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Le show et le bizness

L’Amérique a du talent, comme peut très bien en tirer orgueil le superprogramme télévisé, ainsi baptisé, de Simon Cowell. Du talent, le Liban en a lui aussi, et à revendre. Mieux encore, c’est précisément dans cette même Amérique, reine incontestée du showbiz, que la troupe Mayyas vient de se faire couronner.


À juste titre, et à l’inévitable exception de quelques âmes chagrines, les Libanais ont spontanément vu dans cette spectaculaire consécration le retour en force, sur les deux scènes locale et internationale, d’une certaine idée du Liban durement émoussée, il faut dire, ces derniers temps. L’image d’un pays dédié au culte du beau, celui-là même dont la nature a généreusement gratifié son littoral et ses montagnes. Le reflet d’un peuple épris d’art et de culture, d’une société accrochée à la vie, mieux faite pour entonner l’Hymne à la joie que les slogans mortifères. Tout cela, le formidable exploit de Mayyass, c’est de l’avoir clamé haut, fort, à l’aide d’une gestuelle faite de grâce et d’élégance, de naturel et d’ébouriffante précision, de tableaux évocateurs et génialement innovants pourtant.


Singulière marmite à potion magique cependant que notre petit pays, capable en effet de vous mitonner avec une égale perfection le summum du meilleur, mais aussi le plus abominable du pire ! Du moment qu’il est question de talents hors pair, ce n’est pas jouer les trouble-fête que de rappeler ceux dont le scélérat de sort a nanti le gros de la classe dirigeante locale.


Cette clique n’a évidemment rien d’une troupe artistique. Toute à ses querelles intestines, le seul et infâme show qu’elle peut offrir de sa gestion des affaires publiques est celui d’un magistral fiasco, d’un gigantesque chaos. C’est en revanche côté business, au plan des affaires tout court, que le mafieux ballet fait montre d’une stupéfiante synchronisation dans le partage du gâteau : qu’il déploie, pour le coup, une incroyable virtuosité dans l’art de la malgouvernance. Face au malheureux million de dollars qu’ont plus que mérité les artistes de Mayyas, ces responsables indignes pourraient en effet aligner les dizaines de milliards évaporés, comme par magie, dans les dédales des dépenses de l’État.


Le plus révoltant est que le numéro de prestidigitation continue de plus belle, dans la plus totale immunité. En dépit des urgences, en violation des stricts délais constitutionnels et des recommandations du FMI, c’est un projet de budget bâclé, criblé de trous, qui attend d’être voté (ou non) par un Parlement non moins fainéant. Il en va de même pour le projet relatif au contrôle des capitaux et qui, dans sa mouture actuelle, risque fort de n’être qu’une providentielle bouée de sauvetage pour le secteur bancaire, au détriment des déposants.


Pour conclure cette douce-amère revue des spectacles, il faut avouer que le serial de hold-up visant des établissements de crédit devient lassant. Lassant, inquiétant et de plus en plus sujet à suspicion. Pour la seule journée d’hier, cinq incidents de ce genre étaient signalés, fidèles au même et invariable scénario : des citoyens armés s’en allant faire emplette de devises, avec prise d’otages à la clé, avant de repartir benoîtement sans trop de soucis pour ce qui est de la suite, compte tenu de la pagaille sécuritaire et de la panne de la justice. C’est parfaitement vrai que ces braqueurs et braqueuses n’en ont qu’après leurs propres fonds, injustement confisqués. Mais il est à craindre aussi que la prolifération insensée de ces actes mène à une fermeture des banques autrement plus durable que les trois jours de grève décrétés pour la semaine prochaine.


Et puis, quel meilleur outil de chantage que le spectre de l’anarchie, de la loi de la jungle, pour un régime arrivé en bout de course mais qui rechigne visiblement à dételer ?


Issa Goraieb

[email protected]


L’Amérique a du talent, comme peut très bien en tirer orgueil le superprogramme télévisé, ainsi baptisé, de Simon Cowell. Du talent, le Liban en a lui aussi, et à revendre. Mieux encore, c’est précisément dans cette même Amérique, reine incontestée du showbiz, que la troupe Mayyas vient de se faire couronner.À juste titre, et à l’inévitable exception de quelques âmes...