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Économie - Repère

Le débat sur les réserves de la BDL reste entier

Si la Banque du Liban indique détenir 14,75 milliards de dollars de réserves de devises à fin août 2022, plusieurs voix remettent en question ces chiffres.

Le débat sur les réserves de la BDL reste entier

Le siège de la Banque du Liban à Beyrouth. Photo P.H.B.

Il n’est pas exagéré d’affirmer que l’état des réserves de devises ou de change détenues par la Banque du Liban – et récemment mises à jour – est une des clefs de la crise que traverse le Liban depuis 2019 et au cours de laquelle sa monnaie a perdu 95 % de sa valeur.

Selon le dernier rapport bimensuel de la BDL, les réserves en devises s’élevaient officiellement à 14,75 milliards de dollars à fin août 2022, sans compter les 286,8 tonnes d’or qui valent 15,9 milliards de dollars. Il s’agit du second plus grand stock d’or de la région après celui de l’Arabie saoudite (323,1 tonnes).

Si la BDL ne peut pas utiliser librement l’or (une loi de 1986 impose une autorisation expresse du Parlement), elle est toutefois habilitée à utiliser les réserves de change dans le cadre de ses politiques monétaires, tout en tenant compte des réserves obligatoires que les banques sont obligées de déposer chez elle. Au Liban, ces placements doivent couvrir 14 % du montant total des dépôts en devises que les banques détiennent (contre 15 % avant la modification de 2021).

Opacité contre légalité

Le montant des réserves en devises de 14,75 milliards de dollars comprend aussi les eurobonds (titres de dette en devises) émis par l’État libanais, mais sur lesquels il a fait défaut en mars 2020. La BDL estime qu’ils totalisent 5,03 milliards. Mais il s’agit là d’une valeur théorique dans la mesure où ces titres s’échangent actuellement à 7 % de leur valeur entre investisseurs, soit à peine un peu plus de 350 millions de dollars.

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Les 9,72 milliards de dollars restants sont publiés sans aucune précision sur la proportion des réserves obligatoires, ni de ce qu’il resterait des 1,135 milliard de dollars que le Liban a reçus en 2021 en échange de deux allocations de droits de tirage spéciaux (DTS, Special Drawing Rights) du FMI. La BDL ne donne pas non plus d’indication sur les flux entrants qui alimenteraient ses réserves, notamment sur les opérations de change via sa plateforme Sayrafa dans une économie de plus en plus dollarisée et basée sur le cash.

De fait, difficile de se faire une idée précise sur le montant exact des réserves, d’autant plus que c’est l’omerta qui règne sur ce sujet dans les milieux politiques et bancaires. « L’opacité est totale, on ne sait pas si l’enveloppe des DTS a été totalement consommée ou non, mais ce qui semble acquis, c’est que les réserves obligatoires ont bien été entamées, si elles représentent bien 14 % des environ 100 milliards de dépôts que les banques sont supposées détenir », lâche une source bancaire sous couvert d’anonymat.

Une autre source travaillant dans le secteur financier, estime elle en se basant sur les chiffres de la BDL que ses réserves nettes pourraient actuellement être de « 7 milliards en décomptant des engagements pris, mais pas encore comptabilisés ». Elle soupçonne la BDL d’intégrer les dépôts détenus par la BDL à l’étranger dans ses réserves, voire des actifs dont elle gonfle la valeur.

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Si ces sources n’ont pas fourni davantage d’éléments, un audit des comptes de la BDL réalisé en 2020 par deux cabinets internationaux, Deloitte et Ernst & Young (E&Y), et qui avait fuité dans la presse avait reproché à l’institution de gonfler ses actifs « en utilisant des méthodes comptables non orthodoxes ». La BDL s’est toujours défendu ses choix en mettant en avant leur légalité.

Les réserves de la Banque du Liban ont un rôle central en tant qu’instrument de politique monétaire. Elles ont longtemps servi à stabiliser le taux de change à 1 507,5 livres pour un dollar avant de financer les mécanismes de subventions dont ont bénéficié les importateurs de plusieurs produits pour limiter l’impact de la dépréciation.

Elles ont alimenté aussi certains mécanismes de la banque centrale qui aménagent les restrictions sur les comptes en devises unilatéralement mises en place par les établissements bancaires depuis 2019. Elles doivent aussi permettre à la BDL de couvrir à long terme ses engagements en devises envers les banques, estimés à plus de 80 milliards de dollars.

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Or si la BDL publie régulièrement le décompte de ses réserves de devises, plusieurs voix remettent en question ses chiffres et appellent à les relativiser, en attendant que les résultats de l’audit de ses actifs en devises commandé par le gouvernement au cabinet international KPMG clarifie définitivement la question. Cet audit fait partie des premières réformes listées dans l’accord préliminaire conclu le 7 avril dernier entre le Liban et le Fonds monétaire international, prélude à un éventuel programme d’assistance financière de 3 milliards de dollars sur 4 ans.

Il n’est pas exagéré d’affirmer que l’état des réserves de devises ou de change détenues par la Banque du Liban – et récemment mises à jour – est une des clefs de la crise que traverse le Liban depuis 2019 et au cours de laquelle sa monnaie a perdu 95 % de sa valeur.Selon le dernier rapport bimensuel de la BDL, les réserves en devises s’élevaient officiellement à 14,75...
commentaires (4)

La BDL a inclus dans ses "profits" le seigneuriage, c'est a dire la différence entre la valeur nominal d'une banknote Libanaise, et le coût d'imprimer le papier; la BDL ayant imprime plus de 100 milliards de LBP depuis 2020, elle a donc introduit un avoir fictif techniquement légal, mais en f ait financièrement frauduleux puisque la valeur réelle de ces banknotes est très inférieure a leur valeur nominale. Amen

Kettaneh Tarek

15 h 05, le 08 septembre 2022

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Commentaires (4)

  • La BDL a inclus dans ses "profits" le seigneuriage, c'est a dire la différence entre la valeur nominal d'une banknote Libanaise, et le coût d'imprimer le papier; la BDL ayant imprime plus de 100 milliards de LBP depuis 2020, elle a donc introduit un avoir fictif techniquement légal, mais en f ait financièrement frauduleux puisque la valeur réelle de ces banknotes est très inférieure a leur valeur nominale. Amen

    Kettaneh Tarek

    15 h 05, le 08 septembre 2022

  • C'est le mystère de la chambre jaune, sauf que nous n'aurons jamais la clef du mystère des comptes de la BDL ! Je suis sûre que tous les gredins de la République dorment parfaitement bien la nuit :((

    Pandora

    11 h 38, le 08 septembre 2022

  • CE SONT LES RESTES DES RESERVES SUPPOSEES GARANTIES PAR LA BDL ET L,ETAT DES ECONOMIES DES DEPOSANTS QU,ON A DILAPIDE SANS AUCUNE RESERVE ET SANS PITIE NI CONSCIENCE.

    LA LIBRE EXPRESSION

    09 h 39, le 08 septembre 2022

  • Ayant des doutes sur l'application de la circulaire BDL 161 par sa banque, une personne de ma connaissance a telephone a la BDL et demande a s'adresser au service des reclamations. La standardiste lu i a alors repondu vertement qu'il n'existait pas de service des reclamations a la BDL. Cette institution est supposee etre au service des Libanais ? Alors que l'opacite y regne en maitre absolu ? Aux mains de canailles sans foi ni loi qui ont mene le pays entier a la banquerout et qui continuent de sevir sans vergogne ?

    Michel Trad

    01 h 20, le 08 septembre 2022

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