Rechercher
Rechercher

Économie - Politique monétaire

La Banque d’Angleterre hausse son taux directeur, au plus haut depuis 2008

La Banque d’Angleterre hausse son taux directeur, au plus haut depuis 2008

Le siège de la Banque d’Angleterre à Londres. Photo AFP

La Banque d’Angleterre (Bank of England, ou BoE) a annoncé jeudi une hausse marquée de son taux directeur. Le comité de politique monétaire de la BoE (désigné par l’acronyme MPC) était partagé : sur neuf membres, « cinq ont voté pour une hausse de 0,50 point », faisant donc passer le taux de 1,75 % à 2,25 %, a expliqué la BoE dans un communiqué très anticipé. Le taux directeur britannique atteint ainsi son plus haut niveau en près de 14 ans, ou plus précisément depuis fin 2008, lorsqu’elle l’avait fait passer de 3 à 2 % dans le sillage de la crise financière mondiale qui avait éclaté à partir de 2007.

Lors de son annonce, le MPC a aussi estimé que l’inflation britannique allait connaître un pic en octobre d’un peu moins de 11 %, contre 13 % prévus jusqu’à présent.

Hausses du côté de la Fed et de la BCE

Outils de politique monétaire, les taux directeurs sont ceux fixés au jour le jour par une banque centrale pour prêter de l’argent aux banques commerciales qu’elle régule, mais aussi pour rémunérer les dépôts que ces banques effectuent auprès d’elle. Dans une situation de forte inflation, la hausse de ces taux permet de ralentir la création monétaire qui l’alimente, étant donné que les banques auront plus intérêt à déposer leur argent auprès de leur banque centrale plutôt que de l’injecter dans l’économie en accordant des prêts ou en faisant des investissements.

Or, depuis la fin des confinements liés au Covid-19 et le début de la guerre en Ukraine qui a éclaté fin février, l’économie mondiale est pénalisée par une forte inflation qui devrait atteindre 8,3 % cette année selon le Fonds monétaire international. Ce qui explique en partie pourquoi plusieurs banques centrales se sont résolues à augmenter leurs taux à des rythmes différents.

Ainsi, la BoE a débuté ses hausses de taux fin 2021, plus tôt que la plupart des autres grandes banques centrales, mais elle agit en septembre moins vite que la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine (Fed). Cette dernière a en effet relevé mercredi soir ses taux de 0,75 point de pourcentage, soit la troisième hausse consécutive de cette ampleur, et son président, Jerome Powell, s’est montré déterminé à poursuivre ce resserrement rapide pour contrer l’inflation. Le 8 septembre, la BCE avait elle aussi augmenté ses trois taux directeurs (les taux d’intérêt des opérations principales de refinancement, de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt) de 0,75 point de base (soit à 1,25 %, 1,50 % et 0,75 %), marquant ainsi une première dans l’histoire de l’euro. Dans un discours à Francfort mardi, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a assuré que l’institution « pourrait devoir remonter ses taux d’intérêt à un niveau tel qu’ils ralentiront l’activité économique dans la zone euro afin de parvenir à maîtriser une inflation trop élevée ».

Hésitations des banquiers centraux

La division des membres du MPC au Royaume-Uni reflète, quant à elle, les hésitations des banquiers centraux à travers le monde, qui peinent à lutter contre l’inflation, provoquée notamment par la flambée des cours de l’énergie depuis le début de la guerre en Ukraine, mais craignent aussi de plomber l’économie mondiale à la peine avec leurs tours de vis monétaires.

Dans les dernières 24 heures, outre la Fed, la banque centrale suisse a relevé ses taux de 0,75 point tandis que la Banque de Norvège s’est contentée comme la BoE d’une hausse de 0,5 point. Mais l’institut monétaire japonais a quant à lui maintenu sa politique monétaire ultrasouple, même si le gouvernement a annoncé intervenir sur le marché des changes pour soutenir le yen. Enfin, la banque centrale turque a abaissé jeudi son principal taux directeur pour le deuxième mois consécutif, de 13 % à 12 %, la livre turque atteignant au même moment son plus bas niveau historique par rapport au dollar. Au Liban, l’instrument des taux est inopérant, vu que l’activité de prêt est à l’arrêt en raison de la crise, entre autres facteurs.

Contexte britannique incertain

À noter enfin que la hausse des taux directeurs au Royaume-Uni a été actée dans un contexte particulier. L’incertitude est en effet particulièrement élevée en raison des annonces budgétaires attendues vendredi du nouveau gouvernement de la Première ministre conservatrice Liz Truss, retardées par les funérailles d’Elizabeth II. La révision à la baisse par la BoE du pic de l’inflation est due au projet de gel du prix de l’énergie envisagé dans le cadre de ce « minibudget ». Pour l’instant, après le pic d’octobre, « la hausse des prix de l’énergie devrait maintenir l’inflation au-dessus de 10 % pour les mois à venir » avant de reculer, a encore spéculé la BoE.

Les membres du MPC qui étaient en faveur d’une hausse plus marquée et auraient voulu voir la BoE emboîter le pas de la Fed et de la Banque nationale suisse avec un relèvement de 0,75 point admettent que le plafond sur le prix de l’énergie va tempérer à court terme l’inflation et aider les ménages, mais il risque de nourrir la demande et les dépenses des consommateurs et donc la hausse des prix à plus long terme. « Monter les taux plus vite maintenant aiderait à ramener l’inflation vers son objectif à moyen terme et réduirait le risque d’un cycle plus long et plus coûteux » de relèvements ultérieurs, ont-ils défendu, selon les minutes de leur réunion de mercredi, dont la décision a été annoncée jeudi.

Mais monter les taux pèse également sur l’économie britannique, alors que la BoE laisse entendre que le Royaume-Uni est déjà entré en récession : « Le personnel de la Banque s’attend désormais à une contraction de 0,1 % du PIB au troisième trimestre, un deuxième trimestre consécutif de baisse. » Soit la définition généralement admise d’une récession technique.


La Banque d’Angleterre (Bank of England, ou BoE) a annoncé jeudi une hausse marquée de son taux directeur. Le comité de politique monétaire de la BoE (désigné par l’acronyme MPC) était partagé : sur neuf membres, « cinq ont voté pour une hausse de 0,50 point », faisant donc passer le taux de 1,75 % à 2,25 %, a expliqué la BoE dans un communiqué très...

commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut