Contrairement à ce qui se dit régulièrement dans les médias, où l’on détaille les moindres communiqués internationaux à la recherche d’une initiative pour un déblocage au Liban, ce pays n’est pas dans les priorités de la communauté internationale. Occidentaux – Américains et Européens en tête – comme États du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, nul ne se soucie pour l’instant du dossier libanais.
Selon un diplomate européen qui connaît bien la région, l’Europe, qui pourrait pourtant être la plus concernée par ce pays, n’aborde le Liban que sous un seul angle : celui de la stabilité sécuritaire, pour éviter un afflux de réfugiés syriens et autres sur ses territoires, au moment où elle a suffisamment de soucis avec la guerre en Ukraine et les problèmes qui en ont découlé.
Les États-Unis, eux, ont d’autres considérations, notamment l’importance d’empêcher le Hezbollah de mener une attaque contre Israël, qui pourrait dégénérer en guerre, au moment où la situation intérieure dans ce pays est instable et où l’armée israélienne n’est pas en mesure de se lancer dans une confrontation, surtout si elle risque d’être longue. Les administrations américaines qui se sont succédé ces dernières années portent donc un intérêt particulier au Liban, sous l’angle de la présence du Hezbollah et de la nécessité de l’affaiblir aussi bien à l’extérieur qu’à l’extérieur. Dans ce contexte, on comprend mieux l’importance pour les États-Unis de la conclusion de l’accord sur l’exploitation des ressources maritimes pétrolières et gazières entre le Liban et Israël, dans lequel le médiateur américain Amos Hochstein s’est largement impliqué. D’ailleurs, lors de la conclusion de cet accord, les responsables libanais avaient cru qu’une nouvelle ère de prospérité s’ouvrait pour le Liban. Ils avaient même annoncé que, dans la foulée de la conclusion de cet accord, les autorisations nécessaires pour que le Liban puisse amener du gaz d’Égypte et de l’électricité de Jordanie seraient données. Ce qui aurait permis de résoudre une partie du problème actuel dans cet épineux dossier. Mais les responsables libanais ont dû rapidement déchanter, et les entraves face à l’obtention des autorisations nécessaires ont peut-être changé de cause, mais elles sont toujours aussi efficaces. Autrement dit, les États-Unis continuent sur la même lancée et n’ont pas encore changé d’approche à l’égard du Liban.Du côté des monarchies du Golfe, il y a bien eu un regain d’intérêt de la part du Qatar à l’égard du dossier libanais et une volonté claire de la part des dirigeants de cet émirat de chercher à trouver une issue à l’impasse actuelle. Mais les efforts de Doha se sont heurtés à l’indifférence des dirigeants saoudiens qui ne veulent toujours pas se pencher sérieusement sur le problème libanais, préférant se concentrer sur d’autres sujets qu’ils considèrent plus essentiels, comme le Yémen ou même la Syrie.
Pour toutes ces raisons, il n’y a actuellement aucun effort véritable de la part de la communauté internationale pour aider le Liban à sortir de sa crise. Selon le diplomate précité, les Libanais devraient donc être réalistes et prendre eux-mêmes une initiative, au lieu d’attendre en vain une solution qui viendrait de l’étranger. D’après lui, certaines parties libanaises pourraient chercher à provoquer des problèmes internes pour pousser les parties régionales et internationales à intervenir directement au Liban. Mais ce projet se heurte à plusieurs considérations.
D’abord, ce n’est pas par hasard que les États-Unis insistent sur leur appui à l’armée libanaise et aux forces de sécurité, allant même jusqu’à solliciter l’aide du Qatar dans ce domaine, notamment au niveau des aides en espèces à l’armée. Pour le diplomate précité, cet intérêt concret à l’égard de l’armée montre un souci réel de la part de l’administration américaine de maintenir un minimum de stabilité sécuritaire au Liban pour empêcher tout dérapage qui pourrait remettre en question le statu quo actuel dans la région. En même temps, les Américains estiment que la conclusion de l’accord sur l’exploitation des ressources gazières et pétrolières constitue d’une certaine façon une garantie de stabilité à la frontière sud du Liban et, sauf imprévu, on peut supposer que cette région se dirige vers une trêve de longue durée.
Certes, la situation économique, sociale et monétaire du pays est dramatique, mais selon le diplomate européen précité, elle ne constitue pas pour l’instant une menace réelle pour la stabilité générale du pays. Si les incidents se multiplient, ainsi que la criminalité et les vols, l’armée et les forces de sécurité restent en mesure d’éviter tout dérapage. De plus, les troubles internes limités ainsi que l’absence de toute perspective de solution contribuent, selon l’approche occidentale, à réduire l’influence du Hezbollah à l’intérieur du pays et favorisent au contraire son isolement politique et populaire. Dans ces conditions, se demande le même diplomate, pourquoi les parties internationales et régionales concernées chercheraient-elles à aider le Liban à sortir de l’impasse actuelle, si les Libanais eux-mêmes ne font rien pour cela ? Tant que la situation reste dans les limites de l’acceptable et que la dérive politique interne du pays ne menace pas la stabilité de la région ni celle de l’Europe, il ne faudrait donc attendre aucune impulsion étrangère, le monde ayant actuellement d’autres soucis. Jusqu’à nouvel ordre, le Liban est donc livré à lui-même, tant qu’il ne constitue pas une menace pour d’autres pays.


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""CERTES, LA SITUATION ECONOMIQUE, SOCIALE ET MONETAIRE DU PAYS EST DRAMATIQUE, MAIS SELON LE DIPLOMATE EUROPEEN PRECITE, ELLE NE CONSTITUE PAS POUR L’INSTANT UNE MENACE REELLE POUR LA STABILITE GENERALE DU PAYS"". Sans nier la gravité de la situation, c’est la bonne manière diplomatique de se laver les mains et de se débarrasser de son devoir envers un pays en faillite, pour qu’on ne l’accuse pas de non-assistance à un pays en danger. MAIS, c’est bien connu, nous faisons profil bas, pour laisser passer le coup, dès lors que la balle est dans notre camp. ""Aidez-nous à vous aider"" était une belle réponse. Peut-on parler véritablement d’abandon à propos du Liban quand on lit que tout un continent l’Afrique, et un immense pays, le Congo, laissé à son sort et son territoire est grignoté pas ses voisins. Donc la sacro-sainte "stabilité" est la priorité des priorités, quel que soit le niveau de vie, puisque de toute façon, rien ne peut se produire de plus grave et que la situation est sous contrôle. Il faut rectifier, non que ""jusqu’à nouvel ordre, le Liban est donc livré à lui-même, tant qu’il ne constitue pas une menace pour d’autres pays"", (ses voisins ?), il restera livré à lui-même, tant qu’il ne constitue une menace pour sa stabilité et sa paix relative, et tant que son territoire n’est pas grignoté par ses voisins.
16 h 57, le 15 janvier 2023