Le siège historique de la Monte dei Paschi, à Sienne (Italie), le 8 mars 2019. Marco Bertorello/Archives AFP
La banque italienne Monte dei Paschi di Siena (MPS), la plus vieille de la planète, jouait hier son va-tout en lançant une augmentation de capital de 2,5 milliards d’euros dans un marché volatil aux prises avec l’inflation et les craintes de récession. « L’opération est entièrement garantie », avait assuré son PDG Luigi Lovaglio jeudi après avoir obtenu in extremis les garanties nécessaires des investisseurs et des banques en vue de la souscription. Cette augmentation de capital cruciale vise à renforcer les fonds propres de MPS, fondée en 1472 à Sienne en Toscane, et à financer son plan stratégique, dont 3 500 départs volontaires. Après avoir gagné jusqu’à 7,56 % peu après l’ouverture, le titre est reparti à la baisse à la Bourse de Milan, perdant 2,67 % à 2,008 euros hier après-midi, dans un marché en hausse de 2,07 %. L’action avait plongé de 42,11 % vendredi et sa capitalisation avait fondu à 99,2 millions d’euros.
Maillon faible du système bancaire italien, MPS a enchaîné les augmentations de capital ces dernières années. En quatorze ans, 23,5 milliards d’euros ont été levés, de l’argent parti en fumée. « La situation de Monte dei Paschi est celle d’un trou sans fond, mais en raison de responsabilités politiques, et non économiques ou financières », a commenté hier Lando Sileoni, secrétaire général du syndicat des employés du secteur bancaire (FABI). Au bord d’une faillite retentissante, MPS avait été renflouée en 2017 par l’État à hauteur de 5,4 milliards d’euros. Devenu ainsi son principal actionnaire (64,23 %), l’État apportera 1,6 milliard d’euros à l’augmentation de capital à concurrence de sa part. 900 millions d’euros doivent être levés auprès d’investisseurs privés conformément aux exigences de la Commission européenne en matière d’aides d’État.
Recherche de partenaires
L’assureur français AXA, partenaire commercial de MPS, devrait devenir le premier souscripteur privé avec une contribution pouvant atteindre « jusqu’à 200 millions d’euros ». « Le montant exact final dépendra de la demande des investisseurs », a déclaré hier son directeur général adjoint Frédéric de Courtois. AXA avait racheté en 2007 une partie des activités d’assurance de la banque italienne pour 1,1 milliard d’euros et a pris parallèlement une part au capital de MPS. Depuis, AXA a investi 800 millions d’euros au capital de Monte dei Paschi. Sa participation, initialement de 3,7 %, a été fortement diluée : elle est désormais de 0,1 %, victime des augmentations de capital successives de MPS.
Un consortium de huit banques s’est engagé à prendre en charge des actions non souscrites jusqu’à concurrence de 807 millions d’euros.
Une fois l’augmentation de capital en poche, la banque de Sienne devrait poursuivre sa longue quête d’un partenaire en vue d’un mariage permettant à l’État de sortir de son capital comme convenu avec l’UE. Une ancienne prétendante, la deuxième banque italienne UniCredit, avait jeté l’éponge en octobre 2021, jugeant que la dot promise par l’État en échange d’une reprise de MPS, estimée à 7 milliards d’euros, n’était pas suffisante.
Futur choix de Meloni
Fratelli d’Italia (FdI), le parti postfasciste de Giorgia Meloni, vainqueur des législatives du 25 septembre, avait réclamé à l’époque un « report de la privatisation » pour éviter « des coûts très élevés pour l’État et les épargnants ». Si l’économiste de FdI Maurizio Leo s’est depuis déclaré confiant en la capacité de M. Lovaglio à mener à bien l’augmentation de capital, la future politique de ce parti nationaliste en la matière reste une inconnue. Banco BPM, troisième groupe bancaire en termes d’actifs, n’exclut pas une fusion avec MPS une fois recapitalisée et restructurée. Mais une telle fusion « n’est pas sur la table pour le moment », a clarifié fin septembre son PDG Giuseppe Castagna.
Le chemin est encore long. Le ratio de fonds propres CET1, qui mesure la solidité financière, devrait passer à 14,2 % fin 2024 (contre 10,8 % fin juin), mais reste en dessous de la moyenne des banques italiennes, a prévenu la BCE. Ce fossé risque certes d’être un obstacle dans la quête d’un repreneur, mais Luigi Lovaglio est un expert en fusions-acquisitions. Ancien PDG de Creval, il avait négocié en 2021 le rachat de cette banque régionale par le groupe français Crédit agricole.
Source : AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine