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Nos Lecteurs ont la Parole

Les silos de Beyrouth

« Il faudra s’en débarrasser le plus tôt, les mouches envahissent la ville à cause du blé qui en déborde ! » dit Salma (originaire de la Békaa et qui a toujours habité Jbeil) d’un air très confiant lors d’une discussion familiale deux ans après la double explosion du 4 août 2020.

Les grands silos de blé, qui survécurent à la double explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020, sont aujourd’hui le sujet de discussion de tous les Libanais. Le Parlement qui, après les élections, compte encore en majorité les mêmes classes politiques qui l’occupaient en 2020, penserait à démolir les silos, deux ans plus tard, parce qu’ils constituent le « plus grand danger possible pour les habitants de la ville et peuvent causer une catastrophe invraisemblable suite à leur effondrement ». Non mais ça va ?

Salma et les ministres de ma patrie soulignent la nécessité de démolir les silos parce qu’ils « penchent de 2 cm par jour selon le rapport du meilleur structuriste du monde entier (d’origine libanaise akid !) » et parce que « les mouches envahissent la ville ».

C’est comme si la démolition intentionnelle des silos ne causera pas les mêmes dégâts que leur effondrement naturel.

Je ne suis ni structuriste ni l’ennemie de Salma, mais vous ne voyez pas que ces silos valent bien plus que le résidu d’une catastrophe non terminée ?

Les géants de béton qui protégèrent la partie sud de Beyrouth lors de l’explosion, les grains de blé qui se propulsèrent dans toute la ville comme pour semer les grains d’un deuil possible au moment même d’une catastrophe impossible, méritent bien mieux qu’être effacés… non ?

Beyrouth, qui ne compte toujours pas de mémorial de sa guerre civile ou de ses bombardements dans les années d’après, se fait son propre mémorial pour son plus récent trauma. Mais on préfère l’effacer, parce qu’il constitue un danger pour la ville.

Évidemment que la présence d’un géant de béton éventré au beau milieu de la ville est un danger. Un danger pour ceux qui ont commis le crime, le danger de toujours s’en rappeler et surtout le souvenir que la justice n’a toujours pas été rendue.

On ne pardonne jamais à Beyrouth, mais on oublie vite, ou plutôt on essaye de ne jamais se souvenir.

Il est temps de comprendre que cela n’est pas sain. Au lieu de passer une vie à effacer un souvenir, vaut mieux la passer en se souvenant, comme ça peut-être pour une fois nos enfants hériteront un souvenir bien pensé, à justice servie et pourront enfin passer leurs vies à créer leurs propres souvenirs.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique Courrier n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, L’Orient-Le Jour offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires ni injurieux ni racistes.


« Il faudra s’en débarrasser le plus tôt, les mouches envahissent la ville à cause du blé qui en déborde ! » dit Salma (originaire de la Békaa et qui a toujours habité Jbeil) d’un air très confiant lors d’une discussion familiale deux ans après la double explosion du 4 août 2020.Les grands silos de blé, qui survécurent à la double explosion au port de Beyrouth le 4...

commentaires (1)

Cette histoire de les préserver pour en faire un mausolée c'est sous le degré zéro à la fois de l'imagination, de l'ambition et du bon sens. Après, qu'il ne soit pas possible de le faire sans conséquences inimaginables pour la vie sur la Planète ou tout simplement parce qu'on en aurait pas les moyens, c'est autre chose.

M.E

15 h 35, le 03 août 2022

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Commentaires (1)

  • Cette histoire de les préserver pour en faire un mausolée c'est sous le degré zéro à la fois de l'imagination, de l'ambition et du bon sens. Après, qu'il ne soit pas possible de le faire sans conséquences inimaginables pour la vie sur la Planète ou tout simplement parce qu'on en aurait pas les moyens, c'est autre chose.

    M.E

    15 h 35, le 03 août 2022

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