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Sport - Scandale

Alerte rouge dans la maison bleue

Plus rien ne va à la Fédération française de football (FFF). Après les révélations du magazine « So Foot » accusant plusieurs de ses dirigeants d’avoir commis des actes de harcèlement moral et sexuel envers plusieurs de leurs subordonnés, le gouvernement a décidé vendredi de lancer un audit interne qui pourrait bien mener le président de la « 3F » à démissionner. Peu rassurant, à seulement deux mois du Mondial qatari.

Alerte rouge dans la maison bleue

Didier Deschamps lors de la conférence de presse faisant suite à l’annonce de sa liste pour les trois prochaines rencontres de Ligue des nations de l’équipe de France de football. Franck Fife/AFP

À mesure que le Qatar s’approche à l’horizon, le bateau de l’équipe de France semble s’avancer avec une allure de plus en plus bringuebalante. Déjà en eaux troubles ces derniers mois sur le plan sportif, Didier Deschamps doit par-dessus le marché se coltiner deux nouveaux avis de tempête dont il se serait bien passé.

En prime de l’« affaire Pogba », mêlant soupçons de maraboutage et de tentative d’extorsion entre Paul, 91 sélections sous le maillot bleu, et son frère Mathias, qui lui donne déjà suffisamment de maux de tête, le sélectionneur et champion du monde 98 de l’équipe de France a eu la surprise de découvrir le visage de son président, Noël Le Graët, en une du magazine So Foot. Le mensuel a en effet consacré sa dernière édition, parue le jeudi 8 septembre, aux nombreux maux qui rongent les quatre murs de la « 3F » depuis le titre de l’équipe de France au Mondial 2018. En plus des luttes de pouvoir que se livrent ses « différents clans », les deux auteurs de l’enquête (Christophe Gleizes et Nicolas Lucha) révèlent que les deux principaux dirigeants de le Fédération, à savoir Noël Le Graët et sa directrice générale, Florence Hardouin, sont la cible de plusieurs plaintes de la part de leurs propres employés.

« C’est vrai que ce qui se passe là n’est pas super pour préparer une Coupe du monde, on ne va pas se mentir », estime une source proche de la FFF. La ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra, à l’initiative d’une réunion vendredi matin avec le président de la FFF et sa directrice générale, avait prévenu dans une interview au quotidien Le Parisien qu’elle ne les recevrait pas pour « prendre le thé ».

Les deux dirigeants avaient été officiellement « invités » au siège du ministère pour aborder « différents sujets » à deux mois de la Coupe du monde au Qatar (20 novembre-18 décembre). Mais l’objet central semblait bien lié à l’enquête du magazine So Foot, évoquant notamment, sur la foi de témoignages anonymes, l’envoi de SMS à caractère sexuel à des employées de la FFF par le président Noël Le Graët.

Harcèlement moral et sexuel

Une invitation qui avait donc bien des airs de convocation. L’échange a duré près d’une heure, un moment à l’issue duquel la ministre a diplomatiquement « pris bonne note » des explications des deux dirigeants, selon le communiqué du ministère.

Mais cela n’a visiblement pas suffi. Car la ministre leur a indiqué « qu’elle allait engager une mission de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) d’audit et de contrôle sur le pilotage de la Fédération et le respect des obligations qui s’y attachent », d’après le communiqué.

« Noël Le Graët s’est engagé à transmettre à cette mission, dans la plus complète transparence, tous les rapports produits dans la période récente sur la FFF et notamment ceux ayant trait à sa gouvernance et à son management », a ajouté le ministère.

Pour le président de la FFF, cette affaire de SMS à caractère sexuel, si elle est avérée, est épineuse. Dans cette longue enquête intitulée « Ma Fédé va craquer », ses deux auteurs (Christophe Gleizes et Nicolas Lucha) rapportent de nombreux extraits de SMS non datés dont auraient été destinataires des collaboratrices actuelles ou passées de la FFF et envoyés par le dirigeant breton, âgé de 80 ans : « Venez chez moi pour dîner ce soir », « Je préfère les blondes, donc si ça vous dit », « Vous êtes drôlement bien roulée, je vous mettrais bien dans mon lit », aurait écrit le plus haut fonctionnaire du football français à plusieurs de ses subordonnées. Nombre d’entre elles ont depuis choisi de claquer la porte de l’institution car elles se sentaient « harcelées sexuellement, mais aussi moralement », d’après une source interrogée par So Foot. Un choix compréhensible, vu le peu d’importance accordée à ce genre de comportement au sein des murs du 87, boulevard de Grenelle, comme en témoignent les résultats infructueux d’un audit interne qui aurait été mené suite à plusieurs signalements.

S’il avait contribué à remettre la 3F sur pied après le cauchemar de la grève des Bleus à Knysna au Mondial 2010 et l’affaire des « quotas ethniques » qui avait poussé son prédécesseur, Jean-Pierre Escalettes, à démissionner, Le Graët compte encore jouir du sacre planétaire glané par la sélection tricolore à Moscou pour sauver sa peau. Il a depuis déclaré souhaiter aller « au terme de son mandat » qui expirera en 2024.

Plainte en diffamation

La FFF a bel et bien riposté en portant plainte jeudi pour diffamation contre le mensuel, mais l’affaire risque de « lui coller aux basques pendant longtemps », selon cette même source proche de la FFF. De son côté, le syndicat des joueurs professionnels UNFP a déploré « l’inaction » de la Fédération dans la lutte contre le harcèlement, « sexuel ou pas ».

Interrogé sur la situation lors d’une conférence de presse ce jeudi, consécutive à la révélation de sa liste de joueurs pour le compte des trois matchs internationaux que disputera sa sélection la semaine prochaine, Didier Deschamps a reconnu jeudi que le climat actuel de la FFF n’était « pas le plus apaisé ». Mais le sélectionneur des Bleus a aussi déploré ce qu’il a qualifié de recherche du « buzz » en essayant d’esquiver les quelques questions à ce sujet. « Vous n’avez pas froid aux yeux, vous », a-t-il même plaisanté.

Les détracteurs de Noël Le Graët évoquent un exercice autoritaire du pouvoir, un désintérêt pour le foot amateur, ce qu’il conteste, ou encore une gouvernance minée par les conflits autour de la clivante Florence Hardouin.

Côté communication, le président de la Fédération s’est rendu coupable de sorties hasardeuses. Après avoir minimisé le problème de l’homophobie dans les stades, il s’était fendu d’une déclaration qui avait grandement déplu à l’attaquant star de l’équipe de France Kylian Mbappé. Victime de nombreuses insultes à la suite de son tir au but manqué en huitièmes de finale du dernier Euro en 2021 (dont l’un des auteurs a récemment été condamné par la justice française), le président lui avait rétorqué lors d’un entretien commun que le racisme dans le foot « n’existe pas ou peu » selon lui. Visiblement dépassé sur de nombreux sujets sociétaux, il avait suscité la polémique quelques mois auparavant après un commentaire aux relents sexistes consécutif à des dissensions entre joueuses de l’équipe de France. Les Bleues pouvaient « se tirer les cheveux » autant qu’elles le voulaient tant que les résultats étaient satisfaisants sur le terrain.

Malgré toutes ces vagues le « Menhir », PDG fondateur du groupe Le Graët (780 salariés), spécialisé dans la pêche, les conserves et les surgelés, reste imperturbable. Remis d’une leucémie lymphoïde annoncée en 2018, il a balayé mardi la possibilité de passer la main en cours de mandat. « Je n’ai pas du tout l’intention d’arrêter. Si ma santé reste stable, si je vais bien, il n’y a absolument aucune raison que j’arrête. Je suis très bien à mon poste et tout le monde m’aime bien. J’ai la chance d’être apprécié », a-t-il affirmé au quotidien L’Équipe. Son pedigree devrait pourtant lui faire savoir qu’un poisson pourrit toujours par la tête. Déjà perturbée lors du précédent Euro (de l’aveu même de son sélectionneur) par les dissensions internes qui « plombaient l’ambiance » de Clairefontaine, ces nouvelles révélations n’aideront en rien l’équipe de France à aborder le Mondial qatari dans la sérénité.

D’autant que la tâche s’annonçait déjà bien compliquée car les tenants du titre devront en plus faire face à une malédiction qui avait déjà frappé leurs prédécesseurs. L’Italie en 2010, l’Espagne en 2014 puis l’Allemagne en 2018 avaient toutes trois quitté le tournoi suivant leur sacre mondial dès la phase de poules.


À mesure que le Qatar s’approche à l’horizon, le bateau de l’équipe de France semble s’avancer avec une allure de plus en plus bringuebalante. Déjà en eaux troubles ces derniers mois sur le plan sportif, Didier Deschamps doit par-dessus le marché se coltiner deux nouveaux avis de tempête dont il se serait bien passé.En prime de l’« affaire Pogba », mêlant soupçons...

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