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Lifestyle - Photographie

Saër Karam, (l’)humain d’abord

Il a du talent, un regard en noir et blanc à la fois aiguisé et subtil. Saër Karam expose 21 photos et son amour de Paris, son amour de l’amour à Paris, sous le titre « Human Nature », du 14 septembre au 7 octobre à Art District.

Saër Karam, (l’)humain d’abord

Human Nature, la photo utilisée en affiche pour l’exposition de Saër Karam. Photo DR

Plus le temps passe et plus Saër Karam choisit de garder un pied dans l’adolescence, déterminé à poursuivre sa quête, trouver et partager de l’espoir dans un monde malmené, ébranlé depuis trois ans. « Je suis un putain de romantique indécrottable », avoue-t-il.

Le Covid, les guerres, la thaoura, les explosions au port, tous ces traumatismes au Liban et les autres, ailleurs, passés à travers le filtre de son objectif, deviennent poésie, émotion, douceur presque. Des histoires qui racontent en toute discrétion des âmes, des états d’âme, une ville désertée, une société et une jeune génération qui parle un language différent. Casquette vissée sur la tête, sac à dos et rangers, le directeur général de la Revue du Liban et directeur de la rédaction de 2002 à 2011, journaliste et photographe, a abandonné son costume sans cravate de jeune PDG pour une liberté qu’il savoure. Même si fermer définitivement ce magazine, fondé en 1928 à Paris par les frères Émile et Ibrahim Makhlouf, et qui fut le premier hebdomadaire en langue française au Moyen-Orient, a été « un véritable arrache-cœur », en dépit de tous les efforts pour le maintenir, il a pu se consoler en consacrant son temps à la photo, la vidéo et la communication, qui sont sa formation de base.

En jetant son « dévolu » sur Resolutions créée en 2013, une plateforme qui réunit toutes ses passions, entre design de livres et de magazines, de photos reportages, de mode, d’architecture et publicitaires, et enfin production vidéo, il a trouvé le second lieu idéal pour s’exprimer après Paris.

« You Complete Me » de la série « Lovers ». Photo Saër Karam

Paris, son amour

C’est donc dans la capitale française qu’il a décidé de déposer ses bagages et ses appareils photo, un Nikon et un Panasonic, et de puiser son inspiration. Après Beyrouth et les clichés de ces dernières trois années qui couvrent manifestations, 4 août et autres crises, et grâce à sa collaboration depuis trois ans avec l’agence Gamma Rapho – certaines de ses photos ont été publiées dans Le Monde –, il a retrouvé Paris et son actualité. La crise des gilets jaunes, d’abord, pour laquelle il a obtenu le Prix de la photographie de Paris 2019, et puis le confinement qui a bouleversé le monde et vidé les rues de toutes les capitales du monde. Il en fera un court-métrage, Nocturnal Seclusion, dans son noir et banc de prédilection où, une fois de plus, il partage son amour de Paris. Pour son exposition intitulée Human Nature qui sera inaugurée le 14 septembre, Saër Karam a ressorti des clichés de cette ville qui parlent d’amour, de jeunesse, de nature et de nature humaine. Même si les titres de ses photos sont en anglais, ces dernières sont assurément francophones.

« Je t’aime » sous le thème « Virtual Interactions ». Photo Saër Karam

Trois thèmes ont été choisis pour l’installation : Lovers, Nature et Virtual Interactions. Et lorsque le photographe nous fait un petit tour personnel, une sorte d’avant-première entre amis de son exposition, il soulève avec enthousiasme le détail saisi, que lui seul avait aperçu, une main, la Lune, un oiseau, un cadrage, un couple en fusion ou en rupture. Dans cette vingtaine de clichés dont un diptyque, dans un format qui varie entre 1m70 x 70 ou 80 cm, 1m20 x 90 ou encore 24 x 24cm, il montre des humains dans Paris, amoureux, jeunes accrochés à leur portable dans une addiction qu’il ne comprend pas ou rêveurs installés à l’ombre des arbres. L’affiche, impressionnante, reste le point de mire de ce travail à la fois sociologique et poétique, et certainement une déclaration d’amour à Paris et… à l’amour. « Je travaille sur un court-métrage abandonné à cause de l’actualité dense depuis l’été 2019 (révolution, pandémie, explosions au port…). Tourné dans un Los Angeles pré-Covid, il prend un sens différent aujourd’hui dans notre époque troublée », confie-t-il. « Un jour, je ferai un livre qui réunira tout mon travail », assure ce grand solitaire, boulimique et perfectionniste, qui tient surtout à « offrir un peu d’espoir, un voyage, une note de bonne humeur, une once de sérénité, peut-être », dans ce monde de bruts.

« Human Nature », à partir du 14 septembre et jusqu’au 7 octobre à Art District - House of Photography, rue Gouraud, Gemmayzé. Horaires d’ouverture : du mardi au samedi, de 10h à 18h. Le vernissage se tiendra le mercredi 14 septembre de 18h à 21h.

« Tree Dimensions » dans la série « Nature ». Photo Saër Karam

Bio express

Saër Karam a étudié la communication, la publicité et le journalisme à Paris. Il a également suivi des formations à réalisation cinématographique à New York. Son portfolio très diversifié comprend la couverture de terrains de guerre, la photo de mode pour des livres et des magazines, ainsi que des shootings publicitaires sophistiqués. Il a participé à plusieurs expositions individuelles, parmi lesquelles Planète Japon, Pérégrinations aléatoires et Paris-Beyrouth / Beyrouth-Paris, qui sera également exposée à l’ESA en 2008. Photo-reporter à l’agence Gamma-Rapho depuis 2019, son travail a reçu plusieurs prix, parmi lesquels le Tokyo International Foto Award 2018 pour le film Cedars International Festival ou encore le Prix de la photographie de Paris 2019 pour sa couverture du mouvement des gilets jaunes depuis ses débuts. En 2021, son court-métrage Nocturnal Seclusion, illustrant Paris durant le confinement, remporte un prix au Creative Communication Award.

Plus le temps passe et plus Saër Karam choisit de garder un pied dans l’adolescence, déterminé à poursuivre sa quête, trouver et partager de l’espoir dans un monde malmené, ébranlé depuis trois ans. « Je suis un putain de romantique indécrottable », avoue-t-il.Le Covid, les guerres, la thaoura, les explosions au port, tous ces traumatismes au Liban et les autres,...
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