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Collections de zéros


Entre sanglante répression en Iran, résurrection du fascisme en Italie et cauchemars nucléaires provoqués par la guerre en Ukraine, c’est une brève mais salutaire escapade dans le domaine des étoiles qu’a voulu offrir au monde la NASA.


Oh, rien de comparable cette fois à l’exploit de Neil Armstrong marchant sur la lune. Couronné de succès lundi, ce test inédit visait néanmoins à épargner à notre planète le spectre d’une apocalyptique collision avec un astéroïde fou. L’opération tenait tout à la fois du jeu de fléchettes et du billard carambole. Le vaisseau-suicide, d’ailleurs baptisé Dart, fonçait depuis dix mois dans le vide et après avoir abattu des millions de kilomètres, il a fini par percuter sa cible : un gros caillou inoffensif servant de cobaye et qu’il forçait ainsi (du moins y compte-t-on !) à dévier de sa trajectoire. Les générations futures peuvent donc respirer, le ciel ne leur tombera probablement pas sur la tête comme ce fut le cas pour les infortunés dinosaures.


Passée cette fugue dans les altitudes sidérales, il faut bien toutefois remettre les pieds sur terre. Et si les calculs des ingénieurs de la NASA atteignent des dimensions littéralement astronomiques, c’est avec une profusion de nombres nuls que les apprentis jongleurs qui nous gouvernent espèrent faire illusion. Onze mille milliards de livres : tel est le déficit qu’accuse le budget libanais pour l’année en cours, bâclé avec huit mois de retard par un gouvernement brouillon et voté lundi par un Parlement par trop complaisant. Onze mille fois un milliard, pensez donc, cela fait effectivement une sacrée quantité de zéros, même si du fait d’une vertigineuse dépréciation, il ne s’agit là en somme que de monnaie de singe. L’ennui est cependant qu’à moins d’une fort hypothétique injection de devises que nous consentirait le Fonds monétaire international, c’est la planche à billets qui devrait s’emballer pour combler le trou, accélérant d’autant la dépréciation. Et rendant le singe plus singe encore.


Un budget défectueux est tout de même mieux que pas de budget du tout : minable, à leur propre image, est cette ode à l’incurie entonnée sur-le-champ, à l’unisson, par ceux qui ont imaginé, parrainé ou endossé le scandaleux ouvrage. Le temps n’est plus, c’est vrai, où un ministre libanais particulièrement infatué choisissait le forum économique de Davos, où il s’était imprudemment égaré, pour enseigner au monde comment gouverner un pays sans s’embarrasser d’une quelconque balance des recettes et dépenses. Mais fait-on vraiment mieux aujourd’hui, fera-t-on mieux pour l’exercice 2023 attendu de pied ferme par le FMI ?


Taux de change baignant dans le flou, absence totale de réformes fiscales et taxes à l’envi, dont pâtira surtout une population déjà dessaisie et appauvrie : de toutes les failles relevées par les spécialistes financiers, la plus effarante peut-être est cet entêtement à dépenser ce que l’on ne possède même pas. Il y a quelques années, et par pur populisme et intérêts électoraux, était décrétée une ambitieuse échelle des salaires au bénéfice des fonctionnaires, le financement en étant confié à la Providence. Or voilà que l’on vient de récidiver, sans encore savoir comment s’acquitter de la facture et juguler l’inflation : cela, de surcroît, à un moment où s’impose au contraire le dégraissage massif d’une administration infestée de parasites par la grâce du clientélisme. Fort bienvenue en ces temps de crise (bien méritée surtout) serait aussi une réduction sensible des traitements et indemnités, souvent somptuaires, que perçoivent présidents, ministres et députés.


On notera pour finir que le vote du budget aura vite porté le président Nabih Berry à convoquer pour demain jeudi l’Assemblée en collège électoral. L’élection rapide d’un nouveau président de la République est loin d’être acquise pour autant, si fortement ancrée dans nos mœurs est désormais la pratique délibérée du torpillage de quorum. Un budget, un président, on reste platement, pour l’heure, en compagnie de fantômes.

Issa GORAIEB

[email protected]


Entre sanglante répression en Iran, résurrection du fascisme en Italie et cauchemars nucléaires provoqués par la guerre en Ukraine, c’est une brève mais salutaire escapade dans le domaine des étoiles qu’a voulu offrir au monde la NASA. Oh, rien de comparable cette fois à l’exploit de Neil Armstrong marchant sur la lune. Couronné de succès lundi, ce test inédit visait néanmoins...