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Économie - Monnaie

Le taux de change au plus haut, la confiance au plus bas

Certains experts n’excluent pas que le dollar puisse doubler de valeur d’ici à la fin de l’année si le statu quo actuel se maintient.

Le taux de change au plus haut, la confiance au plus bas

Un homme tenant des liasses de livres libanaises dans un bureau de change de Beyrouth, le 19 janvier 2023. Mohammad Azakir/Reuters

Cela fait deux semaines que la Banque du Liban a décidé de réinstaurer des plafonds aux opérations ouvertes par sa circulaire n° 161, qui permet de convertir des livres en dollars au taux de sa plateforme Sayrafa, plus bas que celui du marché libre. Sur cette période, celui-ci est passé d’environ 46 000 livres pour un dollar à près de 55 000 livres hier, soit un bond de près de 10 000 livres en très peu de temps. Cela représente une hausse de près de 20 % et deux nouveaux seuils franchis en moins de 24 heures entre lundi et la journée d’hier. Il est déjà arrivé que des fluctuations de cette amplitude se produisent en un laps de temps aussi court depuis que la BDL a cessé de stabiliser le taux de change au cours de l’été 2019, marquant le début de la crise actuelle (cela s’était notamment produit en mai dernier). Généralement, ce type d’intervention de la banque centrale est toujours parvenu au mieux à baisser, au pire à ralentir le rythme de hausse du taux de change pendant un certain temps.

Mais pas cette fois, signe que les acteurs de l’économie libanaise semblent avoir perdu toute confiance dans la capacité de la classe dirigeante à redresser le pays, comme l’exprime avec sobriété le directeur du département de recherches de Bank Audi, Marwan Barakat.

Effet de débordement

« La récente dépréciation de la livre est liée au manque de confiance dans le contexte actuel de vacance présidentielle et d’absence d’un cabinet de pleins pouvoirs, alors même que les réformes sont au point mort, ce qui met en péril un potentiel accord final avec le Fonds monétaire international », a ainsi déclaré l’expert à L’Orient-Le Jour. Il évoque aussi « l’effet de débordement » provoqué par l’anticipation de la hausse, à 15 000 livres dès le 1er février, du taux de change fixé par la BDL pour les retraits de dollars bloqués par les restrictions bancaires via ses circulaires numéros 151 et 158. Une mesure annoncée depuis novembre et qui a été confirmée la semaine dernière.

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Un expert financier, sous le couvert de l’anonymat, évoque, lui, « l’immunité du marché » qui s’est renforcée au fil du temps. Cela s’est d’ailleurs vu à travers l’impact de moins en moins fort des interventions de la BDL sur le taux du marché depuis début 2022 (en janvier, mai, octobre et décembre). L’expert souligne aussi que, bien qu’impressionnante en valeur nominale et douloureuse pour les personnes rémunérées en livres libanaises, l’ampleur des récentes fluctuations doit être relativisée, vu que la livre a déjà perdu plus de 95 % de sa valeur depuis un certain temps déjà. Marwan Barakat estime également que le taux de change restera extrêmement volatil tant que le Liban ne souscrit pas à un programme du FMI s’articulant autour de réformes « susceptibles de rétablir l’équilibre » entre les quantités respectives de livres et de dollars. L’organisation internationale s’est engagée en avril dernier à débloquer un prêt de 3 milliards de dollars sur quatre ans, ce qui devrait relancer la confiance et les investissements au Liban.

La pilule passe mal

Mais Beyrouth n’a toujours pas rempli les conditions fixées pour obtenir cet argent, les dirigeants libanais et ceux du secteur bancaire ayant plutôt privilégié de corriger le marché à leur manière, sans l’admettre ouvertement. « Si le statu quo politique et économique actuel se maintient tout au long de 2023, il est probable que la valeur du dollar double à l’horizon de la fin de l’année, avec pour corollaire un taux d’inflation à trois chiffres pour la quatrième année consécutive (à fin décembre en rythme annuel), exerçant ainsi d’énormes pressions socio-économiques sur les ménages libanais », a conclu Marwan Barakat.

Cependant, et en toute logique, la pilule a déjà du mal à passer pour une portion de la population. Selon l’Agence nationale d’information (ANI, officielle), de « jeunes manifestants » ont bloqué, dans le quartier de Chiyah au sud de Beyrouth, la voie principale dès la fin de matinée d’hier. Au Liban-Nord, l’autoroute principale a été fermée dans les deux sens au niveau de Tripoli, vers l’entrée sud de cette ville, la plus pauvre du Liban. Au Liban-Sud, une route a été aussi brièvement coupée à l’aide de pneus enflammés au niveau du rond-point de Kanaya, selon notre correspondant Mountasser Abdallah.

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Enfin, l’opacité du marché des changes dans une économie plus que jamais dominée par le cash offre un boulevard à des spéculateurs agissant seuls ou de manière coordonnée, suggère l’expert financier. « Il n’est pas à exclure dans ce contexte que la demande de dollars rapportée par les agents de change et qui pousse actuellement le taux à la hausse soit majoritairement le fait d’acteurs qui en ont achetés en masse en vue d’intervenir sur le taux à court et moyen terme, soit pour pousser le taux vers le haut, soit au contraire pour le stabiliser », élabore-t-il, s’étonnant que la BDL n’ait toujours pas rehaussé le taux de la plateforme Sayrafa, encore fixé à 38 000 livres pour un dollar hier soir.

L’imposition de sanctions américaines annoncée hier soir contre Hassan Moukalled, ses fils et sa société CTEX Exchange risque de brouiller encore plus les cartes de ceux qui tentent de lire la trajectoire du taux. Dans son communiqué, Washington reproche à l’homme d’affaires chiite d’avoir joué un « rôle-clé » pour permettre au Hezbollah « d’exploiter » la crise libanaise.

Les prix des carburants en forte hausse alors que la livre poursuit sa dépréciation

Les prix des carburants ont fortement augmenté hier au Liban, selon le dernier barème publié par le ministère de l’Énergie et de l’Eau. Cette augmentation intervient alors que la livre libanaise continue de se déprécier face au dollar sur le marché parallèle, avec un nouveau record de 54 000 LL contre le billet vert.

Voici les nouveaux tarifs :

– 20 litres d’essence à 95 octane : 958 000 livres libanaises (+50 000 LL).

– 20 litres d’essence à 98 octane : 982 000 LL (+51 000 LL).

– 20 litres de diesel (pour les véhicules) : 1 007 000 LL (+51 000 LL).

– Bonbonne de gaz domestique : 613 000 LL (+32 000 LL).

– Kilolitre de mazout (utilisé pour approvisionner les générateurs électriques privés) : 888,29 dollars (+10,89).

Cela fait deux semaines que la Banque du Liban a décidé de réinstaurer des plafonds aux opérations ouvertes par sa circulaire n° 161, qui permet de convertir des livres en dollars au taux de sa plateforme Sayrafa, plus bas que celui du marché libre. Sur cette période, celui-ci est passé d’environ 46 000 livres pour un dollar à près de 55 000 livres hier, soit un bond de...

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- PAUVRE PEUPLE LIBANAIS, - LES CHEMINS DE TON CALVAIRE, - DE JOURS, DE MOIS ET D,ANS FAITS - SONT TRACES PAR L,ARBITRAIRE, = - DES CORROMPUS ET MAFIEUX - ET DE L,ABSENTE JUSTICE. - AILLEURS, TOUT PEUPLE MARTYR - PREND EN MAIN SON DEVENIR.

MON CLAIR MOT A GEAGEA CENSURE

10 h 13, le 25 janvier 2023

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Commentaires (1)

  • - PAUVRE PEUPLE LIBANAIS, - LES CHEMINS DE TON CALVAIRE, - DE JOURS, DE MOIS ET D,ANS FAITS - SONT TRACES PAR L,ARBITRAIRE, = - DES CORROMPUS ET MAFIEUX - ET DE L,ABSENTE JUSTICE. - AILLEURS, TOUT PEUPLE MARTYR - PREND EN MAIN SON DEVENIR.

    MON CLAIR MOT A GEAGEA CENSURE

    10 h 13, le 25 janvier 2023

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