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Économie - Carburants

Le dernier lambeau de subventions sur l’essence devrait être arraché lundi

Le ratio de dollars alloués est passé de 70 à 20 % en près d’un mois.

Le dernier lambeau de subventions sur l’essence devrait être arraché lundi

Lundi, le mécanisme de subvention sur l’essence par la Banque du Liban risque d’être complètement levé. Photo João Sousa

L’épilogue de l’une des sous-intrigues les plus redondantes de la crise libanaise pourrait se jouer lundi. Plusieurs représentants et acteurs des filières de distribution de carburants s’attendent en effet à ce que la Banque du Liban supprime la dernière portion de subventions sur l’essence encore existante après en avoir progressivement réduit la voilure en l’espace d’un mois.

« Aujourd’hui, le prix de l’essence n’est subventionné qu’à hauteur de 20 %, et tout le monde s’attend à ce que la BDL supprime ce ratio dès le début de la semaine prochaine. Mais nous n’en saurons probablement rien avant le jour J, quelques heures avant que la nouvelle grille tarifaire ne soit publiée par le ministère de l’Énergie et de l’Eau », a estimé le porte-parole du syndicat des propriétaires de station-service Georges Brax.

Repère

Le débat sur les réserves de la BDL reste entier

Celui-ci s’attend à ce qu’une majorité de stations restent fermées dimanche en attendant les nouveaux prix, comme cela est arrivé à plusieurs reprises ces dernières semaines. Une tendance qui pousse les automobilistes à se ruer vers les rares points de vente ouverts, parfois pour simplement compléter un réservoir presque plein en réalisant une économie marginale.

De nouveaux prix deux fois par jour si nécessaire

Le représentant des distributeurs de carburants Fadi Abou Chacra a affirmé hier avoir entendu les mêmes échos. « La BDL a accéléré le mouvement depuis mi-août, et il ne serait pas surprenant qu’elle aille au bout de sa logique lundi », souligne-t-il sans souhaiter s’exprimer à la place de l’institution. Le service de presse de la Banque du Liban a affirmé n’avoir aucune information dans ce sens. En revanche, la directrice générale du pétrole au ministère de l’Énergie et de l’Eau Aurore Feghali a annoncé aux professionnels du secteur hier que les tarifs de l’essence seront ajustés en conséquence « dès que la banque centrale annoncera la suspension » du mécanisme, selon des informations de presse.

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Elle a ajouté que le ministère était prêt à ajuster deux fois par jour le prix de l’essence en cas de fluctuations importantes du taux de change et/ou des cours internationaux du brut, pris en compte via un indice dédié, le S&P Platt, pour fixer les prix de l’essence et du mazout. « Jusqu’ici, il fallait que le taux fluctue de 1 000 livres libanaises, indépendamment du niveau du S&P Platt, pour que le ministère réagisse, mais cette marge est passée à 500 livres », a indiqué de son côté le président du syndicat des distributeurs de bonbonnes de gaz Jean Hatem.

Alors que la livre se déprécie sans arrêt depuis fin 2019 (35 000 livres pour un dollar hier sur le marché, soit une dépréciation de plus de 95 % par rapport au taux officiel de 1 507,5 livres), la BDL garantit un ratio de dollars sur les factures des importateurs d’essence. Ce mécanisme de subvention du taux a évolué à de nombreuses reprises depuis son lancement en octobre 2019. Dans sa dernière version, la BDL consentait ainsi à fournir ces dollars au taux de sa plateforme Sayrafa inférieur à celui du marché (28 000 livres hier), à charge pour les importateurs de fournir le reste en dollars achetés auprès des agents de change légaux et du marché libre. Le ministère fixait, lui, les prix en tenant compte de ces facteurs en plus des cours des carburants.

Le taux de change, métronome des prix

Remonté à 100 % en mars dernier, ce ratio de dollars subventionnés est passé à 85 % en juillet puis 70 % mi-août, période à partir de laquelle il a commencé à être réduit à un rythme hebdomadaire : 55 % la semaine du 22 août puis 40 % la suivante et enfin 20 % cette semaine. « Les cours du brut se stabilisent (entre 80 et 90 dollars hier après-midi, que ce soit pour le WTI ou le Brent, en nette baisse depuis fin août), ce qui fait qu’une éventuelle levée lundi ne sera pas très douloureuse pour le consommateur », a assuré Fady Abou Chacra. Depuis mi-août, le prix des 20 litres d’essence (à 95 et 98 octane) a pris moins de 100 000 livres et reste aux environs de 640 000 livres, en dessous de la barre des 700 000 livres atteinte en juin lors du pic des cours mondiaux du pétrole (plus de 120 dollars le baril). Rien ne garantit cependant que le taux de change reste stable et, dès lors, chacune de ses variations, aussi violentes soient-elles, seront directement répercutées sur le prix de l’essence.

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Les prix de l’essence et du diesel, destiné à certains véhicules, seront, eux, toujours fixés en livres, sauf surprise de dernière minute. Les prix des bonbonnes de gaz et du mazout dédié aux générateurs privés – le palliatif libanais aux insuffisances du fournisseur d’électricité publique – sont, eux, fixés en dollars, le prix en livres variant ainsi en fonction des fluctuations du taux de change sur le marché. Ce système pose néanmoins des problèmes au niveau des marges des distributeurs, qui ont tendance à fondre lorsque le taux grimpe. S’ils encaissent le prix de vente du consommateur final en livres, ils sont obligés d’acheter des dollars pour payer leurs fournisseurs. « Pour que le marché reste stable, il faut que les autorités permettent aux distributeurs de vendre leurs marchandise en dollars, sinon, les problèmes liés aux marges vont subsister », a revendiqué hier Jean Hatem.

Les pénuries, réelles ou organisées, de carburant constituent une des dimensions de la crise libanaise. Elles ont été particulièrement violentes à l’été 2021, lorsque la BDL a commencé à supprimer une partie du mécanisme de subvention qui existait et dont bénéficiaient alors aussi les importations de mazout et de gaz. Bien qu’elles aient limité pendant un temps la hausse des prix en livres des carburants, ces subventions ont coûté plusieurs milliards de dollars puisés dans les réserves de devises du pays, qui sont passées de 33 milliards à moins de 10 milliards de dollars depuis fin 2019.

L’épilogue de l’une des sous-intrigues les plus redondantes de la crise libanaise pourrait se jouer lundi. Plusieurs représentants et acteurs des filières de distribution de carburants s’attendent en effet à ce que la Banque du Liban supprime la dernière portion de subventions sur l’essence encore existante après en avoir progressivement réduit la voilure en l’espace d’un mois....

commentaires (2)

N'oubliez pas qu'il y a de la taxe aussi dans le prix de l'essence, la taxe qui est prélevée en livre libanaise. Donc.

Eddy

10 h 32, le 09 septembre 2022

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Commentaires (2)

  • N'oubliez pas qu'il y a de la taxe aussi dans le prix de l'essence, la taxe qui est prélevée en livre libanaise. Donc.

    Eddy

    10 h 32, le 09 septembre 2022

  • On nous dit que les fluctuations des prix des carburants sont liées à celles du dollar. Les prix de l'essence, du mazout et du gaz devraient donc varier dans les mêmes proportions. Or ce n'est nullement le cas, L'un augmente de 10%, et l'autre de 20, ou diminue! Cela semble de la haute fantaisie!

    Yves Prevost

    08 h 03, le 09 septembre 2022

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