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Moyen-Orient - Syrie

Les Kurdes craignent qu’Ankara ne s’empare de leur ville « symbole »

Tandis qu’elle mène depuis dimanche des frappes aériennes contre les zones kurdes dans le Nord-Est syrien, la Turquie a clairement fait savoir que Kobané figure en tête des objectifs d’une offensive terrestre qu’elle menace de déclencher.

Les Kurdes craignent qu’Ankara ne s’empare de leur ville « symbole »

Deux hommes font du thé à l’extérieur d’une boutique dans la ville de Kobané, menacée par la Turquie d’une offensive terrestre, le 24 novembre 2022. Delil Souleiman/AFP

Dans la ville kurde syrienne de Kobané, ciblée par une offensive militaire d’Ankara, Saleh Abdo Khalil montre un « musée » à ciel ouvert : « Daech (acronyme du groupe État islamique) a détruit ces habitations et la Turquie veut détruire le reste de la cité. » En souvenir des sanglants combats qui ont délogé les jihadistes de la ville en janvier 2015, les autorités kurdes ont instauré un cordon autour d’un ensemble de bâtiments détruits, de véhicules calcinés et de débris de missile, qu’ils ont baptisé « musée » de Kobané. Dans cette ville frontalière de la Turquie, la tension est palpable et se lit sur les mines crispées des habitants, même si certains continuent de suivre les matches du Mondial. La plupart d’entre eux avaient fui les combats avec l’EI, avant de revenir progressivement et de reconstruire leurs habitations. « On a combattu l’EI pour le monde entier et, aujourd’hui, le monde ferme les yeux et fait l’autruche face aux bombardements turcs », s’insurge Saleh, un boulanger de 42 ans. Depuis dimanche, Ankara mène des frappes aériennes contre les zones kurdes du nord-est de la Syrie, affirmant viser des positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et de ses alliés des Unités de protection du peuple (YPG), composante dominante des Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition dirigée par les Kurdes et soutenue par les États-Unis. Hier, le président turc Recep Tayyip Erdogan a réaffirmé son objectif d’établir une « ceinture de sécurité d’ouest en est » le long de la frontière sud. Et la Turquie a clairement fait savoir que Kobané, symbole de la victoire des forces kurdes contre l’EI, figure en tête des objectifs d’une offensive terrestre qu’elle menace de déclencher. Cette région est la dernière à échapper au contrôle de l’armée turque déployée depuis 2019 le long de la frontière en territoire syrien.La nouvelle campagne de raids aériens lancée par la Turquie est intervenue une semaine après un attentat qui a fait six morts à Istanbul le 13 novembre, imputé par Ankara aux Kurdes. La Turquie a affirmé que l’attentat avait été commandité de Kobané, mais les Kurdes ont nié toute responsabilité. Les bombardements turcs ont ensuite visé d’autres régions, notamment la province de Hassaké (Nord-Est), bastion des FDS. Le président turc, qui compte déclencher « le moment venu » une offensive terrestre, a en ligne de mire les localités syriennes de « Tall Rifaat, Manbij, Aïn el-Arab (Kobané en kurde) », afin de compléter sa zone de sécurité de 30 km de large le long de la frontière méridionale.

Briser la volonté des Kurdes

« La situation à Kobané est mauvaise et les gens ne dorment pas la nuit », craignant que « la ville soit bombardée à tout moment », déclare Nabo Jumaa Ramadan, qui a ouvert une supérette dans la ville après être rentré du Liban voisin en 2019. « Kobané est un symbole pour les Kurdes; elle a vaincu l’EI », assure-t-il fièrement. Selon lui, le président turc souhaite « briser la volonté des Kurdes dans la ville ». « Si Kobané tombe, tout le Rojava tombera », prévient-il, en utilisant le nom donné par les Kurdes aux régions qu’ils contrôlent en Syrie.

Jeudi, malgré la crainte d’une intervention terrestre, aucune mobilisation militaire n’était visible dans les rues de Kobané. Seule une voiture civile munie d’un haut-parleur sillonnait le centre-ville, appelant à prendre part à une manifestation contre les bombardements turcs. De plusieurs quartiers de Kobané, des drapeaux turcs sont visibles à la frontière. Sur une colline proche, qui abrite un poste des soldats du régime syrien, on distingue également les drapeaux syrien et russe. « Nous avons peur des bombes. Nous sommes pauvres, sans biens ni terres », affirme Amina Youssef, une femme de 65 ans, devant sa maison. « On n’a que cette maison. Que veut la Turquie ? On ne sait pas quoi faire », ajoute-t-elle, désemparée. Dans une boutique de la ville, Cherwan Hami, 39 ans, est assis près d’un radiateur, à l’abri de la pluie. « On est revenu il y a des années, on a commencé à reconstruire nos maisons. La ville et les marchés ont prospéré, et les gens ont repris le travail, raconte-t-il. Mais c’est la guerre à nouveau, on vit une nouvelle fois sous les bombes. »

Une rencontre entre Erdogan et Assad ?

M. Erdogan avait déjà menacé d’attaquer Kobané et d’autres zones sous contrôle kurde. En 2019, les États-Unis et la Russie étaient intervenus pour empêcher Ankara de mener une attaque de grande ampleur. Moscou avait facilité le retrait des forces kurdes, qu’Ankara taxe de « terroristes », de Kobané, leur ancien bastion, au-delà de la zone tampon de 30 kilomètres à partir de la frontière turque. Jeudi, le ministre turc de la Défense Hulusi Akar s’est successivement entretenu avec l’ambassadeur américain et son homologue russe dont les deux pays avaient appelé Ankara à la « retenue ». Washington avait appelé mercredi soir à « une désescalade immédiate dans le nord de la Syrie », se disant « profondément préoccupé par les récentes actions militaires qui déstabilisent la région, menacent notre objectif commun de lutte contre l’État islamique et mettent en danger les civils et le personnel américain », selon le département d’État américain. De son côté, a rapporté la chaîne de télévision privée NTV, M. Akar a rappelé à ses interlocuteurs l’accord passé en 2019 entre la Turquie, les États-Unis et la Russie. Ces derniers mois, la Turquie a infléchi sa position à l’égard de Damas. Plus tôt dans la semaine, M. Erdogan avait jugé « possible » une rencontre avec son homologue syrien, Bachar el-Assad. Soutien des groupes rebelles opposés au régime de Damas depuis le début de la guerre en Syrie, le président turc, interrogé par un journaliste sur l’éventualité d’une entrevue avec le dirigeant syrien, avait déclaré : « C’est possible. Il n’y a pas de place pour le ressentiment en politique. » M. Erdogan, qui qualifiait encore en mai le régime d’Assad de « meurtrier », a indiqué que cette rencontre aurait lieu une fois les « conditions » réunies.

Source : AFP


Dans la ville kurde syrienne de Kobané, ciblée par une offensive militaire d’Ankara, Saleh Abdo Khalil montre un « musée » à ciel ouvert : « Daech (acronyme du groupe État islamique) a détruit ces habitations et la Turquie veut détruire le reste de la cité. » En souvenir des sanglants combats qui ont délogé les jihadistes de la ville en janvier 2015, les...

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