Des Émiratis effectuant une danse traditionnelle à Dubaï, le 27 décembre 2022. Photo Amr Alfiky/Reuters
Khalifa al-Suwaidi enchaîne les candidatures mais peine à décrocher un emploi dans le secteur privé aux Émirats arabes unis, plus habitué à recruter des étrangers que des ressortissants comme lui. Au risque, bientôt, de se voir infliger une amende par les autorités voulant « émiratiser » les entreprises.
« Je postule à des offres depuis pas mal de temps, en vain », raconte ce chercheur en sciences politiques. Selon lui, les recruteurs mettent de côté son CV en supposant que, en tant qu’Émirati, ses prétentions salariales seront trop élevées, calquées sur les normes du public.
Les citoyens des Émirats, un des plus importants exportateurs de pétrole au monde, travaillent dans leur écrasante majorité dans le public. Ne représentant qu’environ un dixième d’une population de plus de neuf millions d’habitants, ils bénéficient des largesses de l’État, fort d’un PIB par habitant d’environ 45 000 euros en 2022, un chiffre similaire au Royaume-Uni et supérieur à la France, selon le Fonds monétaire international.
Quelque 90 % de la main-d’œuvre du secteur privé est actuellement constituée d’expatriés, selon l’Organisation internationale du travail, donc beaucoup de travailleurs pauvres venus d’Asie du Sud-Est et du sous-continent indien.
« Le secteur privé doit être plus ouvert aux Émiratis », estime Khalifa al-Suwaidi, 34 ans, qui regrette que les entreprises ne voient pas les « compétences et l’expertise » acquises par les Émiratis.
En réponse, le gouvernement, qui s’est doté d’un ministère de l’« Émiratisation » (du marché du travail), a décidé de frapper d’amendes, à partir de janvier, les entreprises de plus de 50 salariés si les Émiratis ne composent pas au moins 2 % de leur personnel qualifié. Objectif : que les Émiratis constituent 10 % du secteur privé d’ici à 2026.
Travailler plus, gagner moins
L’échéance du 1er janvier « sera difficile », prédit Hamza Zaouali, fondateur d’une agence de recrutement, qui estime toutefois que le secteur public ne « peut pas » continuer à embaucher à tour de bras. Il faut « s’assurer que l’économie absorbe, forme et travaille de façon continue avec des Émiratis », dit cet expatrié français de Dubaï.
Le taux de chômage des Émiratis est inconnu mais il était de 4,2 % en 2019 à Dubaï, carrefour économique du pays, contre 2,5 % en 2012.
Les autorités affirment que les choses sont en train de changer et qu’en 2022, plus de 14 000 Émiratis sont entrés sur le marché du travail, une hausse importante, disent-elles.
Le gouvernement a par ailleurs annoncé en novembre une prime allant jusqu’à environ 1 800 euros si le salaire mensuel dans le privé est inférieur à 7 700 euros.
Ces politiques « s’inscrivent dans le cadre d’un mouvement plus large dans le Golfe, visant à modifier la dynamique des relations entre l’État et la société », affirme Eman al-
Hussein, chercheuse au centre de réflexion Arab Gulf States Institute. « Les États du Golfe veulent que les citoyens revoient leurs attentes », observe cette spécialiste saoudienne, évoquant, à long terme, « plus d’heures de travail et peut-être des salaires moindres ».
Préparateurs de sandwiches
Du côté des citoyens, le « mécontentement » couve depuis plusieurs années, affirme Mira al-Hussein, chercheuse émiratie à l’université d’Oxford. Selon elle, il est de plus en plus difficile de trouver des postes dans la fonction publique, mais aussi d’être propriétaire ou copropriétaire d’une entreprise, le gouvernement ayant autorisé en 2021 les étrangers à en détenir la totalité du capital (contre 49 % maximum auparavant). « Le tarissement de ces multiples sources (d’emploi) a réduit les options disponibles pour les Émiratis », explique Mira al-Hussein.
Dans un pays où les débats publics sont quasi inexistants, une campagne de la chaîne de restauration rapide Subway invitant les Émiratis à devenir préparateurs de sandwiches, a provoqué l’indignation de nombre d’entre eux sur les réseaux sociaux, poussant même les autorités à ouvrir une enquête. « Le manque d’emplois dans l’administration, la finance ou les professions techniques a mené au métier de “préparateur de sandwiches” (...) Ah, quelle époque ! » a commenté un internaute sur Twitter.
Hashem OSSEIRAN/AFP


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