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Politique - Parlement

Présidentielle libanaise : qui a voté pour qui ?

Le vote blanc et Michel Moawad se sont imposés comme les deux « stars » de la première séance électorale. 

Présidentielle libanaise : qui a voté pour qui ?

Le Parlement réuni le 29 septembre 2022 pour la première séance électorale, place de l’Etoile. Photo Mohammad Yassine

« Tu brigues le poste ? » Sur un ton badin qu’il maîtrise mieux que personne, le président de la Chambre, Nabih Berry, répond à son second, Élias Bou Saab, lorsque ce dernier pose la question de savoir si la Constitution stipule clairement que le président de la République doit être maronite. La séance électorale vient de s’ouvrir. Quelques minutes plus tard, le chef des Kataëb, Samy Gemayel, s’interroge ironiquement sur le quorum requis pour la tenue de toutes les séances. Les deux députés connaissent sans doute les réponses, évidentes, à leurs questions. Mais si l’ambiance est aussi bon enfant à la Chambre, c’est parce que les élus savent très bien que cette première séance consacrée à l’élection d’un nouveau président ne débouchera pas sur le nom du successeur de Michel Aoun. « Ce n’est qu’un entraînement », reconnaît d’ailleurs Camille Chamoun, député du Parti national libéral.

Décompte final
C’est donc un exercice de pure forme qui s’est déroulé jeudi en présence de 122 députés sur 128, sachant que le quorum requis pour l’ouverture de la séance est les deux tiers de la Chambre (86), une jurisprudence que plusieurs constitutionnalistes contestent puisqu’elle ne figure pas dans la Loi fondamentale. Le même chiffre est exigé pour que le chef de l’État soit élu dès le premier tour, comme le stipule l’article 49 de la Constitution. Mais aucun des candidats dont les noms ont été glissés dans l’urne n’a pu atteindre ce score. Les votes des 122 parlementaires se sont répartis comme suit :
– 63 votes blancs
– 36 voix à Michel Moawad, député de Zghorta.
– 11 voix à Salim Eddé, cofondateur de la société Murex et actionnaire de L’Orient-Le Jour.
– 10 des 12 voix restantes ont été accordées au « Liban ». Les deux autres ont été réparties entre la militante iranienne Mahsa Amini (morte le 16 septembre à l’hôpital, trois jours après son arrestation à Téhéran par la police des mœurs pour non-respect du code vestimentaire strict pour les femmes en République islamique d’Iran) et « la ligne politique de (l’ancien Premier ministre) Rachid Karamé », assassiné en juin 1987.

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Le 8 Mars vote blanc
Du côté du camp au pouvoir, le vote blanc a clairement été le maître mot, le Hezbollah ne s’étant pas prononcé en faveur d’un candidat bien défini. Les 15 députés du parti de Hassan Nasrallah ont voté blanc. Idem pour leurs 15 collègues relevant du mouvement Amal. De même, le bloc du Liban fort – comprenant les 17 députés du Courant patriotique libre et les trois parlementaires arméniens du Tachang – s’est conformé aux directives du chef du parti, Gebran Bassil, perçu comme un candidat naturel, et a voté blanc. Ce sont surtout les quatre députés relevant du Rassemblement national indépendant qui ont créé la surprise. Le groupe rassemble Tony Frangié, fils du leader des Marada Sleiman Frangié, un des plus sérieux présidentiables, ainsi que ses collègues Michel Murr, Farid el-Khazen et William Tok. Contrairement aux attentes, ce bloc n’a pas voté Frangié, mais a opté pour le vote blanc.

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Le parti de Dieu a également poussé plusieurs de ses alliés, comme Hassan Mrad (Békaa-Ouest) et Jamil Sayed (Baalbeck-Hermel), à faire le même choix. Idem pour Taha Naji et Adnan Traboulsi, les deux représentants des Ahbache (prosyriens) à la Chambre.

L’opposition partagée entre Michel Moawad et Salim Eddé
Du côté de l’opposition, la majorité des composantes de ce camp ont réussi un premier test d’unité derrière Michel Moawad qui a obtenu 36 voix, dont 18 des Forces libanaises (sur 19, Sethrida Geagea ne s’étant pas rendue à la place de l’Étoile). On a d’ailleurs entendu le numéro deux du parti, Georges Adwan, s’adresser au député de Zghorta en l’appelant « président ». M. Moawad a également obtenu les voix de trois des quatre députés Kataëb, Salim Sayegh ayant manqué le rendez-vous. D’ailleurs, M. Moawad avait été reçu au siège des Kataëb juste avant la séance. Il est entré à l’hémicycle entouré du bloc parlementaire de ce parti. Le député zghortiote a également récolté les voix des huit parlementaires joumblattistes. Il faut bien évidemment ajouter les voix du bloc du Renouveau, dont M. Moawad fait partie aux côtés d’Achraf Rifi et de Adib Abdel Massih. En soustrayant Fouad Makhzoumi qui se trouve à l’étranger.
Pour leur part, les députés de la contestation – dont 11 des 13 ont répondu à la convocation de Nabih Berry – n’ont pas surfé sur la vague Moawad, lui préférant l’homme d’affaires Salim Eddé. « Michel Moawad n’avait pas de chances d’être élu. De plus, nous voulons élire une personnalité qui ne fasse pas partie de la classe politique traditionnelle », explique Rami Fanj à L’OLJ. Les élus de la contestation ont en effet multiplié les réunions avec les différents blocs politiques pour arriver à un compromis présidentiel autour d’un « candidat de sauvetage ». S’alignant sur cette thèse, Paula Yacoubian confie à L’OLJ que Salah Honein, ex-député de Baabda et dont le nom a circulé dans la journée de mercredi, a demandé au groupe des treize de ne pas voter pour lui.Reste à savoir comment ont été répartis les 12 votes restants : dix ont été attribués au « Liban » de la part du bloc des députés du Akkar, ainsi que d’indépendants à l’instar de Nabil Badre, Ghassan Skaff et Jamil Abboud. Quant à Abdel Karim Kabbara, député indépendant de Tripoli, il a écrit « la ligne politique de Rachid Karamé » sur son bulletin.

Le défaut de quorum
Après ce premier tour non abouti, les parlementaires du tandem chiite Hezbollah-Amal se sont retirés de la Chambre. Ils ont été suivis par les FL, le CPL et le Parti socialiste progressiste. Face à ce défaut de quorum, M. Berry a été contraint de lever la séance sine die. Pour fixer une prochaine date, le président du Parlement attend l’entente élargie, comme l’a fait savoir son bras droit Ali Hassan Khalil. « Tous les groupes doivent se concerter et s’accorder autour d’un candidat », a-t-il lancé à la sortie de la séance. D’ici là, les composantes de l’opposition vont œuvrer à consolider leur entente. « Il est évident que personne ne peut gagner cette bataille seul », a estimé Samy Gemayel, appelant à « l’unité de l’opposition afin de pouvoir faire face à l’autre camp », en référence au Hezbollah et ses alliés. À Meerab, l’heure est à la campagne en faveur de Michel Moawad, indique Camille Chamoun, sans pour autant barrer la voie à une entente autour d’un autre candidat.

De son côté, Michel Moawad commence à tracer les grandes lignes de son programme. « Je représente le choix de la souveraineté et des réformes », a-t-il dit. « Me choisir, c’est choisir de relier le Liban au monde arabe et à la communauté internationale. Sans la légitimité qu’ils peuvent nous accorder, il n’y aura pas de sauvetage ni de soutien du Fonds monétaire international », a-t-il lancé à sa sortie d’une séance dont il a été la vedette. Le parlementaire a ensuite annoncé « tendre la main au reste de l’opposition, notamment les députés de la contestation, et ceux qui ont voté pour “le Liban” ». « Si nous ne nous unissons pas, il n’y aura pas d’opportunité de sauvetage », a-t-il plaidé. 


« Tu brigues le poste ? » Sur un ton badin qu’il maîtrise mieux que personne, le président de la Chambre, Nabih Berry, répond à son second, Élias Bou Saab, lorsque ce dernier pose la question de savoir si la Constitution stipule clairement que le président de la République doit être maronite. La séance électorale vient de s’ouvrir. Quelques minutes plus tard, le chef des Kataëb,...

commentaires (10)

Déroutant est le comportement de tous ces opposants qui peinent à trouver un accord honorable pour gagner la bataille et même la guerre contre ces vendus qui eux sont toujours d’accords sur tout et unis pour les déstabiliser. A ce stade ils auraient dû être déjà en mesure de convaincre tout récalcitrant et à convaincre quelques membres du camp adverse à se rallier à eux en secret pour changer la donne. Certains cadres et des adhérents du CPL et du 8 mars ne sont pas d’accords avec la politique menée par leurs leaders vendus et se feraient un plaisir de changer de camp si les opposants se montrent crédibles et honnêtes envers le pays et ses citoyens pour gagner cette guerre et sauver le pays. Pourquoi n’avoir jamais ratisser large en allant convaincre des hésitants pour les rallier à leur cause afin de créer la surprise et de libérer notre pays? Pour ça il faut déjà qu’ils soient indivisibles et solides face aux fossoyeurs qui s’ils continuent dans cette voie n’en feraient qu’un vague souvenir honteux pour le pays.

Sissi zayyat

11 h 28, le 01 octobre 2022

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Commentaires (10)

  • Déroutant est le comportement de tous ces opposants qui peinent à trouver un accord honorable pour gagner la bataille et même la guerre contre ces vendus qui eux sont toujours d’accords sur tout et unis pour les déstabiliser. A ce stade ils auraient dû être déjà en mesure de convaincre tout récalcitrant et à convaincre quelques membres du camp adverse à se rallier à eux en secret pour changer la donne. Certains cadres et des adhérents du CPL et du 8 mars ne sont pas d’accords avec la politique menée par leurs leaders vendus et se feraient un plaisir de changer de camp si les opposants se montrent crédibles et honnêtes envers le pays et ses citoyens pour gagner cette guerre et sauver le pays. Pourquoi n’avoir jamais ratisser large en allant convaincre des hésitants pour les rallier à leur cause afin de créer la surprise et de libérer notre pays? Pour ça il faut déjà qu’ils soient indivisibles et solides face aux fossoyeurs qui s’ils continuent dans cette voie n’en feraient qu’un vague souvenir honteux pour le pays.

    Sissi zayyat

    11 h 28, le 01 octobre 2022

  • Vous avez cité 58 personnes qui ont voté blanc. Qui sont les 5 autres?

    Naji KM

    21 h 55, le 30 septembre 2022

  • Quelle mascarade !!!

    Elias

    12 h 17, le 30 septembre 2022

  • Au fait, Tracy Chamoun ??

    Zoulou

    22 h 09, le 29 septembre 2022

  • QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE VOTER POUR LE POULIN DU HEZBOLLAH OU POUR UN QUI N’A AUCUNE CHANCE COMME L’ONT FAIT LES TREIZE NOUVEAUX STARS, OU VOTER BLANC ? MOI JE DIS AUCUNE. IL FAUT ÊTRE HONNÊTE ET VOTER DIRECTEMENT POUR LE MERCENAIRE DU HEZBOLLAH.

    Gebran Eid

    21 h 39, le 29 septembre 2022

  • Quand à Michel Moawad, il est souhaitable qu'il soit très actif dès lors que son nom a bien figuré ce matin. Il ferait bien de clarifier son programme devant les médias, et contacter les chefs de partis, même ceux qui sont hésitants à l'appuyer. Mais, il semble que ses positions claires font craindre plus d'une partie quand à son élection.

    Esber

    18 h 44, le 29 septembre 2022

  • Soyons raisonnables, le président ne peut pas faire des miracles, mais, au moins, un président de consensus peut agir pour trouver un consensus entre toutes les factions, tout en modérant les attitudes des uns envers les autres, ayant tous en principe l'intérêt national comme but. Un président qui ne présente aucun défi pour aucune partie. Non partisan, plutôt rassembleur autour de la légalité. Il faudrait penser à voter pour Salah Honein, sans crainte, ni hésitation. Quand à Michel Moawad,

    Esber

    18 h 38, le 29 septembre 2022

  • QUI DIT QUE LE PRESIDENT DOIT ETRE MARONITE ? ASSEZ DE DOMMAGES AU PAYS ONT FAIT LES PYGMEES INCOMPETENT ET VENDUS DE LA BERGERIE DE RAI. - TOUT CHRETIEN, ET J,AURAIS PREFERE DIRE TOUT TECHNOCRATE PATRIOTE LIBANAIS DONT L,EMBLEME EST LEBNEN AWALAN SERAIT UN BON PRESIDENT QUELLE QUE SOIT SA CROYANCE RELIGIEUSE.

    LA LIBRE EXPRESSION.

    18 h 24, le 29 septembre 2022

  • Honte à eux… des animaux de cirques ! Et pendant ce temps la, le peuple se meurt … L’Histoire se souviendra d’eux comme les pires politiciens …

    M./Mme. Sophie Julien

    18 h 21, le 29 septembre 2022

  • Au moins FL, Kataëb, bloc Rifi - Makhzoumi, et bloc PSP mais eux probablement par intérêt en sachant pertinemment que l'élection n'aboutirait pas, ont voté pour un seul candidat, qui s'est retrouvé avec une majorité relative de 36 députés. Les 13 petits nouveaux ont visiblement manqué le coche en votant à l'improviste pour un candidat qui n'a même pas annoncé son intention de se présenter. Il faut maintenant initier une campagne populaire massive en faveur de Michel Moawad qui poussera les électeurs des 13 petits nouveaux à faire pression sur leurs élus. Une fois gagné le soutient des 13 nouveaux, si on les ajoute aux 36 voix patriotes + 4 absents qui ont ou pour les absents auraient certainement voté Moawad, cela fait 53 voix. On n'est plus loin des 65. Restera à gagner la dizaine de haririens (sans trop y croire) mais s'ils refusent leurs électeurs risquent de ne pas leur pardonner, et à maintenir les joumblattistes dans le bon camp, mais pareil s'ils se retournent vers le 8 mars leurs électeurs risquent de ne pas le leur pardonner. Mais si les 13 nouveaux s'obstinent dans leur nombrilisme alors sûrement haririens et joumblattistes feront défection "la conscience tranquille".

    Citoyen libanais

    18 h 06, le 29 septembre 2022

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