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Santé - Neurosciences

Quand une Libanaise étudie l’impact des crises multiples que traverse le pays sur notre cerveau

Laura-Joy Boulos, psychologue, lauréate du prix Jeune Talent International, de la Fondation L’Oréal et de l’Unesco pour 2020 (remis en 2022), s’intéresse dans ses recherches au monde des neurosciences.

Quand une Libanaise étudie l’impact des crises multiples que traverse le pays sur notre cerveau

Laura-Joy Boulos recevant le prix de la Fondation L’Oréal et de l’Unesco pendant la cérémonie organisée en juin dernier à Paris. Photo DR

Transformer, via une approche interdisciplinaire, les découvertes de la recherche en solutions concrètes aux problèmes du quotidien concernant la santé mentale, notamment au Liban : telle est l’ambition de Laura-Joy Boulos, psychologue libanaise, lauréate du prix Jeune Talent International de la Fondation L’Oréal et l’Unesco pour 2020, remis en 2022. Le projet de recherche qui lui a valu le prix L’Oréal et l’Unesco joint justement l’académique et le personnel, les neurosciences et l’intelligence artificielle, dans le but d’explorer l’impact des crises multiples que nous traversons, en tant que libanais, sur notre santé mentale et sur notre cerveau, mais aussi, plus généralement, les mécanismes comportementaux, cognitifs et cérébraux que nous mettons en place pour naviguer dans l’incertitude ambiante. La tâche est ardue, mais Laura-Joy Boulos affiche un sérieux bagage académique. Elle est depuis plus de 15 ans dans le domaine de la santé mentale. « D’abord à travers la psychologie clinique, notamment en addictologie, puis à travers la recherche et les neurosciences (double doctorat des universités de Strasbourg et de McGill, maître de conférences à l’USJ) », explique-t-elle.

La psychologue a commencé par développer en 2019 une application mobile (i-decide.fr) qui permet à la fois de collecter des données sur les processus décisionnels des utilisateurs et de leur renvoyer des retours d’informations sur leurs motifs de décision. En fait, tout ce qui concerne les corrélations potentielles avec leurs cognitions, leurs émotions, leur fatigue ou leur stress. Aujourd’hui, le projet de recherche va beaucoup plus loin.

« Identité narrative »

« Avec ma collègue la Dr Mélissa Allé, maître de conférences au Scalab de Lille, nous avons lancé début 2022 une étude intitulée “Ensa” (oublie, en arabe) qui explore l’impact du contexte d’après-guerre et de l’accumulation de cette instabilité, de cette insécurité au Liban et dans la région, sur ce qu’on appelle notre identité narrative, c’est-à-dire notre manière de nous raconter. Nous cherchons notamment à comprendre dans quelle mesure la normalisation du stress chronique et de l’incertitude prolongée peut affecter notre “Self” (ou soi), qui nous sommes en tant qu’individus et en tant que groupes ou que sociétés. Nous, Libanais, sommes malheureusement d’excellents sujets de recherche », explique Laura-Joy Boulos. D’ailleurs, les deux chercheuses recrutent des participants en ce moment : des personnes qui étaient à Beyrouth le 4 août et qui souhaiteraient participer à ce projet de recherche peuvent prendre contact avec l’USJ.

La Dr Boulos tient à préciser que « ce travail n’aurait pas été possible sans les subventions et les prix que nous avons réussi à décrocher, dont le prestigieux ANR Action Liban (décerné par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation en France, en collaboration avec le CNRS libanais ».

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Mais qu’en est-il de l’application de l’intelligence artificielle (IA) dans le domaine qu’elle explore ? « C’est la première fois qu’une initiative de recherche au Liban tente de collecter des données longitudinales dans le but de comprendre comment nous évoluons dans l’espace-temps ultradynamique et imprévisible que sont notre pays, notre région. La seule façon de réussir une telle mission est d’avoir recours au machine learning, des analyses prédictives d’arbres de décision et de clustering qui nous permettent de donner du sens à la grande quantité de données que nous collectons. C’est une première façon déjà d’appliquer l’IA dans les neurosciences. »

Transdisciplinarité et recherche

Son expérience multidisciplinaire lui permet « de créer des outils concrets issus de découvertes académiques, de créer un trait d’union entre la recherche et le développement. C’est aussi une autre façon d’appliquer l’IA dans les neurosciences et dans la santé en général : de créer des outils numériques intelligents qui transfèrent les connaissances de la recherche dans le quotidien », poursuit la Dr Boulos.

Et elle va plus loin en parlant de la transdisciplinarité dans le domaine de la recherche : « Cette transdisciplinarité permet de faire des liens, de développer des mécanismes de pensée horizontaux, d’aller vers du travail collaboratif. Je me rends de plus en plus compte que cette interdisciplinarité permet surtout de refuser les limites imposées par les systèmes, notamment ceux qui opposent la recherche publique ou privée. Quand on est transdisciplinaire et intersectoriel, il y a par essence des va-et-vient entre plusieurs façons de penser ou d’agir, et donc, il y a aussi, forcément, un moment où on sort d’un système, on “dézoome”, et on se trouve à une distance qui nous permet de mieux voir les limites desdits systèmes. »

« Quand on est interdisciplinaire, on est étymologiquement “entre”, donc on est aussi un peu nulle part, et ce n’est pas du goût de certaines personnes de ne pas réussir à nous ranger dans des cases souvent étriquées. Aujourd’hui, il faut surtout des personnes prêtes à construire des carrières apparemment sordides pour trouver des solutions aux problèmes fondamentaux de la vie auxquels nous faisons face (l’inégalité des richesses, le réchauffement climatique, les cancers, les virus, l’accès aux soins...), qui sont, eux aussi, inévitablement intriqués, donc intersectoriels. Je crois profondément que nous pouvons trouver des réponses aux problèmes d’aujourd’hui dans l’interdisciplinarité, la collaboration et l’audace », conclut Laura-Joy Boulos.

Sci-dip, partenaire scientifique du secteur de la santé

Laura-Joy Boulos a récemment monté Sci-dip, une entreprise ayant pour but de faire tomber les murs qui séparent la recherche dans le secteur santé et le reste du monde. « Nous avons un réseau d’experts (des chercheurs en santé) et une approche algorithmique de notre base de données santé. Nous travaillons avec des hôpitaux et des associations de patients pour rendre accessibles toutes les données santé émanant des recherches pour que ces dernières puissent être exploitées par les patients. Nous travaillons aussi avec des cabinets de conseil et des fonds d’investissement pour les accompagner dans leurs missions ou investissements de santé, et leur apporter l’expertise scientifique qui peut leur manquer. Nous voulons que les chercheurs aient leur mot à dire dans les parcours de soin, mais aussi dans le développement de médicaments, dans la création de thérapies numériques et d’outils technologiques, en somme, dans toutes les solutions développées dans le secteur santé. C’est quand même absurde de voir le nombre de profils business ou d’ingénieurs prendre des décisions majeures concernant notre santé. » La Dr Boulos enchaîne : « Nous sortons à peine (d’ailleurs en sort-on vraiment ?) d’une pandémie qui a été longue et dont la gestion internationale a été pour le moins questionnable, notamment par la manière d’utiliser (ou non) les données scientifiques et d’écouter (ou non) les retours d’experts chercheurs. Sci-dip veut aider à préparer les sociétés pour une prochaine fois, et œuvrer vers une prise en charge saine et préventive de notre santé. »


Transformer, via une approche interdisciplinaire, les découvertes de la recherche en solutions concrètes aux problèmes du quotidien concernant la santé mentale, notamment au Liban : telle est l’ambition de Laura-Joy Boulos, psychologue libanaise, lauréate du prix Jeune Talent International de la Fondation L’Oréal et l’Unesco pour 2020, remis en 2022. Le projet de recherche qui...

commentaires (2)

IL N,Y A PLUS DE CERVEAUX. IL Y A DES BOITES VIDES DANS CE PAYS QUE CE SOIT TOUTES LES CLASSES DES MAFIEUX QUI GOUVERNENT OU DE LEURS ALLIES ET PARTISANS ET LE COMMUN DES BETAILS QUI LES ONT REPLACES DANS LEURS POSTES PAR LEURS BRAIEMENTS IDIOTS.

LA LIBRE EXPRESSION.

12 h 10, le 23 août 2022

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Commentaires (2)

  • IL N,Y A PLUS DE CERVEAUX. IL Y A DES BOITES VIDES DANS CE PAYS QUE CE SOIT TOUTES LES CLASSES DES MAFIEUX QUI GOUVERNENT OU DE LEURS ALLIES ET PARTISANS ET LE COMMUN DES BETAILS QUI LES ONT REPLACES DANS LEURS POSTES PAR LEURS BRAIEMENTS IDIOTS.

    LA LIBRE EXPRESSION.

    12 h 10, le 23 août 2022

  • A date je ne vois que des ecerveles’ dans mon pays!!!!

    Robert Moumdjian

    00 h 46, le 23 août 2022

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