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Économie - Consommation

En juin, le Liban a connu la plus forte hausse mondiale des prix des aliments

Le Liban surclasse les autres pays de plus de 75 % de points de pourcentage.

En juin, le Liban a connu la plus forte hausse mondiale des prix des aliments

Selon la Banque mondiale, « 19 % » des résidents du Liban font face à un manque quotidien de nourriture, Photo P.H.B.

Alors qu’il s’apprête à entrer dans la quatrième année de crise, le Liban n’en finit pas de remporter la palme des pires performances socio-économiques. Dernier exemple en date : la première place en ce qui concerne la hausse des prix des aliments en glissement annuel, selon une étude de la Banque mondiale publiée fin juillet, sur la sécurité alimentaire dans le monde.

Ainsi, en juin 2022, la hausse nominale (qui tient compte de l’effet de l’inflation) des prix des denrées alimentaires au Liban a atteint 332 %, tandis que la hausse réelle (qui n’en tient pas compte) est, elle, à 112 %, selon les deux classements de la BM.

Affichant trois chiffres depuis l’été 2020, l’inflation au Liban est estimée à 210,08 % par l’Administration centrale de la statistique sur un an donc. Et en juin 2021, le dollar s’échangeait sur le marché parallèle contre 17 900 livres libanaises, alors qu’un an plus tard, ce taux dollar/livre passait à 31 300 livres, selon la plateforme Lirarate.org, et ce en considérant les pics les plus élevés au cours de ces deux mois.

En sus de l’inflation et de la dépréciation de la monnaie nationale évaluée à 95,36 % hier (sur base du taux de change de 32 500 livres sur le marché, contre une parité officielle de la livre avec le dollar toujours fixée à 1 507,5 livres), nombre de facteurs nationaux et internationaux ont été déterminants dans cette hausse des prix de l’alimentation au Liban qui importe « 90 % » de ses besoins, selon la proportion avancée en juillet dernier à L’Orient-Le Jour par le ministre de l’Économie et du Commerce Amine Salam.

De quoi rendre la vie littéralement impossible pour au moins « 19 % » des résidents du Liban qui font face à un manque quotidien de nourriture, selon le récent rapport de la BM.

Classements

La BM révèle dans son étude que l’inflation demeure élevée dans les pays à moyens et faibles revenus, et que la proportion des pays à hauts revenus connaissant une hausse du taux d’inflation augmente également. Cela étant, le Liban dépasse tous les pays classés de plus de 75 points de pourcentage, et ce dans les deux classements (avec ou sans prise en compte de l’effet de l’inflation).

En effet, concernant la hausse nominale des prix des aliments, le pays du Cèdre devance de 77 points de pourcentage le Zimbabwe (255 %) et de 177 points le Venezuela (155 %). Toutefois, la différence est encore plus grande lorsque l’on retire l’effet de l’inflation, le Liban dépassant l’Iran – qui passe de la cinquième place dans le classement nominal à la deuxième dans le classement de la hausse réelle – de 89 points de pourcentage (33 %) et de 99 points le Zimbabwe (23 %).

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La zone du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord n’est pas en reste, ayant également connu des hausses des prix de ses denrées alimentaires, particulièrement à cause de la guerre en Ukraine, la région de la mer Noire étant la principale fournisseuse de blé de cette zone. Les guerres et conflits en continu dans la région y jouent également un rôle. La BM cite par exemple la Syrie, qui a connu une hausse nominale de 71 %, le Yémen (43 %), l’Égypte (24,2 %), le Maroc (9,5 %), la Palestine (8,1 % jusqu’en mai) et l’Irak (7,6 %).

Le blé dans la tourmente

Dans la catégorie des facteurs externes poussant l’inflation des prix des aliments, figurent sans surprise la pandémie de Covid-19, ainsi que les restrictions et confinements qu’elle a entraînés dans une majorité de pays, autant de mesures qui avaient perturbé les chaînes d’approvisionnement et le transport mondial des marchandises en 2020 et 2021. Bien que beaucoup de pays considèrent la pandémie derrière eux, ces perturbations sont toujours d’actualité, notamment en Chine. La deuxième puissance mondiale applique en effet une politique stricte dite de « zéro Covid » et impose régulièrement des confinements dans les régions où le virus circule. Un état de fait qui pousse les prix mondiaux à la hausse, étant donné l’importance de ce pays sur le marché économique international. Géante de l’industrie et de la logistique, la Chine est également un des premiers pays producteurs agricoles mondiaux (blé, porc, volailles ou encore maïs, selon les données de marché notamment relayées par le gouvernement français). La Chine est aussi le plus grand marché alimentaire mondial, et chaque fluctuation sur ce marché a des répercussions sur le reste de la planète.

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Le second facteur externe prédominant est sans conteste le conflit entre l’Ukraine et la Russie qui perdure depuis février dernier et auquel est attribuée – parfois à l’excès – une hausse des prix de nombreux produits venant de cette région, tels que le blé, l’huile de tournesol ou encore le maïs. Tous deux figurant parmi les plus importants exportateurs de blé (devant la Chine ou l’Inde, les deux premiers producteurs mondiaux), la guerre entre les deux pays a naturellement fait flamber le cours de cette denrée essentielle. Ce dernier est passé de 7,6 dollars le boisseau (27,21 kilos) début février à 143 le 7 mars dernier, soit son pic le plus élevé depuis au moins 10 ans, selon les données disponibles sur le site de Boursorama.

Cette situation a fait craindre à de nombreuses institutions internationales, dont la BM et le Fonds monétaire international, la mise en péril de la sécurité alimentaire des pays en difficulté, notamment en Afrique et au Moyen-Orient, dont le Liban. Finalement, et malgré la poursuite du conflit, le cours mondial du blé est redescendu pour osciller autour de 10 dollars le boisseau, avant de progressivement revenir aux niveaux précédant la guerre à fin juillet dernier, notamment suite à l’accord signé à cette période entre l’Ukraine et la Russie, chapeauté par la Turquie et les Nations unies, pour la reprise de leurs exportations respectives. Un dénouement qui a donné du grain à moudre aux observateurs qui attribuent une importante partie de la hausse des denrées alimentaires à la spéculation.

Prix des carburants

À noter qu’en juin 2022, mois étudié par la BM, le boisseau de blé a connu une hausse fulgurante en glissement annuel, passant de 80,7 à 104,3 %. Si cette augmentation s’est fait ressentir dans tous les pays, son impact a été plutôt mitigé au Liban en raison des subventions toujours en vigueur de la part de la Banque du Liban qui fournit aux importateurs de cette denrée des devises au taux dollar/livre officiel. L’avenir de ce mécanisme est toutefois compromis, tandis que le pays compte sur un prêt – pas encore déboursé – de 150 millions de dollars de la BM pour tenir encore quelques mois sans voir le prix du pain arabe exploser.

L’impact du conflit russo-ukrainien ne s’est pas limité au blé, mais a également poussé les prix des hydrocarbures vers le haut. Si, à son plus haut en juin 2021, le baril de pétrole WTI (West Texas Intermediate) avait atteint 75 dollars, il a touché la barre des 123 dollars un an plus tard, impactant considérablement les prix du transport, dont ceux des denrées alimentaires, ce qui s’est fait ressentir sur le coût des biens à la consommation. En mars, le Brent de la mer du Nord avait atteint la barre des 140 dollars, à quelques encablures du record absolu de juillet 2008 (147,50).

Au Liban, alors que les subventions de la BDL sur les carburants ont commencé à être progressivement levées dès fin juin 2021, le prix des 20 litres d’essence sans plomb 95 octane a ainsi augmenté de 1 489 % à mi-juin dernier, selon l’institut de recherches libanais Information International, passant de 43 500 à 691 000 livres. De surcroît, la hausse des coûts des carburants a également pesé sur les prix de l’électricité et, spécifiquement pour cette étude, du courant utilisé par exemple pour préserver la chaîne du froid dans les supermarchés et leurs entrepôts, et ce en raison d’un rationnement extrême de l’électricité publique dans le pays en crise.


Alors qu’il s’apprête à entrer dans la quatrième année de crise, le Liban n’en finit pas de remporter la palme des pires performances socio-économiques. Dernier exemple en date : la première place en ce qui concerne la hausse des prix des aliments en glissement annuel, selon une étude de la Banque mondiale publiée fin juillet, sur la sécurité alimentaire dans le monde....

commentaires (2)

Certes, encore un motif d’orgueil pour les libanais …. Mais quand est ce que les journalistes de l’OLJ comprendront ils que dire : »l’inflation a été de 250% » ne veut strictement rien dire si on ne précise pas sur quelle période (1 mois, 6 mois, 12 mois ?) cette hausse des prix a été mesurée. Là encore ils sont champions du monde de l’à peu près journalistique , comme d’hab !! C’est fatiguant à la fin …. Merci de faire remonter ce commentaire à la redac chef !

JB El catalán

13 h 29, le 21 août 2022

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Commentaires (2)

  • Certes, encore un motif d’orgueil pour les libanais …. Mais quand est ce que les journalistes de l’OLJ comprendront ils que dire : »l’inflation a été de 250% » ne veut strictement rien dire si on ne précise pas sur quelle période (1 mois, 6 mois, 12 mois ?) cette hausse des prix a été mesurée. Là encore ils sont champions du monde de l’à peu près journalistique , comme d’hab !! C’est fatiguant à la fin …. Merci de faire remonter ce commentaire à la redac chef !

    JB El catalán

    13 h 29, le 21 août 2022

  • Yess! Dans le pire, c’est quand même nous les meilleurs! On est les champions, on est les champions, on est, on est, on est les champions!

    Gros Gnon

    08 h 29, le 20 août 2022

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