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Société - Crise

Affaire Salamé, Télécoms, dollar douanier : journée de sit-in au Liban

Mobilisations dans plusieurs régions contre le "vol" des dépôts bancaires et les salaires impayés depuis des mois, alors que le secteur de l'importation "étouffe".

Des déposants lors d'un sit-in devant le palais de justice à Beyrouth, le 17 janvier 2023. Photo Mohammad Yassine

Du nord au sud, la journée de mardi a été marquée par de nombreuses mobilisations au Liban : déposants appelant à l'avancée des investigations sur le gouverneur de la banque centrale Riad Salamé, importateurs de voitures en colère, employés des Télécoms en grève, bloquant des routes, organisant des manifestations et des sit-in, à Tripoli, Beyrouth ou Saïda.

"Rendez-nous notre pognon, ordures !"
À Beyrouth, des déposants ont organisé dès la matinée un sit-in devant le palais de justice, en lien avec la visite de juges européens au Liban qui doivent enquêter sur des malversations financières dans lesquelles Riad Salamé, gouverneur de la Banque du Liban (BDL), est suspecté d'être impliqué. Cette mobilisation répond à un appel lancé dimanche par les collectifs Mouttahidoun (unis) et Le Cri des déposants. 

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Lundi, des juges français, allemands et luxembourgeois ont commencé à auditionner des témoins dans le cadre de ces investigations. Selon notre journaliste sur place Mohammad Yassine, un peu plus d'une centaine de personnes étaient présentes, dans une atmosphère pacifique. "Banquiers, Salamé ! Rendez-nous notre pognon, ordures !", a lancé un manifestant. "Nous sommes venus pour faire entendre notre voix aux juges européens", explique un autre. "Le Liban est volé par une clique", a-t-il fustigé.

Les magistrats européens sont à Beyrouth pour auditionner M. Salamé et son frère Raja, ainsi que des PDG et d'autres responsables de banques. Ils devaient entendre mardi d'autres responsables du secteur bancaire, mais le gouverneur de la BDL ne figure pas sur la liste des personnes convoquées, selon un responsable judiciaire cité par l'AFP. Mardi, ce sont l'ancien vice-gouverneur de la BDL Ahmad Jechi et le banquier Marwan Kheireddine qui devaient être entendus. La semaine dernière, les enquêteurs allemands s'étaient déjà réunis avec un juge libanais, mais s'étaient heurtés à des obstacles avant que l'affaire ne soit réglée.

"Notre secteur est en train d'étouffer"
Près du port de Beyrouth, des dizaines de syndicalistes représentant le secteur des véhicules d'occasion ont organisé un sit-in, ralentissant fortement la circulation. Cette mobilisation était marquée par une présence relativement importante de policiers anti-émeutes et de soldats de l'armée, rapporte notre journaliste sur place Matthieu Karam.

Sit-in des membres du syndicat du secteur des véhicules d'occasion devant le port de Beyrouth, le 17 janvier 2023. Photo Matthieu Karam

Les membres de ce secteur réclament un ajustement des droits de douane applicables aux voitures d'occasion, qui sont calculés depuis décembre sur la base d'un taux de change de 15.000 livres libanaises pour un dollar, au lieu du taux officiel de 1.507,5 LL.

L'importateur local de voitures Georges Zeaiter a déclaré à L'Orient-Le Jour que son secteur avait de multiples revendications. "Notre secteur est en train d'étouffer à tous les niveaux", a-t-il dit. "La question des droits de douane est illégale et injuste. Ils ont augmenté les tarifs douaniers à 15.000 LL sans ajuster les [autres] modalités en conséquence, parce que le gouvernement ne se réunit pas", alors que sa réunion est nécessaire pour prendre ce genre de décision.

Salaires impayés
Quant aux employés du ministère des Télécoms, ils se sont mis en grève dans diverses régions, dont Tripoli et le Akkar (Liban-Nord) et ont organisé des sit-in pour demander au ministère des Finances de leur régler leurs salaires impayés, rapporte notre correspondant Michel Hallak. A Saïda (Liban-Sud), les employés de l'opérateur public de télécommunications Ogero ont également manifesté en solidarité avec les fonctionnaires du ministère, selon notre correspondant sur place Mountasser Abdallah.

Dans un communiqué publié lundi, les employés avaient prévenu qu'ils observeraient une grève "pour protester contre la retenue de leurs salaires par le ministère des Finances depuis déjà trois mois, et pour exiger une solution rapide à ce problème". À Halba, dans le gouvernorat du Akkar, les employés des Télécoms sont arrivés sur leur lieu de travail mardi matin pour fermer leurs bureaux de vente, et ont déclaré qu'ils s'abstiendraient de tout travail technique ou administratif, selon notre correspondant.

Des employés du ministère des Télécoms libanais en grève à Tripoli, au Liban-Nord, le 17 janvier 2023. Photo envoyée par notre correspondant Michel Hallak

À Saïda, dans le sud, les employés de l'opérateur public Ogero ont également organisé un sit-in en solidarité avec "leurs collègues du ministère des Télécoms" pour réclamer leurs salaires, indique notre correspondant. Le ministre sortant des Télécoms, Johnny Corm, n'était pas immédiatement joignable pour un commentaire. Le responsable administratif de l'Association des employés du secteur public, Ibrahim Nahal, a participé au sit-in à Tripoli, et déclaré que les travailleurs "poussent un cri et annoncent une grève d'avertissement".

Le chef de la Fédération des syndicats de travailleurs du Nord, Shadi Sayyed, a également participé à la manifestation et appelé à "une action rapide et efficace qui garantisse les droits des employés des Télécoms dans tout le Liban", exigeant que "le ministre des Finances agisse" et ajoutant qu'"une réunion gouvernementale est nécessaire pour discuter de ces dossiers et signer les décrets qui ont été approuvés".

Ce n'est pas la première fois que les employés du secteur des télécoms se mettent en grève. Début décembre, les employés des opérateurs de téléphonie mobile du pays, Alfa et Touch, avaient fait grève pour demander l'amélioration de leurs conditions de travail. En septembre, les mêmes employés avaient observé une grève ouverte pour réclamer une augmentation de salaire au ministre Corm, aboutissant à la conclusion d'un accord dont les détails n'ont pas été communiqués à la presse.

Du nord au sud, la journée de mardi a été marquée par de nombreuses mobilisations au Liban : déposants appelant à l'avancée des investigations sur le gouverneur de la banque centrale Riad Salamé, importateurs de voitures en colère, employés des Télécoms en grève, bloquant des routes, organisant des manifestations et des sit-in, à Tripoli, Beyrouth ou Saïda."Rendez-nous notre...
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