Une femme d’origine africaine faisant son shopping dans le souk d’Ariana près de Tunis, le 22 février 2023. Fethi Belaid/AFP
Des ONG ont dénoncé hier un discours « raciste et haineux » du président tunisien, au lendemain de sa violente charge contre les migrants africains subsahariens, qu’il a présentés comme une menace démographique pour son pays. Kaïs Saïed avait prôné mardi des « mesures urgentes » contre l’immigration clandestine d’Africains subsahariens, affirmant que leur présence était source de « violence, de crimes et d’actes inacceptables ». Lors d’une réunion, il a tenu des propos très durs sur l’arrivée de « hordes de migrants clandestins » et insisté sur « la nécessité de mettre rapidement fin » à cette immigration. Le chef de l’État a en outre soutenu que cette immigration clandestine relevait d’une « entreprise criminelle ourdie à l’orée de ce siècle pour changer la composition démographique de la Tunisie », afin qu’elle soit considérée comme un pays « africain seulement » et estomper son caractère « arabo-musulman ». « Ce discours provoque une grande déception et une grande consternation », a réagi Romdhane Ben Amor, porte-parole du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES). « Ce discours raciste et haineux marque un jour triste. Le fait que le président d’un pays signataire de conventions internationales sur l’immigration tienne un tel discours est extrêmement grave », a-t-il souligné.
Le « grand remplacement » à la tunisienne ?
Le président tunisien s’exprimait lors d’une réunion du Conseil de sécurité nationale « consacrée aux mesures urgentes qui doivent être prises pour faire face à l’arrivée en Tunisie d’un grand nombre de migrants clandestins en provenance d’Afrique subsaharienne », selon un communiqué de la présidence. Les autorités ont annoncé qu’au moins 138 migrants clandestins avaient été arrêtés ou interceptés en mer dans la nuit de mardi à mercredi. Selon des chiffres officiels cités par le FTDES, la Tunisie, un pays de quelque 12 millions d’habitants, compte plus de 21 000 Africains subsahariens, en majorité en situation irrégulière. La plupart de ces migrants arrivent en Tunisie pour tenter ensuite d’immigrer clandestinement vers l’Europe par la mer, certaines portions de littoral tunisien se trouvant à moins de 150 kilomètres de l’île italienne de Lampedusa. Selon des chiffres officiels italiens, plus de 32 000 migrants, dont 18 000 Tunisiens, sont arrivés clandestinement en Italie en provenance de Tunisie en 2022.
Le discours de M. Saïed, qui concentre tous les pouvoirs après avoir suspendu en juillet 2021 le Parlement et limogé le gouvernement, survient alors que le pays traverse une grave crise économique marquée par des pénuries récurrentes de produits de base, sur fond de tensions politiques. Hier, les avocats de Noureddine Boutar, directeur de la radio privée Mosaïque FM, la plus écoutée en Tunisie, ont annoncé que leur client était poursuivi pour « blanchiment d’argent et enrichissement illégal », dénonçant un dossier « politique » en représailles à un programme critique. M. Boutar avait été arrêté ainsi que neuf personnalités politiques lors d’un coup de filet lancé par les autorités début février.
« Le président instrumentalise la crise des migrants pour détourner l’attention de l’opinion publique des questions économiques et sociales en inventant un nouveau danger », affirme M. Ben Amor. Selon lui, M. Saïed « se plie aussi totalement aux pressions de l’Italie pour obtenir l’arrêt des flux migratoires » vers ses côtes. Les déclarations de M. Saïed sur l’existence d’une « entreprise criminelle » visant à changer la composition démographique de la Tunisie ont suscité des comparaisons avec la théorie complotiste du « grand remplacement » endossée en France par le polémiste d’extrême droite Éric Zemmour. « Les pays du Maghreb eux-mêmes commencent à sonner l’alarme face au déferlement migratoire. Ici, c’est la Tunisie qui veut prendre des mesures urgentes pour protéger son peuple. Qu’attendons-nous pour lutter contre le “grand remplacement ?” » a commenté M. Zemmour sur Twitter en partageant un article de presse sur les propos tenus par M. Saïed.
Le discours de ce dernier survient quelques jours après qu’une vingtaine d’ONG tunisiennes ont dénoncé la montée d’un « discours haineux » et du racisme à leur égard dans le pays. Selon ces organisations, « l’État tunisien fait la sourde oreille sur la montée du discours haineux et raciste sur les réseaux sociaux et dans certains médias ». « Ce discours ne ressemble en rien à la Tunisie. Le standing international de la Tunisie et son histoire humanitaire sont beaucoup plus grands que ce discours », a réagi sur Facebook le président de l’Observatoire tunisien des droits de l’homme Mostafa Abdelkebir. Mnemty, une association qui lutte contre les discriminations, a elle aussi condamné le communiqué de la présidence tunisienne, le qualifiant de « discours de racisme et de haine et d’incitation à la violence contre les migrants subsahariens ».
Source : AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
L'immigration CLANDESTINE est, par définition, illégale. Les propos du président tunisiens peuvent paraître un peu outranciers et ses intentions pas nécessairement très pures, il n'en demeure pas moins vrai qu'un chef d'Etat a le droit - et même le devoir - d'exiger le respect de la loi. La leçon vaut également pour les présidents européens, et notamment français.
07 h 49, le 23 février 2023