Trente-huit enfants russes majoritairement orphelins ont été rapatriés hier de Syrie. Delil Souleiman/AFP
La France et la Russie ont procédé jeudi à un nouveau rapatriement d’enfants et de femmes qui avaient rejoint les territoires contrôlés par les organisations jihadistes pendant l’existence du califat territorial de l’État islamique.
Quinze femmes et 40 enfants qui étaient retenus dans les camps de prisonniers jihadistes dans le nord-est de la Syrie contrôlés par les forces kurdes sont arrivés à Villacoublay, près de Paris. Il s’agit de la plus grosse opération de rapatriement de ce type depuis trois mois, quand 16 mères et 35 mineurs avaient été rapatriés le 5 juillet. Entre-temps, une femme et ses deux enfants avaient été ramenés début octobre.
« Les mineurs ont été remis aux services chargés de l’aide à l’enfance et feront l’objet d’un suivi médico-social. Les adultes ont été remises aux autorités judiciaires compétentes », selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Parmi les mineurs se trouvent 7 orphelins ou enfants isolés, a précisé dans un communiqué le parquet national antiterroriste (PNAT). Les femmes sont, pour leur part, âgées de 19 à 42 ans. Trois d’entre elles qui étaient visées par un mandat d’arrêt vont être présentées à un juge d’instruction antiterroriste en vue de leur inculpation, tandis que les 12 autres, qui faisaient l’objet d’un mandat de recherche, ont été placées en garde à vue.
Ces femmes font partie de ces Françaises qui s’étaient rendues volontairement dans les territoires contrôlées par les groupes jihadistes en zone irako-syrienne et qui ont été capturées lors de la chute de l’organisation de l’État islamique en 2019. Les enfants sont pour nombre d’entre eux nés sur place.
Le porte-parole du gouvernement français, Olivier Véran, a déclaré sur la chaîne LCI qu’il restait « encore quelques dizaines d’autres enfants à rapatrier ». « Il y aura quelques mouvements de rapatriement collectifs. Cela se fait progressivement », a-t-il dit.
Le sujet est sensible en France, frappée à plusieurs reprises par des attentats jihadistes, et particulièrement ceux du 13 novembre 2015 à Paris et en banlieue parisienne qui ont fait 130 morts. Face à l’hostilité de l’opinion publique, la France a longtemps procédé à des rapatriements mesurés, décidés au cas par cas.
Mais le 14 septembre, la Cour européenne des droits de l’homme, saisie par les parents de deux de ces femmes, a condamné la France pour ne pas avoir étudié de manière appropriée ces demandes. Après cela, le ministère des Affaires étrangères s’était dit prêt à « envisager » de nouveaux rapatriements « chaque fois que les conditions le permettraient ». En juillet, les autorités chargées de la lutte antiterroriste avaient indiqué qu’il restait une centaine de femmes et près de 250 enfants dans les camps syriens.
Une quarantaine d’enfants russes
Parallèlement, les autorités kurdes en Syrie ont remis jeudi à une délégation russe trente-huit enfants russes de jihadistes de l’EI. « Trente-huit enfants majoritairement orphelins ont été remis à une délégation russe », a indiqué Khaled Ibrahim, un responsable de l’administration kurde, lors d’une conférence de presse à Qamichli dans le nord-est de la Syrie en guerre.
Ces enfants ont été transférés des camps d’al-Hol et de Roj, administrés par les autorités kurdes, vers l’aéroport de Qamichli, sous contrôle du régime, où ils ont embarqué à bord d’un avion sous haute surveillance sécuritaire russe.
L’administration autonome kurde contrôle une grande partie du nord-est de la Syrie, pays morcelé en raison de la guerre déclenchée en 2011. Elle détient des milliers de combattants jihadistes dans ses prisons et des dizaines de milliers de membres de leurs familles dans des camps. Depuis qu’elles ont défait l’EI en 2019 avec l’aide d’une coalition dirigée par les États-Unis, les forces kurdes réclament le rapatriement des familles de jihadistes dans leurs pays d’origine.
Près de 4 500 Russes ont combattu aux côtés de l’EI, et la Russie a été parmi les premiers pays à organiser des rapatriements depuis la Syrie et l’Irak voisin. Au moins 341 enfants russes de jihadistes, dont de nombreux orphelins, ont été rapatriés depuis 2018.
Source : AFP


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