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Moyen-Orient - Repères

L’Iran va-t-il recevoir des avions de chasse russes en échange de ses drones ?

Après avoir eu recours à des drones kamikazes iraniens pour bombarder l’Ukraine, Moscou va livrer des Sukhoï Su-35 à Téhéran dans trois mois, selon un député iranien.

L’Iran va-t-il recevoir des avions de chasse russes en échange de ses drones ?

Un Sukhoï Su-35 survolant la Syrie. Archives AFP

Allié non déclaré de Moscou dans sa guerre fratricide contre Kiev, Téhéran laisse entendre que la Russie s’apprête à lui livrer en retour des avions de chasse qui lui font cruellement défaut, suggérant un approfondissement de la collaboration technique et militaire entre les deux pays, à la fois isolés sur la scène internationale et minés par les sanctions occidentales.

Ce que l’on sait

• Un député iranien a annoncé dimanche 15 janvier que la Russie allait livrer des avions de chasse Sukhoï Su-35 à l’Iran.

• Shahriar Heydari, membre de l’influente Commission de la sécurité nationale, a affirmé à l’agence de presse Tasnim que la République islamique les recevrait en début d’année, le calendrier iranien débutant le 21 mars. S’il n’a pas précisé leur nombre, plusieurs médias parlent de 24 avions de chasse.

• Selon le député, l’Iran cherche aussi à se procurer d’autres armes auprès de Moscou, telles que des hélicoptères, un système de défense antiaérien et des missiles. « La plupart arriveront bientôt », a-t-il dit, sans indiquer de date précise.

Le contexte

• La guerre en Ukraine a entraîné un approfondissement de la coopération militaire et technique entre l’Iran et la Russie, deux pays cibles de sanctions internationales déjà engagés côte à côte en soutien du régime de Bachar el-Assad dans le conflit en Syrie.

• Ayant essuyé de nombreux revers dans ce qu’il qualifie d’« opération spéciale », Moscou a été accusé par Kiev en octobre d’avoir utilisé des drones iraniens, relativement bon marché, pour attaquer les infrastructures civiles ukrainiennes.

• Dès septembre, dans le cadre d’un programme de sanctions tous azimuts contre la Russie, le Trésor américain a ordonné des sanctions visant des sociétés iraniennes que Washington liait déjà à la production et au transfert de drones à la Russie. Le 20 octobre, le Conseil européen a pour sa part mis en place des sanctions contre trois citoyens iraniens et une entité iranienne, accusés d’avoir joué un rôle dans la mise au point et la livraison de ces drones.

Pour mémoire

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• Après avoir nié les accusations de Kiev, le ministre iranien des Affaires étrangères a reconnu en novembre que Téhéran avait livré à Moscou « un nombre limité de drones, plusieurs mois avant la guerre en Ukraine ».

• La Russie pourrait commencer à construire des drones iraniens sur son sol, dans le sillage d’un accord signé en novembre entre les deux pays, selon le Washington Post. Moscou chercherait également à se procurer des missiles balistiques iraniens Fateh-110 et Zolfaghar.

• L’obtention d’avions de chasse russes serait ainsi une contrepartie à la livraison des drones iraniens pour soutenir l’effort de guerre russe, selon plusieurs observateurs. En septembre 2022, le commandant de l’armée de l’air iranienne Hamid Vahedi a déclaré que « l’achat de Sukhoï Su-35 à la Russie » était « envisagé par l’armée de l’air ».

• Reste que l’UE et les États-Unis imposent depuis plusieurs années des sanctions économiques et financières contre la République islamique, l’accusant d’avoir des visées militaires pour son programme nucléaire. Après le retrait unilatéral américain de l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015, ces sanctions se sont encore accrues, créant un effet de dissuasion auprès des partenaires de l’Iran.

Les enjeux

• Si l’Iran est parvenu à se positionner sur le marché stratégique des drones en contournant les sanctions occidentales pour se procurer des composants technologiques européens et américains, le pays a jusqu’ici échoué à produire des avions de chasse de nouvelle génération.

• L’obtention de Sukhoï Su-35 serait un moyen de moderniser une flotte aérienne que les sanctions ont condamnée à la vétusté. D’après Flight International, l’aviation iranienne est actuellement composée de près de 200 avions de chasse, en majorité américains, datant d’avant la révolution de 1979. Cinq avions de chasse iraniens se sont écrasés depuis 2018, selon Forbes. En 2021, la République islamique a essayé de se procurer 36 avions de chasse chinois Chengdu J10C en échange de produits pétroliers, mais l’accord n’a finalement pas été conclu.

Pour mémoire

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• Déjà dénoncée en décembre, cette livraison d’avions de chasse de Moscou à Téhéran signalerait « un niveau sans précédent de soutien militaire et technique qui transformerait leur relation en un partenariat de défense à part entière », a dit le porte-parole de la Maison-Blanche, John Kirby. Il a ajouté que les États-Unis utiliseraient tous « les moyens à leur disposition » pour « mettre en lumière et perturber » ce transfert d’armement.

• Selon plusieurs observateurs interrogés par Middle East Eye (MEE), Moscou ne risquera pas ses relations ni avec Israël ni avec les pays du Golfe, en livrant du matériel militaire de pointe à leur ennemi juré : l’Iran. Poids lourd de l’OPEP+, la Russie ne peut se permettre de perdre le soutien de l’Arabie saoudite, qui a poussé pour réduire les quotas de production en octobre dernier, assurant des revenus conséquents au Kremlin pour financer son effort de guerre.

• Sans invalider la possibilité de la livraison de Sukhoï Su-35, Anton Mardasov, chercheur associé au Middle East Institute, cité par MEE, estime qu’en échange de ses drones, Téhéran pourrait recevoir une autre compensation, notamment sous la forme de drones modernisés par Moscou. De son côté, Samuel Bendett, analyste au Center for Naval Analyses, affirme à MEE que cette compensation pourrait prendre différentes formes, « que ce soit du liquide, des technologies occidentales capturées, ou les deux ». En novembre dernier, le média américain Sky News affirmait que Moscou avait envoyé à Téhéran en août par voie aérienne 140 millions de dollars et trois modèles de munitions occidentales, un missile antichar britannique NLAW, un missile antichar américain Javelin et un lance-missile sol-air américain Stringer.

Allié non déclaré de Moscou dans sa guerre fratricide contre Kiev, Téhéran laisse entendre que la Russie s’apprête à lui livrer en retour des avions de chasse qui lui font cruellement défaut, suggérant un approfondissement de la collaboration technique et militaire entre les deux pays, à la fois isolés sur la scène internationale et minés par les sanctions occidentales.Ce que...
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L’Iran avec ses avions il va bombarder les villages chrétiens libanais.Grrr

Eleni Caridopoulou

16 h 47, le 18 janvier 2023

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Commentaires (1)

  • L’Iran avec ses avions il va bombarder les villages chrétiens libanais.Grrr

    Eleni Caridopoulou

    16 h 47, le 18 janvier 2023

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