confié.
Samer Abinader, venu de Beyrouth avec sa femme et son enfant, pour sa première visite à Hammana, s’est dit surpris par l’ampleur du festival et la diversité des activités proposées.
« Nous devons encourager tous les festivals au Liban », saluant le soutien apporté par l’événement à l’artisanat et aux arts traditionnels libanais.

Un festival qui va bien au-delà des cerises
Tout au long de l’après-midi, le village est resté bondé. Les enfants passaient d’un espace d’activités à l’autre et d’un spectacle à l’autre. Les visiteurs flânaient dans les souks, les bras chargés de sacs d’objets artisanaux, de bocaux de mouné et de boîtes de cerises. De vieux amis se retrouvaient par hasard dans les rues bondées. D’anciens camarades de classe, voisins et collègues se croisaient entre les stands.
Le défilé a insufflé une nouvelle énergie à l’événement à 15 heures. Des musiciens, portant des tambours et des cuivres, ont défilé à travers le vieux marché, tandis que les spectateurs se joignaient eux aussi au cortège. En peu de temps, les gens se sont mis à danser dans les rues, sous des banderoles ornées de cerises.
Pour Jackie Kamari, conseillère municipale et organisatrice, la fréquentation a dépassé les attentes. « Cette année, j’ai l’impression qu’il y a encore plus de monde. Des gens sont venus de Boston, du Venezuela, du Nord, du Sud… de partout. »
Alors que le soleil commençait à décliner derrière les montagnes, les visiteurs faisaient encore la queue pour une dernière dégustation, un dernier achat, une dernière photo. Certains portaient des sacs remplis de cerises, d’autres avaient encore les doigts tachés et racontaient des anecdotes sur les vergers. Se promettant de revenir très vite…

