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Du fiel dans le miel


Les traditions c’est bien beau. Et pourtant on ne sait trop s’il faut se réjouir, s’ébahir ou carrément s’indigner de voir la faune politique locale sacrifier, avec une telle ardeur, à cette trêve des confiseurs scrupuleusement observée un peu partout dans le monde. Institué vers la fin du XIXe siècle en France où s’affrontaient férocement, au Parlement, bonapartistes et républicains, ce charmant rituel s’étalant comme on sait entre les fêtes de Noël et du Nouvel An avait fait alors le bonheur des marchands de sucreries.


La trêve, force est de le reconnaître, c’est bon pour le moral et encore plus pour le commerce, surtout pour un peuple aussi porté sur la fête que le nôtre, pour peu évidemment qu’il en ait encore les moyens. Passé la Nativité, les établissements huppés ne sont pas seuls à s’apprêter à faire salle comble pour le réveillon du 31 décembre. Les pubs de quartier, gargotes et autres bouis-bouis ne sont guère en reste, et nul n’aura sans doute le cœur à rouspéter si le fruste pâté de canard y tient lieu de foie gras et si les bulles qui pétillent dans les coupes ne sont pas signées Dom Pérignon. Résignation, fatalisme ou indomptable vitalité, qui donc saura un jour définir correctement, sans complaisance ni cruauté gratuite, la proverbiale résilience des Libanais?


Mais les dirigeants de ce peuple hors normes, quelle trêve ont-ils diable pu mériter, eux qui à leur poste se sont mis en permanente relâche ? Plutôt que de siéger jour et nuit sans répit pour doter la République d’un président, un Parlement déjà affligé d’une paresse crasse s’est vu donner campo en attendant l’année nouvelle. Les ministres ont déserté leurs départements où d’ailleurs ils ne foutaient pas grand-chose, prenant pour prétexte l’interdiction faite au gouvernement d’expédition des affaires courantes de se réunir formellement. Et funestement perturbatrice s’avère la soudaine intervention, hier, de la Banque du Liban, visant à juguler les folles variations des taux de change sur les marchés parallèles : cela dans un pays pataugeant désespérément dans une crise multiforme et où les prix, totalement incontrôlés, ne font jamais marche arrière.


C’est dire qu’avec cette trêve au goût doux-amer, le vide provisoire, circonstanciel, ne fait que prendre le relais du vide intégral qu’a sciemment entretenu, tout au long de la crise, la mafia au pouvoir. Dans ce vide absolu, les remueurs d’air ne sauraient, dès lors, faire illusion. Tel est bien le cas du chef du Courant patriotique libre que l’on voit – ah ! la noble âme – multiplier subitement les rencontres, publiques ou confidentielles, avec ses adversaires. À ce personnage et à ses sbires qui lui ont succédé à la tête de l’Électricité on doit, en grande partie, l’énorme trou financier qui a happé le pays ; et dans son incommensurable arrogance, c’est encore lui, frétillant et virevoltant sur la scène politique, qui croit pouvoir se poser en catalyseur du salut.


Une paix des braves dans un Liban en perdition serait peut-être trop demander. Mais si on se décidait à inventer, du moins, une trêve des sornettes ?

Issa GORAIEB

[email protected]


Les traditions c’est bien beau. Et pourtant on ne sait trop s’il faut se réjouir, s’ébahir ou carrément s’indigner de voir la faune politique locale sacrifier, avec une telle ardeur, à cette trêve des confiseurs scrupuleusement observée un peu partout dans le monde. Institué vers la fin du XIXe siècle en France où s’affrontaient férocement, au Parlement, bonapartistes et...